Plusieurs centaines de supermarchés français ont été victimes, dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre, d’une cyberattaque ciblant leurs installations frigorifiques. Au moins 300 magasins Intermarché et Netto, moins d’une centaine de points de vente de Coopérative U, plusieurs magasins E.Leclerc et une trentaine de Monoprix sont concernés, ont indiqué les distributeurs à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information de BFMTV.
L’incident mobilise les autorités françaises. Selon l’entourage du Premier ministre, Sébastien Lecornu a « immédiatement demandé à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) de se saisir du sujet » et « suit le dossier personnellement ».
Des systèmes frigorifiques pilotés à distance
L’attaque vise les systèmes de régulation qui contrôlent le fonctionnement des installations frigorifiques des supermarchés. Ces équipements permettent notamment de surveiller les températures, de gérer les cycles de dégivrage et de piloter les installations à distance afin d’en faciliter l’exploitation et la maintenance. Selon BFMTV, les pirates seraient parvenus à modifier à distance les paramètres de température de près de 400 magasins. En ciblant des systèmes de régulation du fabricant danois Danfoss, ils auraient déclenché des cycles de dégivrage forcé. Dans certaines installations, la température serait montée jusqu’à 50 °C, entraînant la destruction de denrées fraîches et surgelées ainsi que, dans certains cas, des dégâts matériels.
Danfoss estime que l’incident concerne des équipements obsolètes ou dont les logiciels n’étaient pas à jour. Le fabricant rappelle que « Danfoss recommande depuis longtemps à ses clients de maintenir les systèmes encore pris en charge à jour avec les dernières versions de logiciel et de migrer les anciens systèmes vers des solutions de nouvelles générations ».
« Gaspillage alimentaire » et « perte » financière
Les pirates auraient « réussi à déclencher à distance le dégivrage forcé » des installations frigorifiques de nombreux magasins. En conséquence, les points de vente concernés devront « jeter l’ensemble des produits » frais et surgelés affectés, a précisé Intermarché à l’AFP. Déjà victime d’une cyberattaque en août dernier, qui avait entraîné une fuite des données de centaines de milliers de clients, l’enseigne déplore le « gaspillage alimentaire » et les pertes financières provoquées par ce nouvel incident, sans en préciser le montant. Elle souligne également les difficultés liées à l’indemnisation, indiquant à l’AFP que les assurances ne « couvrent pas ce type » d’incident en magasin.
Coopérative U figure également parmi les distributeurs touchés, avec moins d’une centaine de magasins concernés. Sur X, son dirigeant a dénoncé la gravité de l’attaque : « S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l’approvisionnement alimentaire des Français est d’une extrême gravité et est inédit. C’est inacceptable. »
Une enquête pour identifier les auteurs
Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité (Ofac), sous la direction de la section de lutte contre la cybercriminalité. Les investigations doivent permettre de recenser les victimes et d’établir les liens entre l’attaque et les dommages constatés, notamment les pertes de denrées alimentaires et les départs de feu signalés. L’Anssi est également mobilisée pour accompagner les organisations potentiellement touchées et coordonner les échanges avec ses homologues européens. À ce stade, aucune attribution fiable à un groupe de cybercriminels n’a été rendue publique.

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