La start-up française en virtualisation de postes de travail Weytop, qui a signé via Unowhy un gros contrat avec l’Education Nationale en juin dernier, vient de réaliser sa troisième levée de fonds. Incubé à Télécom Paris et créé en 2020, ce jeune éditeur parisien qui propose son offre depuis 2024, a réalisé ce financement sous forme d’une augmentation de capital d’1,3 M€ et de dette (400 000€). Trois nouveaux investisseurs, le fonds nantais Ewak et les business angels Effirom et Holding Daniel Bory, se sont mobilisés en plus des partenaires historiques BLV Invest et Bpifrance. Cette levée va accélérer le développement de la société avec le recrutement de 5 personnes (commercial, product owner, support, et deux développeurs). Outre ses embauches, l'entreprise veut aussi accélérer sa R&D en améliorant son player pour doper les performances graphiques (stopper la distorsion colorimétrique, 120 fps, et 4K). En plus de ces évolutions, elle va travailler sur la possibilité de créer des groupes de travail avec des pool de machines partagées et une gestion des droits délégués.

Partenaire de Nvidia depuis 2023, Weytop a par ailleurs obtenu un financement en tout début d’année dans le cadre du plan France 2030 pour de la virtualisation de GPU. Avec en ligne de mire la capacité d’effectuer des calculs déportés d’inférence, mais pas de temps réel, sur des GPU serveurs. « Cela permet de ne déplacer que le calcul et pas les données et de ramener ensuite les résultats sur le poste local », explique Loïc Poujol cofondateur et directeur général de Weytop.

Jusqu’à 3 000 utilisateurs par jour

Concentré sur la virtualisation de postes de travail, avec en vue celle des bases de données, l’éditeur propose une offre DaaS qui s’exécute aussi bien dans les infrastructures des clients finaux (en propre ou dans des datacenters tiers) qu’en mode cloud via ses partenaires. Ce logiciel de virtualisation tourne sur une version personnalisée de l’hyperviseur Proxmox, sur des serveurs bare metal Linux Debian (full cloud, local ou hybride), couplé avec des briques maison d'encodage, décodage et compression de flux pour obtenir de meilleures performances en consommant moins de bande passante. « C’est un vrai avantage concurrentiel dans un domaine où il y a beaucoup d’utilisateurs comme les universités, écoles ou plateaux de centres d’appel », indique Loïc Poujol. Les technologies de streaming reposent sur du WebRTC et de l’UDP, avec en moyenne 4 Mbts/s sur un poste indépendamment du nombre d’applications tournant dessus, toute la charge étant concentrée côté serveur. « Que l’on fasse tourner Word ou SolidWorks, c’est le taux de rafraichissement d’image qui va consommer la bande passante », poursuit le dirigeant. « Nous travaillions avec Dassault Systèmes sur SolidWorks actuellement pour le qualifier et le labelliser chez nous ». Au-delà des lycées d’Ile-de-France, TAP Studio utilise aussi cette solution DaaS pour faire tourner ses suites graphiques de création de dessin animé. Parmi ses autres clients : l’université de Bordeaux, l’ENAC, l’ESGI, le réseau INSA, un musée parisien...

Actuellement, Weytop gère des pics de 3 000 utilisateurs par jour pour une quarantaine de noeuds serveurs bare metal déployés. La partie authentification et gestion des identités reste sur les serveurs de Weytop pour assurer une rapidité de déploiement et de maintenance. Mais quid du risque d’attaque supply chain ? « Nous n’avons pas accès aux utilisateurs, les flux sont sécurisés, des bastions et un système de white list des serveurs ». En revanche un point apparait pénalisant : « S’il y a une perte de connexion chez le client on ne peut pas authentifier les utilisateurs, les sessions ne s’arrêtent pas mais on ne pourra pas en ouvrir », avertit Loïc Poujol.

Des atouts par rapport aux solutions américaines

Conscient d’avoir un périmètre fonctionnel beaucoup moins important que les grandes solutions américaines de DaaS (par exemple Workspace One d'Omnissa (ex VMware)), Weytop avance plusieurs atouts. « Nous avons un temps de rapidité de déploiement, l’absence d’évolution réseau lors du passage en VDI des clients et une très bonne qualité pour les utilisateurs », assure Loïc Poujol. « Souvent les gens râlent quand on les fait passer sur de la VDI, nous c’est plutôt l’inverse. Par exemple des équipes de chercheurs préfèrent être sur la VDI parce que c’est aussi confortable avec des fonctions en plus de snapshot, partage des pods, supervision... ». Autre particularité : une facturation qui ne se fait pas à la VM ou aux utilisateurs, mais une licence en fonction du nombre de coeurs serveurs bare metal sollicités.

En termes de partenaires cloud pour faire tourner son offre, la start-up travaille principalement avec Bouygues Telecom Entreprises OnCloud (derrière laquelle on trouve l’ancienne équipe de Nerim) et Scaleway. Si Weytop est toujours référencé chez Orange Business, l’arrêt de Flexible Engine et son remplacement par Cloud Avenue (à base de serveurs HPE Synergy couplés avec VMware VCloud Director et NSX) n’a pas convaincu l'entreprise. Parmi les offres non retenues : Outscale car il ne propose pas de bare metal, et OVH pour des raisons de ping décevants dégradant un peu la performance.

Rentable depuis deux ans, la société compte doubler ses revenus issus de la vente de licences cette année qui devrait se hisser entre 1,5 et 2 M€.