Nokia a cédé aux sirènes d'Android. Sur ses smartphones X, X+ et XL, présentés sur le MWC 2014 comme des modèles d'entrée de gamme, il utilise l'OS mobile de Google avec sa propre interface utilisateur Asha et les services de Microsoft. L'objectif est simple, ainsi que l'explique lui-même le constructeur finlandais dont l'activité mobile est en cours de rachat par Microsoft. Il s'agit d'attirer les utilisateurs toujours plus nombreux qui se tournent vers Android.

« Cela veut dire que les gens auront accès à des centaines de milliers d'applications », souligne Stephen Elop, vice président exécutif de l'activité Terminaux & Services de Nokia (un ancien collaborateur de Microsoft qui fut un temps pressenti pour remplacer Steve Ballmer). Avec le projet Open Source Android, « nous bénéficions de l'écosystème logiciel et matériel, mais nous devons nous différencier en ajoutant nos propres services », ajoute-t-il.

Skype, Outlook.com et OneDrive en place de Gmail et Google+


Les services Google disponibles habituellement sur les terminaux Android sont ici remplacés par les services de Microsoft, tels que Skype, Outlook.com et OneDrive pour le stockage dans le cloud (annoncé la semaine dernière pour remplacer SkyDrive). En revanche, Stephen Elop ne dit rien sur l'éventuelle disponibilité d'Office. Nokia a également ajouté des applications maison comme le service de cartographie Here.

Les apps seront disponibles sur la boutique de Nokia et sur une douzaine d'autres boutiques en ligne. La plupart des apps Android, mais pas toutes, fonctionneront directement sur les smartphones de la famille X, a indiqué Stephen Elop. L'interface utilisateur présente des tuiles qui peuvent être redimensionnées exactement comme sur celle de Windows Phone. Mais on y trouve aussi la fonction de navigation Fast Lane des smarphones Asha qui permet de retrouver les apps les plus récemment utilisées.

« Nokia a mis un costume Windows à Android », a commenté Malik Saadi, directeur chez ABI Research, interrogé par nos confrères d'IDG News Service. « L'interface est très proche de Windows Phone ».

Puce Qualcomm double coeur, Ă©crans de 4 ou 5


Tous les smartphones de la famille X sont animés par un processeur Qualcomm double coeur de 1 GHz. Ils peuvent recevoir deux cartes SIM. Le modèle XL est équipé d'un écran de 5 pouces (800 x 480 pixels), de 768 Mo de RAM et 4 Go de stockage intégré, ainsi que d'un appareil photo de 5 megapixels et d'une caméra frontale de 2 megapixels. Les modèles X et X+ présentent de leur côté un écran de 4 pouces (800 x 480 pixels) et un appareil photo de 3 megapixels. Tous deux ont 4 Go de stockage. Il se différencie par leur mémoire vive (768 Mo pour le X+, 512 Mo pour le X) et par la présence d'un port micro SD sur le X+.

Le Nokia X est disponible dès maintenant au prix de 90 euros. Le X+ et le XL arriveront au 2èmetrimestre aux prix respectifs de 100 et 110 euros.

Voilà près de deux ans que Nokia travaille sur cette stratégie, par nécessité, fait remarquer Neil Mawston, directeur exécutif chez Strategy Analytics. Pour lui, Microsoft n'a pas fourni une plateforme d'entrée de gamme avec Windows Phone 8 et les smartphones Series 40 de Nokia, basés sur Asha, ne sont pas non plus une alternative crédible. Android est donc la seule option si Nokia veut conserver  un attrait dans un segment de marché toujours un fort potentiel. Sur les téléphones mobiles classiques, le fabricant a toujours 30% de parts de marché et ce sont ces clients qui vont acheter les smartphones d'entrée de gamme, selon Neil Mawston.

Android, une stratégie non dépourvue de risques pour Nokia


Ce dimanche, Microsoft a dit qu'il travaillait à adapter Windows Phone aux téléphones peu coûteux. Nokia en profitera et lancera un Lumia moins cher et, dans le même temps, le coût de la famille X baissera aussi, selon Stephen Elop.

Toutefois, même si Nokia se sent obligé de faire route avec Android, ce n'est pas une cohabitation sans risques. Ajouter une interface de type Windows au-dessus d'Android pourrait susciter une certaine confusion chez les acheteurs. Mais c'est un risque à prendre, souligne Neil Mawston. « Sur ce segment de marché, un peu moins sophistiqué, les acheteurs ne se préoccupent pas trop des couches sous-jacentes. Ils veulent juste un téléphone qui présente bien et qui fonctionne correctement », rappelle-t-il.

Malik Saadi évoque aussi certains risques. « Le développement est intéressant. Toutefois, si la stratégie n'est pas mise en oeuvre correctement, il y aura un retour de flamme, par exemple si les terminaux Android cannibalisent les Windows Phone d'entrée de gamme. Ils devront faire la distinction entre les deux et communiquer sur ce point », estime-t-il. Cela peut aussi créer un conflit interne lorsque l'acquisition de l'activité mobile de Nokia aura été acceptée. S'il y a effectivement un risque, les bénéfices potentiels sont néanmoins intéressants. Android et les terminaux associés ont réuni 25% de part de marché avec 71 millions de smartphones livrés au 4ème trimestre 2013, principalement grâce à la Chine, l'Inde et les pays avoisinants, selon ABI Research. C'est plus qu'iOS, Windows Phone et BlackBerry réunis.