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Otter.ai visé par une plainte pour atteinte à la vie privée
Un utilisateur accuse Otter.ai d'enregistrer sans consentement des intervenants aux réunions et de se servir des données pour entraîner ses systèmes d'IA. L'éditeur se défend de telles pratiques.

La retranscription de la voix en texte est devenue une des fonctions à base d’IA plébiscitée par les salariés, notamment dans le cadre des réunions. Pour autant, la question du caractère intrusif de ces solutions se pose. Elle fait même l’objet d’une plainte déposée en fin de semaine dernière par Justin Brewer auprès d’un tribunal californien. Dans cette procédure, l’accusé est Otter.ai et son service de restranscription de réunion, Notetaker.
Selon le plaignant, ce dernier enregistre l’ensemble des participants sans leur consentement et que ces enregistrements servent à entraîner les outils de reconnaissance vocale de l’éditeur. Des pratiques contraires, selon Justin Brewer, aux lois fédérales américaines sur la protection des communications électroniques, à la loi sur la fraude et les abus informatiques, ainsi qu’à plusieurs lois californiennes. Le recours engagé peut évoluer en action collective estimant que plus d’une centaine de personnes partagent les mêmes préoccupations.
Otter.ai se défend
En réponse à ces accusations, un porte-parole d'Otter.ai a déclaré à Computerworld : « Nous sommes profondément engagés à protéger les données de nos utilisateurs et leur vie privée. Personne ne devrait être enregistré à son insu ou sans autorisation, quel que soit le dispositif utilisé. » Il a ajouté que Notetaker prend automatiquement des notes aidant les utilisateurs à « participer plus librement » à leurs réunions, tout en soulignant que la transparence est essentielle pour tous les intervenants.
« Nous encourageons nos utilisateurs à demander la permission et à informer les autres lorsqu’ils enregistrent ou transcrivent des conversations », a-t-il précisé. Tout en rappelant que les enregistrements sont initiés par les utilisateurs et non par l’application elle-même, et que les conditions d’utilisation obligent ces derniers à obtenir toutes les autorisations nécessaires.
Un transfert de responsabilité dénoncé
La plainte reproche à Otter.ai de transférer la responsabilité légale aux utilisateurs au lieu de demander directement le consentement de tous les participants. Selon elle, les participants ne sont pas informés que leurs conversations peuvent être utilisées pour entraîner des modèles d’IA et générer des profits pour l’entreprise. Notetaker agit comme une entité distincte, ne sollicitant le consentement que de l’hôte de la réunion. L’application peut ainsi rejoindre des réunions sans autorisation préalable ni notification, sauf si un paramètre optionnel, désactivé par défaut, est enclenché. De plus, elle ne fournit pas de lien direct vers la politique de confidentialité lors des réunions.
Otter indique que son IA est entraînée sur des enregistrements audio anonymisés et des transcriptions pouvant contenir des données personnelles pour améliorer ses services. Les utilisateurs donnent leur accord en cochant une case pour Otter et ses prestataires tiers. Cependant, la plainte souligne que la, société ne décrit pas clairement ce que recouvre la désidentification des données et ne garantit pas la suppression des informations confidentielles ni l’anonymat des intervenants. Des recherches scientifiques montrent que « même les procédures sophistiquées de désidentification ne sont pas fiables », rappellent les avocats.
Des recommandations pour les entreprises
Pour Fritz Jean-Louis, conseiller principal en cybersécurité chez Info-Tech Research Group, cette affaire illustre l’importance d’une innovation responsable dans les outils de transcription IA. L’utilisation non autorisée de conversations peut compromettre la confidentialité et nuire à la confiance entre collaborateurs et partenaires. Il recommande de bien connaître les lois sur le consentement dans la juridiction où l’entreprise opère, ainsi que dans toute autre région où elle exerce ses activités. Par ailleurs, il est recommandée de mettre en place des procédures claires et des dispositifs de transparence pour toutes les réunions enregistrées »
Il conseille également de limiter l’usage de la transcription dans des contextes sensibles, comme les services juridiques, les ressources humaines ou les différentes directions, et d’identifier et auditer les outils tiers pour garantir sécurité et transparence. Enfin, il insiste sur la nécessité de former les collaborateurs à l’usage éthique des notes et à leurs implications sur la vie privée. « Des exigences de consentement plus strictes ne signifient pas la fin de la technologie de transcription, » rappelle-t-il. « Si un consentement explicite devient obligatoire pour toutes les conversations et collaborations, la technologie devra s’adapter. L’avenir repose sur un équilibre entre commodité et responsabilité. »


