Le 27 août, la juge fédérale Rita Lin a estimé que la décision du Pentagone de qualifier l’entreprise Anthropic de « risque pour la sécurité de la chaîne d’approvisionnement » était illégale. Cette classification avait notamment pour conséquence d’empêcher les fournisseurs et contractants de l’administration américaine de travailler avec Anthropic.
Mise sur liste noire
Le conflit éclate en février 2026 lorsque Anthropic refuse de supprimer certaines protections intégrées à Claude et se retrouve menacée d’être exclue de la chaîne d’approvisionnement du ministère de la Défense. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth envisage même de recourir au Defense Production Act afin de contraindre l’entreprise à fournir sa technologie. Donald Trump ordonne ensuite aux agences fédérales de cesser d’utiliser les produits d’Anthropic.
Pour justifier cette décision, le Pentagone avance un argument particulièrement sensible, celui qu’Anthropic représenterait un risque pour la sécurité nationale. Les autorités américaines craignent notamment que l’entreprise puisse modifier ou désactiver à distance les modèles de Claude utilisés dans des systèmes militaires, provoquer leur « dérive » ou encore y introduire des biais ou des failles. Mais pour la juge Rita Lin, cet argument ne résiste pas à l’examen des faits.
Dans sa décision de 59 pages, la juge Rita Lin écrit que la démarche du ministère « était motivée par le désir de faire un exemple et de punir Anthropic, qui avait eu l'“arrogance” de critiquer le gouvernement ». Il s’agissait donc de « représailles illégales ». En effet, Anthropic ne dispose pas, selon les éléments examinés par la justice, d'un accès lui permettant de modifier les systèmes, de les mettre à jour ou de les désactiver à distance. Le gouvernement n’a pas contesté ce point devant la juge, qui a donc considéré certaines des menaces invoquées comme « entièrement infondées ». Elle a également relevé qu’aucun document gouvernemental antérieur ne faisait état d’un problème de sécurité lié à Anthropic. En plus de l'atteinte à la liberté, Anthropic "s'est vu refuser la procédure préalable à la privation de droits prévue par le Cinquième amendement ", a ajouté la juge fédérale.
Un conflit loin d’être terminé
La juge considère que la mesure portait atteinte aux droits constitutionnels d’Anthropic, notamment à sa liberté d’expression. Elle estime que le gouvernement ne peut pas transformer un désaccord commercial ou contractuel en menace pour la sécurité nationale afin de faire pression sur une entreprise. La décision ne signifie toutefois pas que le Pentagone est obligé de continuer à acheter les technologies d’Anthropic : il reste libre de choisir ses fournisseurs, à condition de respecter les procédures légales.
Le Pentagone peut faire appel à la décision et une seconde procédure, engagée devant une autre juridiction fédérale à Washington, reste en cours. Néanmoins, cette première victoire intervient à un moment stratégique pour l’entreprise, qui connaît une forte croissance dans le secteur de l’IA et préparerait une introduction en bourse susceptible de la valoriser autour de 2 000 Md$. Le conflit avec l’administration Trump demeure toutefois un risque important pour son développement.