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Attention à la pénurie de compétences en logiciels libres
Dossier de la rédaction
Le logiciel libre prend de l'ampleur et commence à grignoter les domaines jusqu'alors privilégiés des outils propriétaires. Pour accompagner ce secteur en plein essor (+ 66% en 2007 selon PAC), la communauté du Libre doit s'élargir.
Aller au sommaireActuellement, il est difficile de recruter dans l'univers très spécifique de l'Open Source. Dans sa dernière étude sur les salaires, le cabinet de recrutement Hays pointait les tensions actuelles du marché de l'emploi dans l'Open Source, en particulier sur les technologies PHP. Mais si certains grands acteurs, comme Linagora, ne semblent pas concernés par d'éventuelles pénuries, c'est loin d'être le cas des jeunes entreprises et des TPE spécialistes des logiciels libres.
Pour trouver les bons candidats, Céleste, un opérateur télécoms spécialiste des logiciels libres, qui compte une quinzaine de collaborateurs, a dû miser sur différents canaux de recrutement : présence sur des salons spécialisés, comme Solutions Linux, partenariats avec les universités (celle de Marne La Vallée), rapprochement avec des grandes écoles d'ingénieurs (Esiee), collaboration avec des sites d'emploi spécialisés (Lolix), et formation en interne et vers des organismes spécialisés (comme Anaska). Cette année, la société envisage de recruter une dizaine de commerciaux et de techniciens : administrateurs systèmes et réseaux, ingénieurs systèmes, chefs de projets et spécialistes du SAV.
Manque de compétences multiples
Une opération complexe aux yeux de la direction générale : « Il est difficile de trouver des candidats qui possèdent à la fois des compétences dans les télécoms, les réseaux et l'open source, expose Nicolas André, PDG de Celeste. Ensuite, les compétences sont difficiles à toucher via la filière de l'enseignement supérieur. »
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Pour toucher les jeunes diplômés dès la sortie de l'école, il est en effet impératif de nouer des partenariats formels avec leurs établissements. Et pour couronner le tout, les candidats éventuels ont tendance à bouder les annonces publiées sur les sites d'entreprises : « Nous relevons une sérieuse absence de réponses à nos offres d'emploi », constate ainsi Nicolas André.
La jeune société de services et d'ingénierie Axupteam peine, elle aussi, à recruter faute de double spécialités. Pour compléter son effectif actuel de dix personnes, ce spécialiste du développement d'applications basées sur Linux, principalement dans le domaine de l'embarqué, recherche des concepteurs développeurs sur des domaines très spécifiques : « Actuellement, il n'est pas facile de trouver des compétences sur du Linux embarqué, de la technologie Open Source et sur des langages de programmation comme C ou C++, déplore Christophe Roux, dirigeant d'Axupteam. Dans les grandes écoles, l'offre Open Source reste encore mal identifiée, et rares sont celles qui délivrent un enseignement proche de notre activité. »
La cooptation parmi les vecteurs de recrutement
Du coup, la société est contrainte d'aller chasser ses candidats par le biais de la cooptation, ou des CVthèques. Or dans ce deuxième cas, les candidats ne répondent pas toujours présents à l'appel : « On se demande bien pour quelle raison les CV sont déposés dans des CVthèques, s'interroge le dirigeant. Certains candidats sont peut-être en veille sur le marché de l'emploi, d'autres étant de ce fait tellement sollicités que cela devient sûrement plus difficile pour eux de faire leur choix. Ou bien peut-être que l'effet taille de la société ou sa renommée finit par l'emporter ! »
Le fait que ses prestations soient principalement en délégation de personnel (régie) ne fait qu'accentuer la difficulté à recruter. A plus long terme, l'accroissement de l'assise financière d'Axupteam devrait lui permettre de proposer ses services au forfait, et d'attirer davantage de candidats. Elle sera alors en mesure de proposer des stages aux étudiants d'écoles d'ingénieur.
Une pénurie qui incite à recruter à l'étranger
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De son côté, eZ Systems, un éditeur de solutions de gestion de contenus Open source, subit les tensions du marché de l'emploi depuis 2006 : « Les consultants seniors Open Source ayant des compétences en R&D et certains profils de plus bas niveau sont devenus quasi-introuvables en France, regrette Roland Benedetti, directeur d'eZ pour l'Europe. L'an dernier, nous avons dû aller chercher des compétences en dehors des frontières, pour finalement les trouver en Italie. Une stratégie également adoptée par la SS2L Onepoint : faute de trouver des professionnels dans l'Hexagone, une campagne de recrutement a finalement été menée au Canada et au Maroc.
Mais il ne suffit pas de trouver les bons candidats. Chez Activis, une 'Web agency', le principal problème consiste non pas à dénicher des spécialistes du Libre, mais à les retenir: « Le processus de recrutement ne nous pose pas de problèmes particuliers, expose Nicolas Koenig, responsable de l'activité e-business. Nous avons trouvé la plupart de nos développeurs - issus d' IUT, ou de formations financées par l'AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes) - assez facilement, en passant par des sites institutionnels. Reste qu'après seulement un an, les nouvelles recrues ont tendance à démissionner ». Dans ces conditions, la société de services estime qu'il lui paraît difficile de se projeter sur le long terme.
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Des recrutements plombés par le retard de la formation
« La montée du logiciel libre est relativement récente, surtout dans la filière de l'informatique industrielle. C'est la raison pour laquelle les cursus de formation initiale n'en sont actuellement qu'au stade du démarrage », analyse Pierre Ficheux, directeur technique d'Open Wide, un intégrateur de solutions Open Source, et enseignant à l'université Côte d'Opale de Calais, à l'Esigetel (Ecole supérieure d'ingénieurs en informatique et génie des télécommunications) et à l'Ecole des Mines de St-Etienne. En effet, il existe encore peu de cursus dédiés à l'Open Source dans la formation initiale, en raison de la jeunesse de ces technologies.
« L'enthousiasme pour les technologies libres devrait générer des besoins pour du cousu-main, du paramétrage ou pour l'assemblage de briques logicielles, considère Pierre Aliphat, directeur de l'Esia (Ecole supérieure d'informatique, électronique et automatique). Reste que dans ce domaine, tout reste à faire en matière de formation initiale. »
La technique, point faible des universités
A l'université de Paris Dauphine, le Master TIO (Technologie de l'Internet pour les organisations) « Architectures techniques d'entreprises modernes » aborde l'Open Source dans l'ensemble de ses modules d'architectures techniques, de façon transversale. Habib Guergachi, responsable du Master, confirme qu'il existe actuellement un sérieux déficit [[page]]dans la formation Open Source délivrée dans l'enseignement supérieur, surtout dans le public : « L'ignorance de la problématique Open Source est flagrante dans le milieu universitaire, souligne-t-il. Le phénomène s'est aggravé avec .net, la stratégie tout Internet de Microsoft. Considérant qu'il existe peu de débouchés dans l'Open Source, les universités privilégient la formation aux outils propriétaires et n'hésitent pas à nouer des partenariats avec des grands éditeurs de logiciels. »
Pour l'enseignant, la filière universitaire se contente d'appréhender les spécificités économiques du Libre, sans se pencher sur les aspects techniques, ce qui ne permet pas aux étudiants de pouvoir prétendre à des postes de chefs de projet, d'architectes, ou de responsables d'infrastructures informatiques. « A cela s'ajoute le fait que les enseignants, n'ayant pas pris le virage culturel de l'Open Source à temps, n'ont pas toujours le niveau qui leur permettrait de délivrer un enseignement adapté, regrette le professeur. En conséquence, le nombre de jeunes diplômés d'origine universitaire, non initiés à l'Open Source, ne fait qu'augmenter. »
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Les cursus Open Source qui font exception
Certaines universités - comme celle du littoral-Côte d'Opale (Calais) - et grandes écoles d'ingénieurs, surtout celles spécialisées en électronique et informatique, commencent à vivre à l'heure de l'Open Source.
Ainsi, l'Enseirb (Ecole nationale supérieure d'électronique, informatique et radiocommunications de Bordeaux) a mis sur pied un module spécialisé en informatique industrielle embarqué entièrement axé open source, l'Esigetel (Ecole supérieure d'ingénieurs en informatique et génie des télécommunications) a intégré des modules autour de ces distributions dans son cursus classique d'ingénieur, et des journées Linux ont même été mises sur pied à la CPE (Ecole supérieure de chimie, physique, et électronique) de Lyon.
Parmi les autres établissements qui suivent le mouvement, figurent notamment l'Epita (Ecole pour l'informatique et les techniques avancées), l'Epitech, Supinfo, l'INT (Institut national des télécommunications), l'Isep (Institut supérieur d'électronique de Paris), l'Eisti (Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l'Information) et également l'UTC (Université de technologie de Compiègne).
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Quelques formations de l'enseignement supérieur spécialisées dans le Libre
| Etablissement | Formation | Site Web |
|---|---|---|
| Eisti | Mastère spécialisé Open Source. | www.eisti.frr/ |
| Enseirb (Ecole nationale supérieure d'électronique, informatique et radiocommunications de Bordeaux) | Département électronique - 3ème année - modules Open Source intégrés à l'option systèmes embarqués communicants. | www.enseirb.fr/ |
| Epita | Modules Open Source intégrés dès les classes préparatoires. L'option génie logiciel et programmation propose notamment d'étudier des environnements Linux virtuels au sein d'un mainframe zSeries. | www.epita.fr/ |
| Epitech | Modules Open Source intégrés au cursus classique dès la première année. | www.epitech.fr/ |
| Esigetel | Modules Open Source intégrés au cursus classique sciences fondamentales et techniques de base de l(null)ingénieur. | www.esigetel.fr/ |
| Isep | Modules Open Source intégrés au cursus classique : gestion de l'Open Source (cours intégration de systèmes), initiation à Linux. | www.isep.fr/ |
| Supinfo | Différents cursus certifiés aux logiciels libres (GNU/Linux/Mandriva, etc.). La formation LPIC-2 (Linux Professional Institute) notamment. | www.supinfo.fr/ |
| Université du Littoral Cote d'Opale (Calais) | Master I2L en ingénierie du logiciel libre. | www.univ-littoral.fr/ |
| Université Lumière Lyon2 | Licence professionnelle Communication, Logiciels Libres et Sources Ouvertes. | http://icom.univ-lyon2.fr/ |
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Trois questions à Alexandre Zapolsky, président de la Fnill
Lemondeinformatique.fr : Certaines TPE peinent à embaucher dans le secteur Open Source. D'autres ont du mal à retenir leurs équipes. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Alexandre Zapolsky : Le secteur de logiciel libre est celui qui connaît la plus grande vitalité. Début 2003, on ne comptait qu'une petite poignée d'acteurs. Depuis, 400 SS2L ont été créées en moins de trois ans. A l'heure où le marché de l'emploi autour de Linux et des logiciels libres est très compétitif, les petites structures n'ont pas toujours les moyens de pouvoir cibler des candidats potentiels. Aujourd'hui, les deux canaux les plus efficaces sont les 'job boards' et les offres d'emploi. Mais pour toucher un maximum de profils, les entreprises doivent explorer d'autres pistes parallèles, et penser notamment à nouer des relations avec les grandes écoles d'ingénieurs. Or, les structures jeunes ou celles de petite taille peinent à y faire leur place, dans la mesure où le terrain des grandes écoles est occupé par les grandes SSII.
On parle d'un sérieux déficit de la formation en France. Des mesures ont été prises pour combler ce retard ?
Des efforts doivent être faits pour pallier le sérieux retard pris par la formation initiale. Les cursus, trop généralistes, ne collent pas aux besoins actuels des entreprises. Seules quelques grandes écoles, parmi lesquelles l'Epita, l'Epitech ou Supinfo notamment, proposent des contenus adaptés. [[page]]La création d'un Observatoire français du marché du Libre permettrait d'identifier l'état actuel de la formation initiale et ses besoins futurs. Mais il n'existe à ce jour aucune donnée fiable en la matière. On sait pourtant que la filière du Libre augmente de plus de 50% par an. Faute de compétences, les entreprises françaises ont trouvé la parade : elle sous-traitent à l'étranger, ou bien elles ouvrent des filiales hors de l'Hexagone, au Maroc, en Tunisie, dans les pays de l'Est ou au Canada.
Linagora est-elle confrontée aux tensions qui frappent le marché de l'emploi? Quels sont les canaux qui lui permettent de réaliser ses recrutements ?
Nous ne sommes pas exposés aux pénuries de compétences. La communauté Open Source nous connaît bien et nous adresse, chaque jour, une cinquantaine de candidatures spontanées. Ce canal est même devenu notre première source de recrutement, grâce à un flux permanent qui nous a permis de rassembler quelque 2 500 CV ! Nous utilisons aussi la cooptation, un moyen efficace lorsqu'il s'agit de trouver les bons profils. Nous pensons donc être en mesure de poursuivre nos objectifs de recrutements sans grande difficulté. D'ici à la fin de l'année, nous devrions être en mesure de compter 120 nouveaux collaborateurs, après en avoir recruté une quarantaine en 2007.