Après les assistants capables de répondre aux questions et de générer du contenu, les entreprises cherchent désormais des systèmes capables d’enchaîner plusieurs actions en complète autonomie. C’est sur ce terrain que Cohere entend jouer sa carte avec North 2, dévoilée le 5 octobre dans un launch post. Présentée comme la plus importante évolution de sa plateforme, North 2 doit permettre aux organisations de déployer des agents à grande échelle sans abandonner la maîtrise de leur infrastructure.

La mémoire des agents

La principale évolution concerne l’orchestration. North 2 dispose d’un nouveau système capable de piloter des processus complexes en plusieurs étapes et d’ajouter un “human in the loop” lorsqu’une validation est nécessaire. L’objectif est de dépasser le simple chatbot pour automatiser de véritables workflows professionnels.

Autre nouveauté, la mémoire, les agents peuvent conserver le contexte d’une session à l’autre, tandis que des bibliothèques communes permettent aux équipes de partager connaissances, ressources et compétences réutilisables. Les collaborateurs peuvent également créer, en langage naturel, des documents, présentations, tableaux de bord ou applications.

Cette logique vise à éviter que chaque salarié reconstruise les mêmes automatisations. Les « skills » et agents réutilisables peuvent être partagés à l'échelle de l’organisation, rapprochant North 2 d’un véritable environnement de travail agentique.

Le contrôle des coûts devient un argument

Mais à mesure que les agents gagnent en autonomie, la consommation des modèles peut devenir difficile à prévoir. North 2 introduit donc des quotas, des plafonds de consommation, avec une visibilité détaillée sur l’utilisation par utilisateur ou agent.

Cohere ajoute des mécanismes de supervision permettant de définir précisément ce qu’un agent est autorisé à faire. Des contrôles d'accès (ACL) peuvent détecter notamment les données personnelles ou certaines attaques par injection de prompt, tandis que les actions critiques peuvent être soumises à une validation humaine. La plateforme dispose également d’outils d’administration et de traçabilité. 

La souveraineté comme nouvelle ambition

C’est toutefois sur la question des données que Cohere veut le plus nettement se différencier, North 2 peut fonctionner dans le cloud, dans un environnement privé, sur site ou dans une infrastructure totalement isolée. L’entreprise affirme ainsi vouloir répondre aux contraintes des secteurs où les données ne peuvent pas sortir d’un périmètre contrôlé.

Contrairement à leurs rivaux, la société s’adresse spécifiquement aux entreprises qui souhaitent intégrer l’IA tout en conservant la maîtrise de leurs données, de leurs infrastructures et de leurs modèles. Son véritable différenciateur réside ainsi dans la souveraineté offerte aux clients et dans la souplesse de déploiement de ses solutions. Cette stratégie s’inscrit dans un positionnement plus large, le groupe canadien cherche depuis plusieurs mois à se présenter comme un fournisseur d’IA « souveraine », capable de proposer non seulement des modèles, mais aussi l’infrastructure et les outils nécessaires à leur déploiement.

Un changement de stratégie

Avec North 2, l’entreprise cherche à contrôler une couche plus stratégique, celle qui relie modèles, données, agents, automatisations et gouvernance. Une ambition qui la place directement face aux plateformes d’IA d’entreprise de Microsoft, Google, OpenAI ou Anthropic. Cohere mise sur l'interopérabilité de ses composants pour limiter le verrouillage à un fournisseur unique.

Cohere n’a pas encore publié de benchmarks permettant de mesurer précisément les gains de North 2. Le véritable test sera donc celui du passage à l’échelle : transformer des agents autonomes en outils suffisamment fiables, maîtrisables et rentables pour devenir un environnement de travail complet.