Entretien
Andrew Herbert et Michel Cosnard

Andrew Herbert et Michel Cosnard
Respectivement directeur général de Microsoft Research à Cambridge et P-dg de l'Inria
par
Emmanuelle Delsol
(07/10/2009) -
LeMondeInformatique.fr : Votre partenariat est prolongé pour quatre nouvelles années. Comment allez-vous définir les nouveaux projets, voire les nouvelles thématiques de travail pour l'avenir ?
Michel Cosnard : Nous fonctionnons avec un programme de recherche en commun. Et les grands domaines de recherche sont définis par le comité de direction. Quant aux projets, ce sont les chercheurs qui les proposent et c'est ce même comité qui les valide. Parmi nos projets actuels, il y a déjà un 'Wikipedia' des fonctions mathématiques, la compréhension de scènes vidéos ou l'optimisation dans le domaine des jeux. Et à chaque fois, des chercheurs de l'Inria et de ses partenaires sont impliqués ainsi que des chercheurs des laboratoires de Microsoft à Cambridge, à Redmond et dans la Silicon Valley. Et il faut que tous soient prêts à travailler ensemble, bien sûr !
Andrew Herbert : Il y a quatre ans, nous avons défini deux grandes thématiques de départ : la sécurité par les méthodes formelles et l'utilisation de l'informatique dans les sciences, dès le départ. Depuis, nous avons fait grandir progressivement le centre et nous réfléchissons à ce qui va nous occuper durant les 4 prochaines années.
En quatre ans, comment votre collaboration a-t-elle évolué ?
Andrew Herbert : Déjà au début, tout a commencé avec les personnes, avant même les projets. Mais aujourd'hui, la collaboration entre nos chercheurs va bien au-delà de ce que nous avions prévu.
Michel Cosnard : En réalité, nous sommes presque obligés de réfréner les demandes de nos chercheurs de se rencontrer et de travailler ensemble. Or, nos ressources sont limitées !
Andrew Herbert : Nous sommes tous en contact tout au long de l'année. Je rencontre Michel trois ou quatre fois par an et nous parlons de la stratégie, des évolutions du centre commun. J'invite Jean-Jacques Levy (NDLR : directeur du centre commun Inria-Microsoft) à la manifestation annuelle du centre de recherche de Cambridge. J'invite aussi les chercheurs du centre à la TechFest (NDLR : réunion annuelle des chercheurs de tous les laboratoires Microsoft à Redmond).
Michel Cosnard : Nous sommes actuellement en plein changement. Le volume de travail est au maximum. Certains projets ont déjà atteint leurs objectifs de publication, de développement logiciels. Nous devons en choisir d'autres.
Andrew Herbert : Nous réfléchissons aussi à de nouveaux domaines de recherche. Les environnements logiciels pour les infrastructures multicoeurs, par exemple, devraient constituer notre prochain domaine de recherche.
Avez-vous déjà quelques pistes de recherche sur cette thématique des environnements multi-coeurs ?
Andrew Herbert Oui. Nous allons étudier la parallèlisation, bien sur, la façon de répartir les tâches sur différents coeurs, etc. Nous avons déjà des choses en cours sur ces sujets. Il y a par exemple un événement important dans le Montana la semaine prochaine où notre laboratoire de Cambridge présentera les travaux sur Barrelfish un OS spécifiquement écrit pour les systèmes 'multi-cores' et'many-cores'.
L'efficacité énergétique des logiciels pourrait être envisagée comme une autre de ces thématiques que vous développeriez ensemble. L'avez-vous envisagé ?
Andrew Herbert : Nous y travaillons chacun dans nos laboratoires pour l'instant, mais pas ensemble. Enfin, pas encore. Chez Microsoft, ce sujet revêt deux dimensions. D'une part, nous travaillons sur un OS spécialisé qui pourrait par exemple éteindre le disque dur quand il n'est pas utilisé. Cela pourrait réduire la consommation énergétique des configurations de 20%. Evidemment, cela demande de la subtilité, car on ne peut pas éteindre les disques n'importe quand ! D'autre part, nous utilisons l'informatique pour modéliser l'écologie des forêts. Cela revient à s'appuyer sur des modèles numériques géophysiques ou climatiques pour évaluer l'impact du dérèglement climatique sur les plantes.
Michel Cosnard : De notre côté, nous travaillons aussi sur ce type de sujets liés à l'efficacité énergétique mais plutôt sur l'optimisation avec des systèmes embarqués. Nous étudions aussi la modélisation et l'optimisation avec STMicroelectronics à Grenoble dans le cadre du pôle de compétitivité Minalogic. Donc c'est tout à fait une piste que nous pourrions étudier ensemble.