Les ordinateurs portables en panne ne sont pas plus faciles à réparer, malgré la disponibilité de données publiques sur leur réparabilité et le soutien croissant en faveur d’une législation sur le droit à la réparation. C’est ce qu’affirme l’US PIRG Education Fund, une association à but non lucratif de défense des consommateurs. Sa cinquième enquête annuelle « Failing to Fix » a révélé qu'Asus était la marque d'ordinateurs portables la plus réparable, bien que son score ait baissé par rapport à l'année dernière. La plus compliquée à réparer ? Apple. Les grands fournisseurs d'ordinateurs professionnels Dell, HP et Lenovo naviguent quant à eux en milieu du classement.
Bien que le rapport porte sur les produits de consommation, bon nombre des problèmes qu’il met en évidence s’appliquent également aux entreprises, en particulier à Apple, qui vend les mêmes modèles à tout le monde. « Nous n’avons pas mené d’étude à ce sujet, nous ne disposons donc pas de chiffres précis », a déclaré Nathan Proctor, directeur principal de Right to Repair. « Mais les entreprises achètent les mêmes produits, et les problèmes liés au droit à la réparation sont d’autant plus marqués que l’appareil est cher. »
Les contrats de maintenance, un frein à la réparation
La réparabilité ne dépend pas uniquement de la conception du produit : elle peut également être influencée par les clauses contractuelles. « De nombreuses entreprises lient leurs prestations à un contrat de maintenance, et elles se retrouvent désavantagées si elles ne souscrivent pas à ce contrat. Par exemple, elles pourraient ne pas envoyer le micrologiciel nécessaire à une réparation si le client n’a pas souscrit à un tel contrat de maintenance », a précisé Nathan Proctor.
Selon le cabinet d'études IDC, il ne fait aucun doute que de plus en plus d'entreprises considéreront la maintenance comme faisant partie intégrante de l'offre globale et ne verront plus les PC ou les ordinateurs portables isolément, mais plutôt dans le cadre d'une offre de type « PC as a Service » (PCaaS). Une enquête menée l'année dernière a révélé que les entreprises accordaient davantage d'importance au développement durable. « Nous constatons que de plus en plus de responsables informatiques prennent en compte l'ensemble du cycle de vie lorsqu'ils choisissent des produits informatiques pour leur entreprise », a déclaré Lara Greden, directrice principale chargée des études de marché chez IDC.
La durabilité devient un critère clé pour les DSI
La gestion de la fin de vie des équipements informatiques est devenue un critère déterminant dans le choix des offres PCaaS. Dans une récente enquête menée par IDC, 88 % des personnes interrogées ont ainsi indiqué que les services de fin de cycle de vie ou de mise au rebut des équipements constituaient un facteur essentiel ou important dans la sélection de leurs fournisseurs. « Des fabricants comme Dell, HP et Lenovo proposent ces services, souvent en collaboration avec des partenaires, notamment Apto Solutions et Iron Mountain », a souligné Lara Greden.
Cela se reflète également dans l'allongement de la durée de vie des ordinateurs portables adoptés par les entreprises. Auparavant, celles-ci avaient pour habitude d'attendre trois ans avant de procéder à une mise à niveau, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. « Certaines entreprises continuent de renouveler leur parc selon un cycle de vie fixe de trois ans, mais on observe une tendance à l'allongement de ces cycles, qui passent à quatre ou cinq ans, voire plus, pour ne procéder à des remplacements qu'en cas de nécessité. Des services tels que Dell Lifecycle Hub et Lenovo xIQ exploitent les données de télémétrie relatives aux performances des appareils pour déterminer les cycles de réparation et de remplacement », explique Lara Greden.
Des modèles à éviter selon le PIRG
L'enquête menée par le PIRG sur 105 produits a mis en évidence certains modèles dont il faut se méfier lorsqu'on prend en compte l'ensemble de leur cycle de vie. Les ordinateurs portables d'Apple ont obtenu les plus mauvais résultats, avec la note C- attribuée par le PIRG, juste derrière Lenovo. Les entreprises souhaitant faire de la réparabilité une priorité se tourneront vers Asus et Acer, les deux marques ayant obtenu les meilleurs scores dans le classement du PIRG. « Je pense que les gens ont été surpris par les notes d’Apple », a déclaré Nathan Proctor, « mais nous avons constaté qu’ils n’offraient pas le même niveau d’assistance logicielle. »
La réparabilité d'un terminal est sans aucun doute un facteur à prendre en compte. « Une étude d'IDC montre que la possibilité de réparer des PC, voire d'inclure des modèles reconditionnés, dans les contrats PCaaS constitue l'un des deux principaux critères de décision lors du choix d'un fournisseur de PCaaS », a expliqué Lara Greden. Ce n'est pas la première fois que le PIRG s'en prend au secteur informatique. En octobre dernier, il avait exhorté Microsoft à modifier la date butoir pour la fin du support de Windows 10. Il souhaite désormais que les États-Unis adoptent un système de notation de la réparabilité similaire à celui mis en place en France. Les consommateurs peuvent y consulter des informations détaillées sur la réparabilité des produits technologiques grand public, les entreprises étant tenues de publier une note globale de réparabilité, établie selon des critères standardisés, dès la mise en vente d'un produit. « Les acheteurs d'ailleurs tireraient pleinement parti d'un étiquetage de ce type », a ajouté Nathan Proctor.