Le contentieux entre les médias français et Meta prend une nouvelle dimension. Le montant du préjudice réclamé par les 101 médias, révélé par L'Informé début octobre 2026, atteint près de 1,4 Md€. Parmi les acteurs concernés figurent notamment Le Figaro, L’Équipe, Libération, Ouest-France, TF1, France Télévisions ou encore Radio France.

Une offensive judiciaire inédite

Dans le cadre d'une procédure ouverte le 30 avril 2025 devant le tribunal des activités économiques de Paris, les éditeurs accusent la société mère de Facebook et d’Instagram d’avoir utilisé des données personnelles à des fins publicitaires sans fondement juridique légitime. Ils estiment que ces pratiques leur ont permis de capter une part du marché publicitaire au détriment des médias traditionnels et numériques.

L’enjeu dépasse donc la seule protection des données, il porte également sur les conditions de concurrence entre des éditeurs soumis à des obligations réglementaires strictes et une plateforme disposant d’importantes capacités de ciblage publicitaire.

Un modèle publicitaire contesté

Depuis l’entrée en application du RGPD en mai 2018, les sites de presse doivent recueillir le consentement des internautes pour certains traitements publicitaires. Le refus des cookies peut limiter la personnalisation des annonces et réduire leur valeur commerciale.

Les plaignants estiment que Meta a, pendant une partie de cette période, proposé des publicités ciblées sans recueillir un consentement conforme aux exigences réglementaires. Ils s’appuient notamment sur les sanctions prononcées en 2023 par l’autorité irlandaise de protection des données, qui avait infligé au groupe deux amendes totalisant 390 M€ pour ses pratiques publicitaires sur Facebook et Instagram.

Pour évaluer le manque à gagner, les médias ont mandaté le cabinet de conseil américain Charles River Associates. Son analyse prend notamment en compte les revenus publicitaires de Meta entre 2015 et 2023, la valeur accordée aux données personnelles par les annonceurs et les effets du consentement aux cookies sur la monétisation des audiences. Le montant de 1,4 Md€ constitue toutefois une estimation du préjudice avancée par les plaignants, et non une indemnisation accordée par la justice.

Une première décision

Une première décision, rendue le 21 septembre 2026, a néanmoins précisé les modalités d’accès aux éléments techniques et financiers utilisés pour calculer le préjudice. Meta pourra consulter les données et les hypothèses de Charles River Associates, mais dans un cercle restreint de personnes habilitées, afin de préserver la confidentialité des informations commerciales. 

En revanche, le tribunal a jugé prématurée et disproportionnée, à ce stade, la demande de Meta visant à contraindre les médias à démontrer leur propre conformité au RGPD. Une première audience publique est prévue en janvier 2027. Les juges devront alors examiner les arguments des deux parties et apprécier la réalité du préjudice invoqué. 

Au-delà de l’éventuelle indemnisation, cette procédure pourrait avoir des conséquences sur l’ensemble du secteur publicitaire. Pour les éditeurs, l’objectif est de faire reconnaître qu’un manquement aux règles de protection des données peut également constituer un avantage concurrentiel indu. Ils espèrent ainsi obtenir réparation d’un manque à gagner qu’ils jugent directement lié aux pratiques de Meta.

En Espagne, une procédure semblable a déjà abouti en novembre 2025 à une condamnation de Meta à verser plusieurs centaines de millions d’euros à des éditeurs et agences de presse. Le dossier français pourrait ainsi devenir un précédent majeur pour les relations entre réglementation des données personnelles et droit de la concurrence.