Les objets connectés ne sont plus seulement des cibles potentielles pour les cybercriminels. Ils peuvent aussi servir de relais à des trafics tiers, collecter des informations sur leur environnement ou fournir un point d’entrée vers d’autres équipements du réseau. C’est le constat dressé par Bitdefender dans son 2026 IoT Security Landscape Report, publié le 22 octobre. L’étude s’appuie sur les événements de sécurité observés entre janvier et septembre 2026 sur environ 10,4 millions de routeurs protégés par les technologies de sécurité pour la maison connectée de Bitdefender et Netgear. Les capteurs ont enregistré 5,4 milliards d’événements de sécurité et 6,2 milliards d’observations associant des équipements à des vulnérabilités connues.
Les scans de ports dominent largement les activités détectées. Ils représentent 4,85 milliards d’événements, soit 90,1 % du flux d’attaques recensé. Cette reconnaissance automatisée consiste à sonder des adresses IP pour identifier les services accessibles et préparer d’éventuelles opérations ultérieures. Les tentatives de force brute arrivent en deuxième position, avec 466,6 millions d’événements. Parmi elles, 455 millions visaient le protocole RDP (Remote Desktop Protocol), utilisé notamment pour l’accès à distance aux systèmes Windows.
Téléviseurs, prises et NAS, le trio le plus exposé
Trois catégories concentrent 67,1 % des observations de vulnérabilités du rapport : les téléviseurs, les prises connectées et les systèmes de stockage en réseau (NAS). Les téléviseurs arrivent en tête, avec 22,7 % des observations, devant les prises intelligentes (22,4 %) et les NAS (22 %). Ces proportions décrivent la répartition des observations dans le jeu de données, et non la probabilité qu’un appareil donné soit compromis. Le problème tient notamment à la durée de vie des équipements. Selon Bitdefender, les produits connectés peuvent rester utilisés pendant cinq à dix ans, alors que leur période de support logiciel se limite souvent à deux à quatre ans. Une fois les mises à jour interrompues, des vulnérabilités connues peuvent ainsi persister pendant plusieurs années. Les prises connectées illustrent ce décalage : peu coûteuses et souvent oubliées après leur installation, elles continuent de communiquer sur le réseau alors que leur fabricant peut avoir cessé de les maintenir. Le rapport relève 266,7 millions d’observations de vulnérabilités associées à cette catégorie.
Les NAS présentent un risque différent. Ils hébergent des fichiers, des sauvegardes et des archives personnelles, tout en proposant des services réseau et des fonctions d’administration. Un équipement mal protégé peut donc exposer des données sensibles et constituer un point d’appui pour progresser dans le réseau local.
Les téléviseurs, nouveaux relais de trafic
Au-delà des vulnérabilités techniques, le rapport attire l’attention sur une autre évolution, l’utilisation de certains téléviseurs connectés comme relais de trafic Internet. Des kits de développement logiciel (SDK) intégrés à des applications gratuites peuvent ouvrir un service proxy local sur un téléviseur. La connexion Internet du foyer sert alors à acheminer le trafic de tiers, notamment pour des opérations de collecte automatisée de données sur le Web, de vérification publicitaire ou d’études de marché.
Ce mécanisme n’est pas nécessairement assimilable à une infection par un logiciel malveillant. Selon le rapport, les fournisseurs concernés présentent ces usages comme reposant sur le consentement donné lors de l’installation des applications. La question porte donc aussi sur la compréhension réelle des autorisations acceptées par les utilisateurs. Le risque est concret, le trafic sortant apparaît associé à l’adresse IP du foyer, qui peut alors être liée à des activités automatisées dont l’utilisateur ne connaît pas nécessairement la nature. Le rapport évoque également des investigations publiées par Gamers Nexus concernant la collecte de données par certains téléviseurs LG, notamment des informations de visionnage et des données relatives à l’environnement réseau. Bitdefender précise ne pas avoir vérifié indépendamment certaines estimations avancées par cette source. Ces éléments doivent donc être considérés comme des signalements rapportés, et non comme une conclusion généralisable à tous les téléviseurs.
Mises à jour et segmentation en première ligne
Face à ces risques, le rapport invite à renforcer les mesures de base. Les mises à jour automatiques doivent être activées lorsqu’elles sont disponibles, tandis que les identifiants par défaut doivent être remplacés. Les équipements qui ne bénéficient plus de correctifs méritent une évaluation spécifique, pouvant conduire à leur remplacement. La segmentation du réseau constitue une autre mesure importante. Les objets connectés qui n’ont pas besoin d’accéder aux ressources de travail ne devraient pas pouvoir communiquer librement avec les postes utilisateurs ou les serveurs internes. Pour les NAS, l’exposition directe à Internet et des interfaces d’administration accessibles publiquement sont à éviter. Enfin, les entreprises ont intérêt à maintenir un inventaire des équipements, de leurs versions logicielles et de leur statut de support. Cette démarche permet de repérer les appareils oubliés et de prioriser les corrections en fonction de leur exposition et des données auxquelles ils peuvent accéder.