Entretien
Jean-François Helie

Jean-François Helie
Consultant chez Octo Technology, membre de l'association Agile France
par
Miléna Nemec-Poncik
(11/06/2009) -
LeMondeInformatique.fr : Vous participerez à la deuxième édition de l'USI (Université des SI, organisée par Octo Technology, et dont LeMondeInformatique.fr est partenaire) dans quelques semaines. Votre session du 1er juillet présentera l'importance des styles sociaux dans le coaching d'équipe. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Jean-François Helie : En gros, il s'agit d'expliquer comment il est possible de parvenir à un objectif (conception d'un logiciel, migration d'un système informatique...) plus rapidement et plus efficacement en identifiant, dès le début, les talents et les lacunes de ses coéquipiers, afin de les exploiter ou d'y pallier au mieux.
Qu'entendez-vous exactement par « styles sociaux » ?
Les styles sociaux sont des outils qui permettent à un individu de mieux se connaître et de mieux comprendre les autres. Quand on parle de styles sociaux, on regroupe un ensemble de modèles que l'on peut utiliser en fonction de l'activité de l'entreprise et du résultat que l'on souhaite atteindre. Par exemple, le modèle DISC permet de situer les préférences émotionnelles des personnes, le modèle TRACOM permet de situer leur niveau de leadership et le modèle Herrmann permet de situer la préférence cérébrale des individus. Dans le domaine de l'IT, c'est plutôt Herrmann que l'on va utiliser pour coacher une équipe.
Le coaching est un terme très à la mode. Quel est son intérêt par rapport à des méthodes éprouvées, ou même par rapport à des méthodes récentes comme les méthodes agiles ?
La technique que j'emploie est en réalité une extension des méthodes agiles, sur lesquelles j'ai beaucoup travaillé. A une différence près : les méthodes agiles s'appliquent de manière identique à toutes les équipes, suivant un jeu de règles bien établies. Je ne conteste pas la méthode en elle-même ni les principes sur lesquelles elle repose, et que j'utilise, mais j'estime qu'elle ne prend pas suffisamment en compte le degré de maturité de l'équipe. Le « produit opérationnel » (le but final) prime sur l'équipe. Et c'est là que le bât blesse. Aussi bons soient-ils, tous ces outils ne servent à rien s'ils ne sont pas introduits au bon moment. Les imposer peut créer une réticence au changement, une déstabilisation (voire une déresponsabilisation) de l'équipe par rapport au projet et finalement un échec sur toute la ligne ou un retard dans la livraison du projet.
Quelle alternative proposez-vous à ce schéma pessimiste ?
Passer par une étape préliminaire tout simplement : créer une véritable cohésion d'équipe. Au début ou au cours de son développement, une équipe peut éprouver des difficultés à trouver cette cohésion. Deux choix s'offrent alors à elle : elle fait l'effort de se construire et découvre un nouvel espace de travail beaucoup plus ergonomique et dynamique, ou elle laisse tomber et chaque membre travaille de son côté sans se préoccuper de l'autre. J'encourage les entreprises à insister sur la cohésion dès la naissance d'un projet, car plus on attend, et plus les réticences se font sentir, l'équipe étant déjà orientée vers la tâche à accomplir.
Comment se déroule une séance de coaching ?
Lors du premier atelier (douze personnes maximum), chacun remplit un questionnaire pour découvrir sa préférence et celle des autres. Lors des ateliers suivants, l'équipe peut ensuite entrer dans la phase « jeux de rôles » pour mieux se connaître, mieux se comprendre, accepter les différences entre ses membres, mutualiser les compétences et prendre conscience qu'ils forment un ensemble, porté vers un objectif commun. Les équipes performantes sont des équipes qui sont orientées vers la tâche et vers l'humain, c'est-à-dire vers ses membres. Commencer un travail de coaching par les styles sociaux, c'est commencer à amener l'équipe à se remettre en cause, à accepter ses lacunes et à s'améliorer en continu. On observe très rapidement des résultats étonnants.
Ce que vous décrivez semble être la formule magique pour constituer une équipe formidable. Votre modèle n'aurait-il pas de défaut ?