Internet
Conférence Le Web 3 : Bayrou, Sarkozy et les médias traditionnels gâchent la fête
Edition du 13/12/2006 - par
Olivier Rafal

Invités lundi pour le lendemain, François Bayrou et Nicolas Sarkozy ont répondu présent et sont passés chacun une petite demi-heure mardi sur la conférence « Le Web 3 », rendez-vous parisien d'un millier d'entrepreneurs du Net et de blogueurs influents (également invitée, Ségolène Royal a décliné). Les deux présidentiables ne se sont pas croisés, le fond et la forme étaient très différents, mais aucun n'a vraiment emporté l'adhésion du public, majoritairement international et venu ici discuter de l'avenir du Web et non de la campagne présidentielle française. Comme l'a cruellement remarqué un intervenant à un moment, on ne peut pas savoir qui, dans une salle de 1000 personnes, partage en même temps que vous l'envie d'aborder tel ou tel sujet. « Il y en a peut-être d'autres qui comme moi n'ont pas grand-chose à faire des politiciens français », a sorti Jonas Luster, goguenard, sous les applaudissements.
Passé le premier, François Bayrou s'est exprimé en français, sans discours écrit, désignant un malheureux volontaire pour traduire ses propos. Reprenant d'abord sa posture préférée de victime des médias traditionnels, le candidat de l'UDF a insisté sur l'importance de la blogosphère, « arme pour une candidature indépendante », et contre-pouvoir à « une prise de contrôle de l'opinion publique par des puissances économiques et médiatiques ». « Mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle je suis présent », a-t-il continué. Reprenant l'expression de Thierry Crouzet, qui définit Internet comme le cinquième pouvoir, François Bayrou a évoqué le fait qu'avec Internet, les citoyens devenaient actifs, « acteurs du monde de l'information ». « Je suis très frappé par l'univers des logiciels libres et l'univers des wikis », a-t-il ensuite expliqué, disant qu'il voit cela comme « une manière de bâtir l'activité économique sur une démarche de partage et de coopération et non sur un mode strictement marchand ».
Après une tentative de Jean-Pierre Elkabbach, patron d'Europe 1 et partenaire de la conférence, de s'emparer du micro pour répondre - en français toujours - à la posture victimaire de François Bayrou, la salle a pu poser quelques questions, notamment sur l'apport des technologies à l'Education nationale. Le candidat UDF a alors rappelé l'intérêt qu'il porte à ce sujet depuis une quinzaine d'année, tout en précisant qu'il croit davantage à une relation de personne à personne, l'école étant « non seulement un lieu de transmission de connaissances mais aussi de transmission de l'humanité ».

Plus tard dans la journée, un essaim de journalistes des médias traditionnels venus spécialement pour l'occasion annonçait l'entrée en scène de Nicolas Sarkozy. Mieux préparée (ou avertie ?), l'équipe du candidat UMP avait mis en place un système de traduction simultanée par casque. Nicolas Sarkozy s'est ainsi lancé dans un discours, en français, d'une vingtaine de minutes, sur le retard français en matière d'Internet et sur la nécessité de réguler le Réseau. « Le retard est double, a-t-il asséné : étatique et culturel. » Mettant en cause la centralisation excessive, le retard dans l'administration électronique, l'incapacité des Français à « s'inspirer de modèles qui marchent » tels que les Etats-Unis peuvent en présenter, Nicolas Sarkozy a qualifié de miracle le fait « que toi, Loïc [Le Meur, organisateur de la conférence, patron de Six Apart Europe, NDLR], Tariq [Krim, fondateur de Netvibes, NDLR] et tant d'autres aient pu investir dans l'Internet ».
Evoquant lui aussi la transformation des internautes en citoyens actifs, grâce à Internet facteur « d'ouverture de citadelles », Nicolas Sarkozy s'est permis un « ouf » de soulagement en indiquant que désormais « chacun peut faire du journalisme à la place des journalistes ». Insistant ensuite sur la nécessité de veiller à ce qu'Internet véhicule des valeurs, et ne puisse servir des desseins mafieux ou colporter les thèses racistes ou antisémites, le présidentiable a appelé le public présent à « penser à la révolution que vous vivez, afin qu'elle ne se termine pas par l'exploitation de l'homme par la technique. [...] Une grande responsabilité pèse sur vous ».
Dépité, Loïc Le Meur a vu son candidat favori repartir illico presto sans avoir une chance de pouvoir lui poser une des questions qu'il avait préparées. Pour le retentissement médiatique, cette visite avait atteint son but. Mais ce happening franco-français, associé au militantisme revendiqué de Loïc Le Meur en faveur de Nicolas Sarkozy, avait un air franchement déplacé au sein de la conférence.
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