Rencontré début 2026 lors d'un IT Press Tour dans la Silicon Valley, Joe d'Angelo, directeur produit d'InfoScale, ne cache pas son enthousiasme. L'acquisition par Cloud Software Group (CSG) marque pour lui un tournant stratégique. "Pour la première fois dans ma carrière, nous avons un CEO qui a pris un rôle actif non seulement dans l'acquisition, mais dans la formation même de l'unité commerciale, car il comprend personnellement la valeur de ce produit et de cette technologie", explique-t-il. Tom Krause, CEO de CSG, voit en InfoScale une solution de "résilience de données inégalée pour les entreprises les plus exigeantes au monde, protégeant les flux de revenus vitaux avec une garantie de disponibilité de 99,999% sur l'ensemble du stack hybride multi-cloud".
Une lignée technologique de près de 40 ans
Solution historique de haute disponibilité et de stockage logiciel, InfoScale revendique un héritage qui remonte à la fin des années 80, lorsque Veritas posait les bases d’un système de fichiers journalisé et d’un gestionnaire de volumes capables d’agréger des baies hétérogènes. « Certains nous voient comme un produit historique, moi je préfère dire que nous avons une histoire », insiste Joe d’Angelo. Au fil des grandes transitions – du physique au virtuel, du SAN au cloud, puis aux containers et au cloud natif – le produit a accompagné les clients sans rupture : Unix puis Linux, VMware, puis infrastructures IaaS publiques et Kubernetes. « De Veritas à Symantec, puis de nouveau Veritas, Arctera et désormais InfoScale, nous avons accompagné nos clients à chaque point d’inflexion de l’industrie », résume Joe d’Angelo. Née chez Veritas en 1993, la solution de clustering et de gestion de stockage logiciel a traversé plusieurs transitions majeures de l'industrie informatique.
En 2005, Symantec acquiert Veritas (13,5 milliards de dollars en échange d’actions), avec une période de onze ans de vache maigre au sein du groupe coté en bourse. En 2016, une scission financière pilotée par Broadcom sépare les activités : Veritas Technologies reprend les solutions centrées sur la sauvegarde (NetBackup, Backup Exec), l’archivage (Enterprise Vault) et la disponibilité/stockage logiciel (InfoScale et apparentés) sous la houlette du fonds Carlyle Group pour environ 8 milliards de dollars en cash. Avant un spin‑off fin 2024 qui sépare les activités InfoScale (disponibilité/cluster et SDS), Data Compliance (Enterprise Vault, etc.) et Backup Exec regroupées dans une entité baptisée Arctera, toujours détenue par Carlyle, et la partie sauvegarde de l’autre (Netbackup) rachetée par Cohesity (une opération valorisée autour de 3 milliards de dollars). CSG rachète enfin Arctera et la rebaptise InfoScale, donnant à la plateforme une nouvelle impulsion commerciale et une feuille de route ambitieuse. Aujourd'hui, InfoScale revendique plus de 1 700 clients répartis dans 52 pays, dont 10 des 10 plus grandes sociétés de services financiers, 10 sur 10 des principaux opérateurs télécoms, et 9 sur 10 des compagnies énergétiques mondiales.
Face à un paysage IT en pleine mutation
Les entreprises modernes gèrent en moyenne 1 061 applications, dont 50% sont critiques pour l'activité. Dans ce contexte, les menaces se multiplient : 96% des incidents cyber réussissent partiellement dans 74% des cas, le temps moyen de récupération après une attaque ransomware atteint 24 jours, et 30% des pannes cloud durent plus de 24 heures. Pour les services financiers, le coût d'une panne d'application critique s'élève à 163 millions de dollars par période de 24 heures, soit 6,48 millions par heure, selon Infoscale. "Les entreprises ont des milliers de systèmes interconnectés, de clusters et de sources de données, mais manquent de visibilité proactive et de compréhension du contexte. La plupart des temps d'arrêt sont causés par des changements opérationnels de routine comme les correctifs, la mise à l'échelle ou les mises à niveau, et pourtant les outils existants sont réactifs", constate Joe d'Angelo. Face à cette complexité, InfoScale propose une approche différenciante : une résilience centrée sur l'application plutôt que sur l'infrastructure uniquement.
Techniquement, InfoScale se présente comme une couche logicielle installée au niveau du système d’exploitation – Linux majoritairement, mais aussi Windows, Unix commerciaux – ou sous forme cloud native dans Kubernetes et OpenShift. (Crédit P.K.)
3 piliers techniques différenciants
InfoScale se distingue de ses concurrents par une approche full-stack qui unifie détection et réponse à travers les couches données, infrastructure et application. Là où Zerto (HPE) se concentre principalement sur la protection continue des données avec réplication en temps quasi réel pour les environnements virtualisés, où Veeam Availability Orchestrator orchestre backups et répliques via des plans de reprise d'activité, et où VMware Site Recovery Manager (SRM) automatise la récupération de systèmes de stockage virtualisés, InfoScale propose une vision transverse. La solution intègre quatre capacités fondamentales. La résilience du stockage via un système de fichiers journalisé évolutif capable d'abstraire n'importe quel type de stockage physique, cloud ou hybride, avec des fonctionnalités de mise en miroir, snapshots et réplication synchrone ou asynchrone. La société permet notamment la résilience multi-zones de disponibilité pour les volumes EBS AWS, une fonctionnalité non native. Ensuite, la résilience applicative et cyber s'appuie sur un clustering haute disponibilité avec agents applicatifs intégrés pour plus de 1 000 cibles technologiques différentes.
La solution propose des copies cohérentes au niveau applicatif et une détection d'anomalies basée sur l'IA qui identifie les comportements anormaux en temps réel. "Nous incorporons une détection d'anomalies qui analyse le comportement de votre système de fichiers selon des paramètres connus sur 30 ou 45 jours, puis détecte en temps réel les pics suspects d'accès en lecture ou écriture", précise Joe d'Angelo. Enfin, l'orchestration automatise les basculements, la mobilité applicative et la récupération après sinistre avec des tests non disruptifs. Contrairement aux solutions point-à-point, InfoScale comprend les dépendances amont et aval entre applications, stockage et cloud, permettant une orchestration cohérente. La solution travaille par exemple avec AWS depuis 2018. Les opérations et supervision fournissent télémétrie, reporting d'audit et gestion centralisée des déploiements cloud et on-premise. Un client majeur du secteur financier a ainsi réduit son temps d'arrêt de 4 heures à 5 minutes (réduction de 98%), économisant 320 000 heures IT annuelles. La plateforme garantit un RPO et RTO proche de zéro, avec une automatisation à 100% de la réponse à travers les couches data, infrastructure et application.
L'approche app‑centric – la résilience autour de l’application plus que du seul hyperviseur – est au cœur du discours produit d'InfoScale. (Crédit P.K.)
Roadmap IA et intégration CSG
InfoScale prépare l'avenir avec des fonctionnalités autonomes et intelligentes. La feuille de route comprend l'analyse prédictive pour prévoir les défaillances d'infrastructure, l'optimisation intelligente des charges de travail basée sur l'apprentissage des patterns d'I/O, des simulations de pannes pour tester les scénarios multi-tiers, l'alerting contextuel avec apprentissage des comportements, et la protection proactive contre les menaces avec simulations d'attaques. "Ce que j'espère, c'est que l'IA sera capable de construire ces relations de manière dynamique en temps réel, sans que le client ait besoin d'une carte topologique réseau extrêmement détaillée", confie Joe d'Angelo. La solution vise une expérience aussi simple qu'une commande vocale à Alexa, rendant la résilience d'entreprise aussi intuitive que possible.
L'intégration au sein de CSG ouvre également des perspectives de synergie avec le portefeuille produits comprenant notamment Tibco, Citrix et NetScaler, positionnant InfoScale comme colonne vertébrale de résilience pour l'ensemble des solutions du groupe. Pour les infrastructures conteneurisées, la société propose une certification Red Hat pour OpenShift, unifiant la résilience entre machines virtuelles et conteneurs avec une couche cohérente sur Red Hat Enterprise Linux.