L’industrie IT est-elle capable de répondre à des enjeux comme la chute du taux de natalité, le vieillissement de la population, les catastrophes naturelles, la pollution ? Les entreprises japonaises pensent que oui, et un certain nombre d'entre elles sont venues à Hanovre pour expliquer pourquoi et comment elles comptent s’y prendre. Le thème de l’industrie 4.0, c’est-à-dire le développement d’usines intelligentes où les machines exercent un contrôle les unes sur les autres et prennent des décisions décentralisées sur la production et l'entretien, a été souvent au centre des préoccupations du Cebit. Mais aujourd’hui, sous la bannière Society 5.0, le Japon, pays partenaire de l’édition 2017, veut porter cette transformation au-delà de l'industrie, en faisant de « la société intelligente » un sujet clef du salon.

Mais ne nous y trompons pas, Société 5.0 n’est pas un slogan : il exprime des problèmes sociétaux très réels auxquels est confronté le pays. La population japonaise est en déclin, et l'âge moyen des citoyens augmente. Ce faible taux de natalité associé à une extrême longévité crée un déséquilibre entre les jeunes travailleurs actifs et une population âgée qui a besoin de soins. Comment, dans ce contexte, faire en sorte que cette main-d'œuvre moins nombreuse soit capable de prendre en charge l’impact des catastrophes naturelles et les incidents de pollution dans un pays situé dans une zone sismique très active, et dont l’infrastructure industrielle est vieillissante.

Comment améliorer la coopération avec l'étranger 

La Japan Business Federation (Keidanren) a un projet pour répondre aux besoins de la société japonaise. Par exemple, elle veut ouvrir davantage le marché de l’emploi à des travailleurs étrangers et aux femmes, deux groupes notoirement sous-représentés dans l'industrie japonaise. À elle seule, cette solution pourrait déjà contrebalancer les problèmes démographiques du pays. Mais la fédération cherche également des solutions technologiques qui permettraient à tous les citoyens, personnes âgées comprises, de s’impliquer activement dans la vie sociale. Pour inciter les entreprises à construire des écosystèmes technologiques communs, Keidanren aimerait réduire la concurrence et favoriser la coopération avec les entreprises étrangères dans certains domaines.

L’association pense évidemment que de nombreuses technologies déjà impliquées dans la transformation de l'industrie peuvent aussi jouer un rôle dans la transformation de la société, en particulier l'Internet des Objets, la cybersécurité, l'intelligence artificielle et la robotique. Avec 211 robots pour 10 000 employés, l’industrie japonaise se place au second rang derrière la Corée du Sud sur le plan de la robotisation. Comparativement, l'Allemagne arrive en troisième position avec 161 robots pour 10 000 employés. Les trois pays sont donc bien engagés dans la voie de l'Industrie 4.0.

 Une excavatrice connectée

Dans le cadre du Cebit Japan Summit, les visiteurs de l‘édition 2017 du salon de Hanovre pourront se rendre compte de ce que les industriels japonais entendent par Société 5.0. Dès aujourd’hui, entre 11 h 30 et 13 h, une intervention sur le sujet sera diffusée en direct sur Internet depuis l’espace Sakura, situé dans le Hall 8. Et, plus tard cette semaine, les participants pourront entendre le point de vue du robot humanoïde Pepper qui viendra « en personne » participer à des tables rondes mercredi et jeudi matin sur la scène du Hall 8. Au menu des sujets comme « concevoir l’expérience client avec des robots humanoïdes » ou encore « la reconnaissance des émotions humaines par les machines ». Aujourd’hui propriété de l’opérateur japonais Softbank, le robot humanoïde Pepper a été développé en France, mais d'autres entreprises japonaises présentes au Cebit montreront des technologies fabriquées au Japon.

La réputation du Japon en matière de microélectronique n’est plus à faire, mais toutes les innovations présentées au Cebit ne concernent pas forcément la miniaturisation. Ainsi, cette année, l’entreprise Komatsu est venue avec une excavatrice intelligente. Si le PC210LCi-11 laisse l’essentiel du contrôle de la benne à un opérateur humain, il en supervise tous les déplacements en comparant les mouvements de la machine avec un scénario numérique afin d’empêcher l'opérateur de creuser à l'extérieur de la zone définie. Cela peut permettre de gagner du temps sur le travail d'excavation et sur la durée du chantier. La surveillance est réalisée via un écran tactile. Sur le stand de Komatsu, les visiteurs peuvent tester la fonction sur un simulateur.

Mieux gérer le réseau électrique 

Quand on se déplace avec un smartphone dont la batterie offre quelques watts-heures d'énergie, on se demande toujours à quel moment de la journée on pourra le recharger. Mais, si la batterie est mille fois plus puissante et sert à stocker des énergies renouvelables et à alimenter toute une maison ou tout un bureau, la décision de charge et de décharge peut s’avérer beaucoup plus compliquée. Des entreprises comme Tesla et Toshiba voudraient banaliser ces très grosses batteries. Toshiba cherche aussi une solution pour optimiser chaque temps de charge. Le constructeur présentera les premiers fruits de son projet de recherche sur l'agrégation des ressources énergétiques distribuées pour les centrales électriques virtuelles, l’objectif étant d'équilibrer la demande énergétique locale et l'approvisionnement en énergie à partir de sources renouvelables comme le photovoltaïque pour décider à quel moment il devient nécessaire de basculer le réseau sur ces batteries de 10kWh. Le recours à un réseau de batteries distribuées permettrait de lisser les creux de production et les pics de demande, et de se passer d’une capacité de production centralisée. Cette solution pourrait arriver sur le marché en octobre.

Par ailleurs, si Toshiba est capable de savoir ce qui se passe sur le réseau électrique, il pourra réduire les coûts au niveau de la centrale et améliorer la fiabilité du réseau. Fujitsu espère faire la même chose, mais cette fois pour les installations industrielles. Le constructeur propose un tableau de bord intelligent qui permet de savoir ce qui se passe au niveau d’une usine, de mettre en évidence certains problèmes et de proposer des conseils de maintenance préventive. Fujitsu présente également Ubiquitousware. Ce système reprend des technologies déjà utilisées sur des vêtements fitness pour assurer des fonctions de localisation, évaluer la position du corps et suivre certains paramètres vitaux afin d’aider le sportif à identifier des anomalies, l’alerter sur une chute, le prévenir en cas somnolence ou si un indicateur de santé semble anormal. Fujitsu pense pouvoir transposer ce genre d’applications dans l'industrie, le transport (notamment pour la sécurité des conducteurs) ou la santé, où ce genre d’appareils pourrait équiper par exemple le personnel soignant et les patients.