Sur le marché des micros-casques de classe entreprise, les acteurs sont peu nombreux : on retrouve Jabra, Poly, Logitech, Epos Sennheiser (Adapt 660) et un français OroSound. N’importe quel casque avec un micro peut bien sûr faire l’affaire, mais certains points comme le confort, les accessoires, la réduction de bruit active (ANC pour active noise control), l’interaction avec les plateformes de collaboration (Skype, Teams, Zoom et autre selon les certifications), font vraiment la différence avec un produit pour le gaming ou la musique. Utilisateur régulier d’un Bose QuietComfort 35 II, d’Apple Airpods Pro et d’un Marshall Major II Bluetooth, le confinement a ravivé notre intérêt pour les solutions entreprise. Nous avons donc testé un Epos Adapt 660 (280€ HT), un Jabra Evolve2 85 (326€ HT avec la station de base) et un OroSound Tilde Pro (319€ HT).

Epos Adapt 660, un casque Sennheiser rebadgé

Confortable et bien fini, l’Adapt 660 du britannique Epos est une déclinaison du Sennheiser PXC 550-II. Le premier contact est déroutant, car pour l’allumer il est nécessaire de faire pivoter les deux oreillettes. Idem pour l’éteindre, ce qui fait qu’on ne sait jamais si le casque est en marche ou pas. Et, la batterie se vide bien sûr si le produit n’a pas été éteint correctement. Agaçant même avec le retour vocal qui confirment les principales interactions. Des boutons sont bien présents pour activer l’appairage ou moduler la performante réduction de bruit active pour économiser la batterie ou écouter son entourage. Un dernier bouton – pour activer et désactiver le Bluetooth - est caché sur l’oreillette gauche derrière la branche du casque. Il est possible d’appairer le 660 avec plusieurs terminaux (PC ou smartphones) en mode Bluetooth traditionnel ou d’utiliser le dongle fourni avec le casque pour se connecter à un ordinateur (PC ou Mac).

Comme chez Bose, une application baptisée ici Epos Connect simplifie toutefois ce travail et donne entière satisfaction. L’installation de cette app est vraiment recommandée sur un smartphone ou un PC ou un Mac pour affiner les paramètres du casque : activer le mode pause quand on retire le casque ou sélectionner l’interaction à Teams pour réceptionner automatiquement des appels. Pour monter ou baisser le son et activer la lecture ou la pause, Epos a placé une commande tactile sur l’oreillette droite. Très pratique même si une petite latence se fait sentir quand on passe en lecture/pause. Sinon, tout n’est pas mauvais avec le 660, le confort de ce casque de type circum-auriculaire (enveloppant les oreilles) est excellent : le serre-tête a été bien pensé et les coussinets en similicuir sont moelleux. On l’oublie vraiment après l’avoir posé sur le crâne et il n’est pas trop chaud l’été.

 

L'autonomie de l'Adapt 660 d'Epos frise les 30 heures et assure sans problème une journée de travail au bureau ou à son domicile. (Crédit Epos)

Mais un casque - même à destination des entreprises - c’est avant tout un produit audio et le 660 réussit là un sans-faute. Aigus, médiums et graves : la restitution est excellente. Rien à redire de ce côté, Epos Sennheiser maitrise le sujet même si la coloration est très exagérée avec les différents réglages de l’égaliseur. Bon point, les oreillettes du casque ne laissent pas fuiter la musique, ce qui peut être très désagréable pour les voisins. Signalons enfin que si le 660 est le seul casque de ce comparatif dépourvu de micro-bouche amovible, la captation de la voix s’est déroulée sans problème durant les appels vocaux avec des conversations toujours claires et compréhensibles.

Jabra Evolve2 85, solide et complet

Second produit testé dans le cadre de ce comparatif, l’Evolve2 85 du danois Jabra. Première impression au déballage : c’est massif. De type  circum-auriculaire, le casque est imposant avec des coussinets à mémoire de forme très enveloppants en cuir synthétique. Si le maintien est très bon, le Jabra est un peu chaud l’été et on a vite envie d’utiliser des oreillettes intra-auriculaires ou un casque plus léger. Le Jabra accuse un poids de 286 grammes sur la balance contre 227 pour le Epos Adapt 660 et 214 pour l’OroSound Tilde Pro. C’est loin d’être un détail, mais comme le Jabra est confortable et bien maintenu, le poids se fait oublier quand la température est tempérée. L’Evolve2 85 est le plus imposant des trois produits de ce comparatif, mais il embarque un grand nombre d’innovations avec pour commencer des leds rouges (Busylight) qui s’allument quand on est en communication, un bouton dédié pour couper la rédaction de bruit et entendre son entourage immédiat et un micro-perche dépliable dissimulé dans l’oreillette droite.

Mais ce n’est pas le seul micro intégré au casque, ce Jabra en compte en fait 10 pour capter les sons et réduire les bruits parasites quand le mode ANC est activé. Comme chez Epos, une application nommée Jabra Sound+ (sur mobile et PC) permet d’affiner les très nombreux réglages. Bon point, Jabra livre son casque avec une station d’accueil pour recharger la batterie. Une charge rapide (15 minutes) assure plusieurs heures d’utilisation. C’est le seul de ce comparatif à proposer cet accessoire, les autres produits passent toujours par le bon vieux câble USB pour redonner une étincelle électrique au casque.

Très pratique le socle de charge du Jabra Evolve2 85 permet de retrouver un casque prêt à l'emploi. (Crédit Jabra)

Vraiment conçu pour l’entreprise avec une certification Teams, l’Evolve2 85 prend un grand soin des communications et des voix. La musique n’est toutefois pas son fort, avec une musicalité un peu étouffée. Rien de dramatique, mais il est vraiment taillé pour la réunion en mode virtuel et les zooms à outrance.

Orosound Tilde Pro, une belle maitrise de l'ANC

Dernier produit listé dans ce comparatif, l’OroSound Tilde Pro. Second produit du fournisseur français après les oreillettes Tilde Air, ce casque est fabriqué en France dans une usine située près de Saint-Malo. Fondée en 2015 par des anciens de Parrot à l’origine du casque Zik, Orosound se cantonne au marché BtoB.  Spécialement conçu pour les entreprises, le Tilde Pro n’est pas en vente libre à l’unité comme les deux autres caques de ce comparatif, mais disponible chez les partenaires intégrateurs spécialisés et grossistes d’Orosound. « Nous n’avons pas d’ambition sur le marché BtoC », nous a confié Pierre Guiu, PDG et cofondateur d’Orosound lors d’un entretien. La firme, qui a signé un contrat portant sur 7 000 pièces avec la Matmut, a pleinement profité de l’essor des ventes lié à la pandémie Covid-19. « Notre croissance a été de 190% en 2020 », nous a assuré M. Guiu. « Et, nous sommes toujours sur cette tendance avec 75% de notre chiffre annuel d’affaires déjà réalisé sur les deux premiers mois 2021 ». Profitable selon son dirigeant, Orosound emploie une quinzaine de personnes et a ouvert une seconde ligne de production dans une usine installée en Normandie pour honorer ses commandes. Une belle réussite française sur un marché professionnel aujourd’hui largement dominé par Jabra, avec les 2/3 du marché, suivi par Poly avec 20% de parts et tous les autres : Epos, Logitech, Bose et bien sûr Orosound.

Bonne autonomie également pour l'Orosound TildePro, qui tient une trentaine d'heures. (Crédit orosound)

Reposant sur un design sobre avec un arceau doublé de tissu, tout comme la coque extérieure des oreillettes, le Tilde Pro est livré avec des oreillettes supra-auriculaire, c’est-à-dire que ces dernières reposent sur les oreilles sans les envelopper. C’est le seul produit de ce comparatif avec ce type de bonnettes et, avec des branches de lunettes, ce n’est pas très confortable. La pression latérale exercée par l’anneau est trop importante. Sans lunettes c’est très bien, mais, avec, on n’arrive pas à oublier le casque et on cherche en permanence à le repositionner. Pierre Guiu nous a expliqué que des coussinets circum-auriculaires - plus ergonomiques - seront prochainement proposés en avril à ceux qui le désirent. Astucieux, le Tilde Pro est livré en option avec un micro-perche amovible grâce à un astucieux système magnétique. Ce micro a toutefois tendance à se détacher en cas de choc, un problème que ne rencontre pas le Jabra puisqu’il se rabat dans l’oreillette. Précisons qu’il est également possible de passer un appel sans utiliser le micro-perche amovible.

Très simple à appairer, l’Orosound est pourvu de commandes bien placées et faciles à utiliser. Réglable (de 0 à -30dB d’atténuation) avec la petite molette latérale, la réduction de bruit active exploite 10 microphones pour analyser la typologie des sons et reconnaitre les voix. Orosound a développé un algorithme baptisé Tilde Voice First pour analyser les sons, afin d’isoler les bruits ambiants et donner la priorité à la voix de la personne en face de soi. L’idée est de permettre aux utilisateurs de se concentrer pour travailler sans totalement les couper de leur environnement. On peut ainsi écouter de la musique et communiquer si besoin avec un collègue.

 

Président et cofondateur d'Orosound, Pierre Guiu propose avec son casque Tilde Pro, un produit taillé pour les entreprises. (Crédit Orosound) 

En mode appel et visioconférence, le son est clair et précis avec ses interlocuteurs et les bruits parasites atténuent grâce à l’ANC. Et pour les autres usages, le casque restitue bien la musique sans exagérer la coloration. Avec son casque avant tout destiné aux entreprises, Orsound propose aux gestionnaires de parc de superviser le fonctionnement de ses produits : mise à jour du microcode, état de la batterie qui peut être changée si besoin (trois vis à retirer)…A la fin de l’année, un logiciel complémentaire nommé Dash permettra aux managers, responsables RH et médecin du travail de suivre l’exposition sonore des salariés utilisant son casque.

En conclusion

Nous avons ici affaire à trois produits qui répondent à un même besoin tout en se distinguant au niveau de l'ergonomie et des fonctionnalités. Aucun n'est mauvais même si notre préférence finale ira à l'Evolve2 85 de Jabra et au Tilde Pro d'Orosound une fois que les coussinets circum-auriculaires seront disponibles.