Lors de la KubeCon de Valencia, du 17 au 20 mai 2022, la Cloud Native Computer Foundation a mis l’accent sur le développement de la plateforme Kubernetes dans l’écosystème télécoms et edge. Point de départ de cette opération séduction, la création d’une certification taillée pour les besoins des opérateurs télécoms : la CNF Certification Program (CNF pour Cloud Native Network Function) pour les telcos. Cette dernière entend aider les opérateurs télécoms à adopter l'orchestrateur de clusters de conteneurs et des outils cloud natifs pour assurer une meilleure interopérabilité des services en interne et chez leurs clients. Inspirer des initiatives de l’OpenInfra Foundation, qui pilote le développement d’OpenStack, cette démarche est particulièrement importante pour la CNCF, qui entend élargir son périmètre commercial en aidant les ingénieurs et les développeurs du monde des télécoms à s'approprier Kubernetes. 

« La migration vers des infrastructures cloud natives a longtemps été difficile pour les fournisseurs de télécommunications qui sont passés aux machines virtuelles et se sont retrouvés avec des ressources cloisonnées et des solutions spécialisées non conçues pour le cloud », a expliqué à la KubeCon 2022 Priyanka Sharma, directrice générale de la CNCF. L’idée est aujourd’hui de les encourager à adopter les microservices avec containers plus légers et facilement déployables. « Kubernetes n’a pas été conçu pour le réseau, c’est donc un grand challenge pour le CNCF d’accompagner les opérateurs ». La suite de tests proposée par la fondation – la CNF Test Suite - prend en charge tout produit qui s'exécute dans un environnement Kubernetes certifié CNCF et exécutera environ 70 tests de charge de travail. « Il s'appuie sur 10 projets hébergés par la CNCF et plusieurs outils open source, dont Fluentd, Helm, Jaeger et Prometheus », précise la fondation. Ces tests sont classés dans sept catégories : Compatibilité, Facilité d'installation et  évolutivité ; Microservice ; État; Fiabilité, Résilience & Disponibilité ; Observabilité & Diagnostics ; Sécurité; et configuration. Les opérateurs pourront autovérifier leurs applications à l'aide de cette suite de tests, puis soumettre les résultats à prendre en compte pour la certification. Des fournisseurs comme Huawei, Nokia, T-Mobile et Vodafone utilisent déjà Kubernetes et d'autres technologies natives du cloud. Lors d’une table ronde sur le sujet, Tom Kivlin, architecte cloud chez Vodafone, a indiqué que « la création, le déploiement et l'exploitation de charges de travail Telco dans des environnements cloud distribués sont complexes […] La certification CNF est un excellent outil avec lequel nous pouvons mesurer et piloter les pratiques cloud natives sur nos plates-formes et nos fonctions réseau. » 

Orange mise sur Kubernetes pour ses futurs services

Après la table ronde de la CNCF, nous avons pu nous entretenir un court moment avec Philippe Ensarguet, directeur technique d’OBS (Orange Business Services). « Nous avons une fenêtre de plus de 10 ans par rapport à notre dernière histoire avec OpenStack, donc nous avons quand même un peu appris. Les opérateurs, notamment européens, réfléchissent à travailler ensemble pour avoir un seul socle d'ingénierie commun. Pour l’instant, le projet est modeste :  Comment est-ce que l’on peut plus efficace ? Comment est-ce qu'on peut être plus productif ? Comment est-ce qu'on peut innover plus vite, comment est-ce qu'on peut gérer la question des coûts et des revenus ». OBS, mais surtout sa maison mère Orange, a complètement raté le virage du cloud avec des choix hasardeux et des partenaires peu qualifiés sur le projet Cloudwatt (eNovance, racheté par Red Hat). Aujourd’hui, l’opérateur français semble avoir mieux compris l’essence de la plateforme Kubernetes. « Nous avons besoin d'avoir un ADN commun sur notre infrastructure. On a besoin d'aller vite, d’être malin, de construire et de le faire ensemble. Par exemple, vous allez demain acheter un service, chez Ericsson par exemple, qui sera au format container pour le déployer et le proposer à des clients », nous a expliqué Philippe Ensarguet.

« On nous avait expliqué que pour avoir une infrastructure plus automatisée, plus facile à déployer et à maintenir, il fallait qu’elle soit désagrégée, en séparant la partie logicielle de la partie matérielle. Mais nous avons découvert qu’au milieu il y avait l’orchestrateur. Et cet orchestrateur joue un rôle qui est absolument clé pour envisager de nouveaux modèles opérationnels pour amener de la résilience, pour provisionner, pour apporter des capacités d’autoréparation des infrastructures qui discutent elles-mêmes avec l'orchestrateur. Enfin, nous arrivons quand même à un niveau d'aboutissement technologique qui, va nous permettre de construire des infrastructures, qui sont quand même extrêmement intéressantes ». Précisons que le projet Kubernetes dans les infrastructures télécoms est un projet porté par Orange, mais qui sera également bénéfique à OBS, indique le directeur technique. « Aujourd’hui, 55% des revenus proviennent du réseau, et 45% de l’IT et du digital, dans trois ans, nous aurons plus de revenus avec l’IT et le digital, le cloud notamment […] Nous n’avons pas besoin des hyperscalers pour déployer des services 5G depuis le cloud », conclut le directeur technique.