« Le nouveau pétrole c'est la data. On est l'outil d'extraction de données le moins cher, où que l'on soit », a lancé Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox, a l'occasion d'un point presse mercredi matin pour présenter les résultats et la stratégie de la société. Pas question pour autant pour le toulousain de démonter la concurrence, estimant qu'il y a de la place pour « 3 ou 4 acteurs », y compris le frère ennemi LoRA. Mais plutôt de mettre en avant ses forces : « On ne pense pas qu'en complexifiant les technologies on les perfectionne. Nous travaillons sur une surface de puce inférieure à 1 mm carré. Notre microcontrôleur Cortex MO a une puissance équivalente à une puce 486 d'il y a 10 ans et qui coûte aujourd'hui quelques dizaines de centimes à l'achat et encore moins à produire », a précisé Christophe Fourtet, co-fondateur et directeur scientifique de Sigfox.

Lors de sa présentation, Ludovic Le Moan a par ailleurs montré un prototype industriel de module IoT testé chez un client, capable de remonter « un paquet d'infos » et dont le coût de production pourrait tomber à 20 cents d'ici la fin d'année contre 1,2 dollar actuellement. Mais il faudra patienter jusqu'en 2020 pour voir le voir tomber à quelques centimes et faire décoller en volume le marché des capteurs connectés à son réseau IoT. « D'ici peu de temps, l'étiquette connectée constituera une rupture quantique », prophétise Christophe Fourtet. « Il y a encore un gros travail à faire sur l'architecture réseau pour réduire la taille des émetteurs et des récepteurs. Mais tout ce que l'on a pu passer de l'analogique au numérique a été fait, la fonction numérique ne peut plus profiter de la finesse de gravure ».

Dernier module de prototype de module industriel Sigfox. (crédit : D.F.)

50% du parc de capteurs Sigfox chez un seul client

En attendant ces lendemains radieux, le business de Sigfox commence à décoller. Après avoir réalisé 32 millions d'euros en 2016, Sigfox a vu son chiffre d'affaires atteindre 50 millions en 2017. Petite ombre au tableau : c'est 10 de moins qu'attendus à cause d'une reconnaissance de revenus tardive qui sera enregistrée dans les comptes d'ici la fin du mois. Si la société n'est toujours pas bénéficiaire, son PDG s'attend toutefois à sortir du rouge au dernier trimestre 2018 et afficher un premier bilan annuel positif en 2019. Après avoir couvert 45 pays - mais seulement 4 en propre (Espagne, Allemagne, France et Etats-Unis - les autres par le biais de partenariats avec des opérateurs - en 2017, Sigfox veut s'étendre à 15 de plus cette année. La société indique avoir entre 500 et 600 clients et gérer plus de 1 000 projets chez Vinci, La Poste, Airbus, Air Liquide...

Le nombre d'objets et capteurs connectés gérés sur son réseau IoT a atteint 2,5 millions en 2017, dont 1,3 rien que pour un seul client, Securitas Direct, pour du back-up de centrales d'alarme en cas de panne ou de brouillage de signal. En 2018, le groupe vise 6 millions de capteurs connectés sur son réseau IoT. Les revenus sont principalement tirés par l'international, le chiffre d'affaires France se limitant à environ 5 millions d'euros. Parmi les pays en plus forte croissance (mais partant de très bas) : l'Afrique du Sud, Singapour et la Finlande (+1000%) , suivis par le Mexique, l'Australie et l'Asie (+250%) et le Japon, la République Tchèque, le Royaume-Uni et le Danemark (+150%). En France, la croissance est plus faible mais tout de même très significative (+60%).

Le hall of fame des terminaux embarquant des modules IoT Sigfox est visible dès l'entrée dans les nouveaux locaux parisiens de la société, Avenue Wagram. (crédit : D.F.)

Des Hacking House pour pousser le passage à l'acte vers l'IoT 

Parmi les dernières et notables références de Sigfox, on trouve Ratenses qui a équipé l'aéroport de Singapour de plus de 50 000 trappes à souris connectées, Kit Kat (groupe Nestlé) pour de l'optimisation de livraison de marchandises, ShareMat avec plusieurs milliers de capteurs sur des grues en location, ou encore SeniorAdom pour la surveillance de personnes âges dans 20 villes en Chine. Un grand parc d'attraction aux Etats-Unis utilise également des capteurs embarquant la technologie réseau bas débit et basse consommation de l'opérateur français pour des poubelles connectées, sachant qu'un gros contrat pour du suivi de transport de conteneurs vient d'être signé et sera annoncé fin mars. Les modules IoT sont embarqués dans différents produits et capteurs par différents fabricants et sont aussi intégrés dans des chipsets produits par de grands fournisseurs de puces comme STMicro, Texas Instruments, On Semiconductor ou d'autres comme Atmel, TD Next et Wisol. 

En 2018, Sigfox compte donner un coup d'accélérateur à son écosystème IoT afin de créer « des conditions favorables pour faciliter l'accès à ses technologies. » Après avoir conclu des accords avec 200 universités (dont une dizaine en France) pour permettre à des étudiants d'utiliser ses technologies, d'inciter les communautés de développeurs (près de 50 000) à utiliser des modules IoT ou encore de donner accès à ses technologies à 450 incubateurs et accélérateurs ainsi qu'à 1 500 start-ups et PME, le toulousain va aller encore plus loin. Pour permettre aux entreprises d'accélérer leurs projets IoT - qui courent habituellement de 12 à 18 mois de l'initialisation à la phase de go/no go - le toulousain va lancer Hacking House. Officiellement dévoilé en juin prochain, ce projet va s'appuyer sur un réseau de compétences - essentiellement des étudiants - pour aider les entreprises à réaliser des tests à petite échelle étalé sur un maximum de 99 jours pour les inciter à aller jusqu'à la mise en production. L'objectif sera de mobiliser dans un premier temps 30 étudiants sur 3 localités (Californie/San Francisco en septembre, Europe en novembre et Asie fin 2018) sur 20 projets, avant d'être étendu d'ici 2021 à 50 villes, 6 000 étudiants et 2 000 projets.