Microsoft et l'Open Source étaient jusqu'alors deux entités antagonistes, incompatibles. Mais les temps changent. Après avoir pactisé avec JBoss, l'ennemi public n°1 du monde libre simplifie ses licences Shared Source et réduit de dix à trois le nombre de ces licences.
- La Microsoft Permissive License (Ms-PL) est la plus libre. Elle permet au développeur de visualiser, modifier et redistribuer le code source pour des applications commerciales ou non, voire de se rémunérer sur le code modifié. Elle s'apparente à une licence BSD. Les huit starter kits du nouveau Visual Studio 2005 ainsi que le futur Windows CE Bluetooth Wrapper seront offerts sous cette licence Ms-PL.
- La Microsoft Community License (Ms-CL) intègre une clause « contaminante » : un développeur qui utilise du code publié sous licence Ms-CL dans un fichier particulier doit redistribuer l'intégralité du fichier en code source sous cette même licence. C'est une licence réciproque qui oblige le développeur à remonter ses modifications au projet sous la même licence. Elle s'apparente à la licence Mozilla.
- Enfin la Microsoft Reference Licence (Ms-RL) offre juste le droit de regarder.
Les deux premières licences, Ms-PL et Ms-CL se déclinent chacune en licences limitées à l'utilisation du code sur plate-forme Windows : Microsoft Limited Permissive License (Ms-LPL) et Microsoft Limited Community License (Ms-LCL), ce qui porte en fait le nombre de licences à cinq.
Il apparaît que deux de ces licences (Ms-PL et Ms-CL) respectent les quatre libertés qui définissent les logiciels libres. Au point que le Free Software Fondation European (FSFE) a félicité Microsoft pour ses nouvelles licences Shared Source, chose impensable il y a quelques années. « Nous avons si rarement l'occasion de dire quelque chose de positif sur Microsoft, permettez-moi de commencer en les félicitant », déclarait Georg Greve, président de la FSFE.
Du coup, Microsoft entame des négociations avec l'OSI (Open Source Initiative), organisme reconnu pour ses positions anti-Microsoft, pour faire approuver ces nouvelles licences. L'OSI pour sa part reconnaît que la prolifération de types de licence dans l'Open Source est un frein à son déploiement. La démarche de Microsoft va donc dans le même sens que celle de l'OSI.
Microsoft s'engage-t-il dans une voie qu'il a longtemps décriée (les licences contaminantes, le libre c'est le communisme…) ou est-ce encore une tactique pour endormir l'ennemi ? Invité ce lundi au Symposium DNG [Symposium DNG 2005 : une cuvée exceptionnelle], Bill Gates en personne réaffirmait vouloir libérer certaines de ses technologies en Shared Source afin de créer des écosystèmes autour de ces technologies.
Reste que Windows ne sera jamais Open Source, limitant ainsi le champ d'action des solutions libres sur cette plate-forme. Il semblerait que les mentalités évoluent de part et d'autres. Mais comme le fait remarquer Tristan Nitot (Mozilla) sur son blog, si Microsoft sait faire le bon, il sait aussi jouer la brute et le truand .