Il faut une entreprise audacieuse pour s'attaquer à Nvidia sur le marché des performances graphiques. Intel a essayé et échoué à plusieurs reprises, tandis qu'AMD assure juste sa place de challenger. Mais Bolt Graphics, fondée en 2020, pense avoir trouvé la solution avec son GPU Zeus basé sur une architecture inédite ISA RISC-V. Le Zeus repose sur une conception chiplets modulaire disponible en configurations 1, 2 ou 4 puces (Zeus 1C, 2C, 4C). L'ISA RISC-V embarquée supporte la rastérisation, le ray-tracing et un pipeline dédié au path tracing (baptisé Glowstick par Bolt). La carte s'interface en PCIe 5.0 x16. La jeune pousse vient de finaliser la conception de son circuit graphique – ce qui signifie que la conception et le développement sont terminés et que la production peut commencer – sur le procédé de gravure 12 nm de TSMC, avec une sortie prévue en 2027. L'entreprise affirme offrir une performance en ray-tracing 5 fois supérieure à la carte Nvidia RTX 5090 pour une consommation de 250 W, (contre 575 W pour le GPU GB202 Blackwell). Elle avait précédemment annoncé des calculs de rendu 10 fois supérieurs à ceux du 5090. 

Le GPU Zeus n'est toutefois pas réservé aux graphismes et aux jeux. Bolt vise également le calcul intensif : en plus du support des API Vulkan, DirectX 12, Unreal Engine, Unity, la pile logicielle couvre notamment les outils Autodesk, AutoCAD, Revit, Fusion 360 et 3DS Max. L'entreprise affirme que la version HPC de son accélérateur peut atteindre jusqu'à 20 Tflops en FP64, bien au-dessus des 1,423 Tflops de la carte Nvidia RTX 6000 Ada Lovelace en FP64. Une comparaison très curieuse, quand on sait que cette carte, toute comme la RTX 6000 Blackwell plus récente, n'est pas conçue pour le calcul scientifique FP64 intensif : ses points forts sont le rendu 3D (ray-tracing, path tracing), l'IA (4 000 AI TOPS en INT8/FP8) et une grande capacité mémoire (96 Go GDDR7 ECC). Pour du calcul FP64, Nvidia oriente ses clients vers les accélérateurs H100, H200 ou B200 de la gamme datacenter. Précisons encore que si la RTX Pro 6000 Blackwell délivre 1,97 Tflops en FP64, la performance est délibérément bridée par Nvidia sur ces cartes, afin de différencier la gamme workstation de ses accélérateurs datacenter comme le H100 ou le B200, qui offrent de vraies performances FP64 (67 Tflops pour le H100 SXM5, par exemple).

Mémoire étendue avec des barrettes SO-DIMM

Zeus présente également deux caractéristiques propres aux cartes GPU. Premièrement, la carte offre deux emplacements pour barrettes SO-DIMM (du même type que celle utilisée dans les ordinateurs portables) sur la carte, en plus de la mémoire LPDDR, pour une capacité totale impressionnante de 384 Go. Deuxièmement, la carte Zeus intègre quant à elle un port QSFP-DD 400 GbE (voire 800 GbE) pour interconnecter directement plusieurs GPU sans carte réseau dédiée, une fonctionnalité ciblant les fermes de rendu et clusters HPC.

Se mesurer à Nvidia et AMD peut sembler désespérée, mais Jon Peddie, président du cabinet de conseil en graphisme Jon Peddie Research, estime qu’ils ont leurs chances. « Ils adoptent une approche ciblée, avec une architecture nouvelle et novatrice », a-t-il déclaré. « En termes de marque, ce sera difficile jusqu’à ce qu’ils se fassent connaître, mais c’est ainsi que fonctionne le marché des gamers. Ils sont également bien accueillis dans les studios et les agences de publicité, ainsi que dans les domaines d’ingénierie complexes tels que le rayonnement RF, l’acoustique et d’autres champs électromagnétiques, y compris le rayonnement. » Jon Peddie affirme que le marché des cartes graphiques pour ordinateurs de bureau (c’est-à-dire le gaming) est le moins intéressant pour eux, car il est trop étroitement ciblé. « Ils offrent en permanence des images en temps réel, photoréalistes et précises - sans artifices d’IA - ce qui est essentiel en ingénierie et en science, et les studios haut de gamme l’exigent également pour préserver leurs droits d’auteur », a-t-il déclaré. La société prévoit que Zeus entrera en production au quatrième trimestre 2027.