À l’occasion de sa conférence européenne à Londres le 16 novembre, l’éditeur d’une solution d’automatisation des processus Appian a tenu à s’exprimer directement pour la première fois sur les suites du procès intenté à son concurrent Pega Systems. Histoire de reprendre la main, semble-t-il, sur le discours de ce dernier qui minimiserait l’importance du procès. En mai 2022, la cour du comté de Fairfax (Virginie, États-Unis) a en effet prononcé un jugement en faveur d’Appian qui accuse Pega de détournement de secrets commerciaux de façon délibérée et malveillante par Pega. Autre chef d’accusation, la violation de la loi sur les crimes informatiques en Virginie. Le tribunal a statué sur un peu plus de 2 milliards de dollars de dommages et intérêts pour le plaignant. « Le jury a, en outre, constaté que Pega Systems avait détourné les secrets commerciaux d’Appian de façon délibérée et malveillante. »

Selon Marc Wilson, chief partner officer et co-fondateur d’Appian, Pega System répandrait l’idée que ce n’est qu’un procès parmi de très nombreux autres, tentant d’en minimiser la portée. Une des raisons pour lesquelles il a pris la parole aujourd’hui. Il a en particulier tenu à rappeler qu’il ne s’agissait pas d’un procès en violation de propriété intellectuelle. Pega Systems n’aurait pas directement enfreint de brevets Appian, mais aurait espionné ses méthodes de travail, sa stratégie de développement. « Ils ont par exemple volontairement engagé un développeur spécialiste d’Appian qui travaillait dans une administration américaine. Il connaissait de fait très bien notre logiciel. Par ailleurs, certains employés de Pega Systems se sont présentés à nous sous de faux noms, comme des clients potentiels, pour collecter des informations ! »

Pega System en appel

Comme d’autres procès, l’affaire risque de s’étaler sur une très longue durée. Pega Systems a en effet déjà décidé de faire appel du jugement. « La cour de Virginie a fixé la date limite de soumission de cet appel à février 2023. Et leur réponse devait arriver deux ou trois mois plus tard, estime Marc Wilson. Mais le jugement ne sera probablement pas rendu avant 2024.Nous nous attendons à des années de procédure » Il est d’autant plus difficile d’évaluer l’impact de ce procès sur les activités respectives des deux parties, qu’Appian ne donne aucun chiffre sur le sujet. Marc Wilson a néanmoins affirmé que « certains partenaires et clients considéreraient déjà Pega Systems comme un fournisseur toxique. »

À la question de savoir si Mendix ou Outsystems allaient tirer partie de cette bataille, Marc Wilson a répondu qu’ils ne les considéraient « pas comme des concurrents, mais des fournisseurs de low code, comme ils se définissent eux-mêmes. Sur les processus complexes, nous ne sommes vraiment que deux. Pega System et nous. Et c’est nous qui sommes dans la meilleure position avec ce procès. »

Pour terminer sur un ton un peu plus léger, Marc Wilson a raconté que de nombreux journalistes arpentaient les couloirs du tribunal durant leur procès. Mais la bataille entre les deux éditeurs informatiques n’en était pas la cause. Dans la salle d’audience jouxtant la leur se jouait la beaucoup plus médiatique affaire opposant Amber Heard et Johnny Depp...