Recapitalisation "dès que les conditions de marché le permettront" avec avance de l'Etat (9 Md¤) ; réduction drastique des investissements UMTS (moins 700 M¤ et report d'un à deux ans) ; pas de privatisation ni de cession d'actifs stratégiques mais "bonne gouvernance"... Thierry Breton et l'Etat-actionnaire se donnent de l'air et du temps avec l'attendu plan de redressement de France Télécom.
"Ambition 2005", nom de baptême de l'opération, repose sur un constat, le niveau d'endettement de l'opérateur est devenu critique (15 Md¤ à rembourser en 2003, 50 Md¤ d'ici trois ans), et sur une gageure : parvenir à redresser la situation sans licencier, une grande partie des effectifs bénéficiant du statut de fonctionnaire. Situation qui condamne l'Etat à rester majoritaire dans le capital de l'opérateur historique... ou à réintégrer dans d'autres administrations les agents des corps des télécoms.
British Telecom et Deutsche Telekom - concurrents et également opérateurs historiques au Royaume-Uni et en Allemagne - ont de leur côté "pu" licencier massivement.
A court terme, Thierry Breton compte faire face à ses engagements en utilisant les 6 Md¤ de cash-flow disponibles et les 9 Md¤ mis à disposition via l'Erap (Entreprise de recherches et d'activités pétrolières, établissement public, structure déjà existante mais n'ayant plus de fonction). Le PDG de France Télécom a, de plus, clairement indiqué qu'il n'était pas question, pour l'heure du moins, de privatiser l'opérateur historique.
Pour la suite, passé 2003, deux autres tranches de 15 Md¤ permettront de couvrir les besoins : d'une part le refinancement de la dette via des instruments financiers (non précisés), d'autre part un accroissement du cash généré par l'exploitation.
Pour ce dernier point, Thierry Breton propose un plan de réorganisation baptisé Top. Derrière une tentative d'explication très édulcorée (synergies, mobilisation opérationnelle...), il semble clair que la chasse est ouverte : intégration et centralisation sont au coeur d'un projet qui vise très directement les nombreux cadres historiques dirigeant les chapelles propres à France Télécom. Pour cela, point de vague de licenciements officiellement en vue, mais une valse des dirigeants et surtout des "départs naturels". Entre les CFC (congés de fin de carrière) et les retraites, près de 22 000 fonctionnaires auront quitté l'opérateur sur les trois prochaines années. De plus, si chaque année moins de 500 fonctionnaires quittent France Télécom pour une autre administration, le mouvement devrait s'amplifier. Une mission mobilité va prochainement être mise en place pour inciter à ce mouvement.