L'IA prend une place croissante dans les recrutements de jeunes diplômés. En quatre ans, la proportion d'offres d'emploi juniors mentionnant des compétences liées à l'IA a plus que triplé. C'est ce que révèle une étude du Gen Z Lab de JobTeaser, réalisée à partir de l'analyse sémantique de plus de 400 000 offres de stage, d'alternance et de premier emploi publiées sur sa plateforme en France.
Au premier semestre 2026, 20,1 % des métiers juniors recensés exigeaient ainsi des compétences en IA, contre 6,3 % en 2022. La progression est continue : 7,8 % en 2023, 10,9 % en 2024 et 15,6 % en 2025. En un an, la part des métiers concernés a donc augmenté de près de cinq points. Cette évolution traduit une intégration rapide de l'IA dans les organisations, mais aussi dans les compétences attendues des jeunes candidats. Certains métiers sont particulièrement concernés. L'audit arrive en tête, avec 51 % des offres mentionnant des compétences en IA, devant la data et les statistiques (48 %), la tech et l'ingénierie (44 %), la gestion de projet IT (39 %) et le conseil en stratégie (34 %).
Le numérique et l'industrie en première ligne
La demande de compétences en IA varie fortement d'un secteur à l'autre. Sans surprise, le numérique et l'IT occupent la première place, 64 % des métiers juniors de ce domaine requièrent désormais de telles compétences. L'industrie suit avec 45 %, devant le conseil et l'audit (44 %) et la tech (34 %). À l'inverse, l'IA reste moins présente dans les offres de certains secteurs. Le transport et la logistique ainsi que l'automobile affichent un taux de 16 %, devant la banque et l'assurance (14 %), l'administration publique (13 %), les médias et l'agroalimentaire (12 %). L'énergie atteint 11 %, tandis que le BTP, l'immobilier et l'industrie pharmaceutique se situent à 8 %. La mode et le luxe ferment la marche, avec seulement 3 % des métiers juniors concernés.
La taille de l'entreprise semble en revanche avoir peu d'influence sur cette évolution. Les grandes entreprises comme les TPE et PME intègrent progressivement ces compétences dans leurs recrutements, à des rythmes comparables. En 2026, 20 % des métiers juniors proposés par les grandes entreprises mentionnent l'IA, contre 19 % dans les structures plus petites.
Ingénieurs et managers ne sont pas attendus sur les mêmes compétences
Les recruteurs ne recherchent pas les mêmes compétences en IA selon les fonctions. Pour les profils techniques, l'IA constitue souvent une composante centrale du poste. C'est le cas pour 48 % des offres destinées aux ingénieurs qui mentionnent l'IA. Chez les managers, cette proportion tombe à 12 %. Dans la moitié des cas, l'IA reste une compétence secondaire. Les attentes diffèrent également dans leur nature. Pour les ingénieurs, les entreprises privilégient avant tout les compétences de conception et de développement : machine learning, data science, intégration de solutions ou encore développement d'agents IA. Ces savoir-faire représentent 50 % des compétences en IA attendues pour ces profils, contre seulement 10 % chez les managers. Pour ces derniers, les recruteurs valorisent davantage la capacité à suivre les évolutions technologiques et à comprendre les usages possibles de l'IA. La veille et l'appétence pour ces technologies représentent ainsi 37 % des compétences attendues, ce qui en fait leur premier critère dans cette catégorie.
L'utilisation opérationnelle des outils constitue un autre volet important. La production et l'analyse, qui regroupent notamment la rédaction, la synthèse, l'analyse de données, l'utilisation de l'IA générative et l'automatisation, représentent 33 % des attentes envers les managers, contre 13 % pour les ingénieurs. Enfin, les compétences liées au pilotage et au déploiement de projets d'IA concernent également les jeunes recrues : conduite de projets, accompagnement des usages, formation, gouvernance et conformité réglementaire.
Les soft skills restent incontournables
La montée en puissance de l'IA ne signifie pas pour autant que les compétences techniques et comportementales traditionnelles perdent de leur importance. Au contraire, les soft skills restent largement présentes dans les offres d'emploi juniors. Selon JobTeaser, une fiche de poste compte en moyenne sept compétences comportementales pour trois compétences techniques. Ces deux catégories progressent d'ailleurs respectivement de 20 % et 16 % par rapport à 2023. Certaines qualités sont particulièrement recherchées. Le leadership enregistre la plus forte hausse, avec une progression de 232 %. Il est suivi par l'orientation résultats (+124 %) et l'esprit d'amélioration continue (+84 %).
Ces chiffres montrent que les entreprises ne recherchent pas uniquement des jeunes diplômés capables de prendre en main de nouveaux outils. Elles attendent également des profils capables de s'adapter, de prendre des initiatives et de travailler dans des environnements en évolution rapide. « L'IA s'installe dans les offres juniors à un rythme qu'aucune compétence n'a connu. Mais les réalités diffèrent selon les profils : un jeune ingénieur doit savoir la concevoir, un jeune manager doit surtout savoir l'utiliser à bon escient. Pour les étudiants comme pour les écoles, c'est cette distinction qui compte, bien plus qu'un affichage générique », souligne Michaël Giaj, responsable des études de JobTeaser.