Après deux ans d’incertitude et de tractations, le fleuron informatique historique français Bull renait sous sa propre marque Jusqu’alors logé au sein de l’activité Advanced Computing d’Eviden chez Atos, ce dernier, en grave difficulté, a fini par céder ses activités HPC et quantiques héritées de Bull à l’Etat, ce dernier n’ayant pas laissé filer des actifs considérés comme stratégiques en simulation nucléaire. Le montant de la transaction de cette opération finalisée ce 31 mars, s’est élevé à 404 M€, un peu moins que les 410 M€ envisagés.
« Il était important pour nous d’avoir de la stabilité dans l’investissement R&D, de la pérennité, et une vision », a expliqué Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, à l’occasion d’un point presse au centre R&D des Clayes-vous-Bois (78) ce 3 avril. « Cette nouvelle a été très bien accueillie par nos clients, cela va nous permettre d’avoir des moyens que l’on n’avait pas forcément dans les dernières années. Chez Atos nous représentions moins de 10 % de chiffre d’affaires pour une activité considérée comme exotique. » Même son de cloche du côté du nouvel actionnaire : « Nous avons réussi à détourer une activité stratégique, à structurer, une entreprise indépendante [...] Bull dispose aujourd'hui d’un cadre stable pour investir, innover et construire ensemble dans la durée », a lancé Anne le Hénanff, ministre délégué en charge de l’IA et du Numérique.
Nous avons besoin de forces vives pour permettre le déploiement et l’exploitation de nos systèmes, a expliqué Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, à l’occasion d’un point presse au centre R&D des Clayes-vous-Bois (78) ce 3 avril. (crédit : DF)
Les capacités du site d’Angers doublées
Fort de cette renaissance, le groupe enclenche un vaste plan de recrutements de 500 personnes, d’une enveloppe de 50 M€, ce qui apparait conséquent par rapport aux 3 000 employés actuels. Les postes sont ouverts partout en France, à Grenoble, Angers et à Clayes-sous-Bois qui constitue le coeur historique de sa R&D. Mais les embauches vont également se faire en Europe (Allemagne, République Tchèque...). « Nous avons besoin de forces vives pour permettre le déploiement et l’exploitation de nos systèmes », avance Emmanuel Le Roux. Les profils visés sont variés tout comme les domaines d’activité : jeunes et seniors en IA, HPC, data science... « Depuis quelque temps des personnes nous disent aussi qu’ils ont envie de faire de la technologie souveraine et veulent aider l’Europe à se renforcer sur cet aspect là », poursuit le directeur.
Redevenu autonome, Bull a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 720 M€, en hausse de plus de 16 % par rapport à 2024, lui-même déjà en progression. « Notre activité était en très forte croissance depuis plusieurs années et va continuer et on espère même l’accélérer », avance Emmanuel Le Roux. A l’automne prochain, Bull aura fini la rénovation de son site existant à Angers pour doubler ses capacités de production, hébergeant aussi ses activités quantiques dont le système IQM Spark que nous avions eu l’occasion de visiter en 2025.
Le réseau au coeur de la R&D
Sur son site des Clayes-sous-Bois, Bull travaille sur l’assemblage et la conception de systèmes HPC, dont Alice Recoque. Dans ses entrailles, on trouve la technologie d’interconnexion réseau exascale BXI V3, conçue en collaboration avec le CEA et reposant sur la norme portée par l’Ultra Ethernet Consortium (UEC) dont Bull est membre. « Nous concevons l’ASIC, faisons le NIC et prenons des composants qui peuvent venir de chez Broadcom et faisons appel à un autre partenaire pour la partie switch », nous a expliqué Bruno Lecointe, directeur HPC, IA et quantique de Bull. « BXI V3 ce n’est pas juste un commutateur et une carte réseau Ethernet, nous allons aussi ajouter un algorithme dans le NIC qui permettra d’en faire un SmartNIC qui localisera la donnée au plus près du compute ce qui est important pour l’IA. Nous serons capable de pré ou post-traiter certaines données de manière beaucoup plus proche du réseau et du compute et de libérer du temps de calcul pour le CPU et le GPU ».
Un prototype de switch avec les connecteurs autour pour des liens courts et de même distance. (crédit : DF)