Challenger sur le marché de la virtualisation, VergeIO, créé en 2012 à Ann Arbor dans le Michigan, a livré son premier produit vers 2014‑2015, d’abord pensé comme une plateforme hyperconvergée ciblant les fournisseurs de services, avant de se repositionner comme une alternative à VMware avec une solution reposant sur l’hyperviseur KVM. L'entreprise compte aujourd’hui moins de 100 employés et affiche une croissance organique entièrement autofinancée. Au cœur de la proposition de VergeIO se trouve VergeOS, une plateforme de virtualisation basée sur l'hyperviseur KVM/QEMU (Quick Emulator). Mais la différence fondamentale avec la concurrence réside dans son architecture unifiée. « Le total de notre base de code représente environ 400 000 lignes de code. Si je prenais la pile VMware complète, elle approcherait les 30 millions de lignes de code », explique George Crump, CMO de VergeIO. Cette architecture intègre dans un seul noyau la virtualisation du compute, du stockage (VergeFS), du réseau couche 2 et 3 (VergeFabric), et les fonctions de gestion, le tout contrôlé par une structure de métadonnées unique. Cette approche se distingue de l’architectures traditionnellede VMware où différentes équipes développent séparément les couches compute (vSphere/ESXi), storage (vSAN), réseau (NSX) et management (vCenter) chez VMware. « C'est tout fait par un seul groupe d'ingénieurs à Ann Arbor, Michigan, et ils connaissent tout le code. C'est ce qui nous donne ce niveau élevé d'efficacité », précise George Crump.
Trois marchés cibles principaux
VergeIO cible trois segments de marché distincts. Historiquement, les cloud et managed service providers constituent le cœur de clientèle historique de l'entreprise depuis 2014. La fonction « virtual data center » (VDC) permet aux fournisseurs de services de créer des environnements multi-tenant isolés, chacun avec ses propres réseaux, VMs et politiques de sécurité. À partir de 2019, VergeIO a commencé à attirer des clients VMware cherchant à moderniser leur infrastructure. Mais c'est l'acquisition de l'éditeur de Palo Alto par Broadcom qui a véritablement transformé la donne. « Broadcom est ma société préférée dans le monde entier car elle nous a amené beaucoup de clients. Nous ajoutons actuellement environ un client tous les deux à trois jours », souligne avec ironie George Crump. Le troisième marché en forte croissance concerne la modernisation des infrastructures VxRail de Dell. Suite à l'annonce par Michael Dell de la fin de VxRail – faute d’accord avec Broadcom - au profit de la solution Dell Private Cloud nécessitant un remplacement matériel complet, VergeIO propose une alternative de « modernisation » plutôt que de « remplacement ». « Vous chargez notre logiciel sur le matériel VxRail existant et vous obtenez de meilleures performances et une meilleure efficacité avec exactement le même matériel qu'auparavant », précise le CMO. L'entreprise compte près d'une douzaine de clients ayant réussi cette transition, dont Topgolf, une grande chaîne de divertissement américaine.
VergeOS intègre dans un seul module la virtualisation du serveur (compute), du stockage (VergeFS), du réseau couche 2 et 3 (VergeFabric), et les fonctions de gestion, le tout contrôlé par une structure de métadonnées unique.
Stockage et protection des données intégrés
VergeFS, l'équivalent de vSAN chez VergeIO, intègre une déduplication globale inline au cœur du système d'exploitation qui s'applique non seulement au stockage, mais aussi à la mémoire RAM et au réseau. Contrairement aux solutions de déduplication traditionnelles qui travaillent en fin de chaîne, VergeOS déduplique dès la source, permettant des transferts de données entre nœuds sans rehydratation. Les clients rapportent des taux de déduplication de 3:1 à 4:1, supérieurs à leurs solutions précédentes. Le système de snapshots de VergeIO constitue une autre particularité. Techniquement, ce ne sont pas des snapshots mais des copies complètes et indépendantes, automatiquement dédupliquées à 100% grâce l’algorithme dédié intégré. Contrairement aux snapshots hiérarchiques classiques dont la complexité et la taille augmentent avec le nombre et l'âge, ceux de VergeIO restent totalement indépendants, permettant d'en conserver des milliers pendant des années sans impact sur les performances. Certains peuvent être marqués comme immuables : une immutabilité stricte que seul le planning de rétention peut lever.
L'hyperviseur de VergeOS s'appuie sur KVM/QEMU, enrichi par du code propriétaire qui intègre stockage (VergeFS), réseau (VergeFabric) et plan de contrôle. Ce design ultraconvergé — pour reprendre le terme marketing de l'éditeur — se différencie de Nutanix, Proxmox ou Vates (XCP-ng) par l'absence de dépendances externes : pas besoin de contrôleurs réseau séparés, pas de solution de stockage tierce, toute la stack est gérée depuis une interface HTML5 ou via une API REST unique.
La fonction IO Guardian offre une protection supplémentaire innovante. Il s'agit d'un serveur dédié recevant en continu des réplications de snapshots. En cas de défaillance catastrophique (perte de plusieurs disques ou erreur humaine), le système puise en temps réel les blocs manquants depuis ce serveur sans restauration complète. « J'ai eu un client en février dernier qui avait un environnement de quatre nœuds. Un technicien de maintenance a éjecté tous les lecteurs des trois premiers serveurs. Le système d'exploitation a automatiquement redémarré toutes les VM et a commencé à tirer les données du serveur IO Guardian. Les clients de nos clients n'ont rien vu », raconte George Crump. VergeIO revendique 100% de succès en plan de reprise d'activité, avec des RPO/RTO généralement inférieurs à une heure.
Multi-tenance et performances
La notion de « virtual data center » permet d'encapsuler un data center entier (VM, réseaux, politiques, snapshots) comme un objet unique qu'on peut cloner, déplacer ou restaurer facilement. Cette approche est particulièrement appréciée des MSP/CSP qui créent un VDC par client, des universités qui allouent un VDC par faculté, ou des entreprises qui séparent production, développement et test. Les ressources peuvent être allouées de manière stricte par tenant, y compris des ressources spécifiques comme les GPU. Côté performances, VergeIO revendique la capacité de scaler à des centaines de nœuds (contre 8 maximum pour Scale Computing, un concurrent cité). L'entreprise annonce plus d'un million d'IOPS avec des blocs de 64K sur du matériel x86 standard, et a construit un cluster de 8 nœuds à 1 500 dollars pièce atteignant 1,5 million d'IOPS, soit un coût de 0,67 centime par IOPS.
VergeIO a intégré directement les API de backup de VMware dans son code. « Quand un client veut migrer vers nous, il pointe son environnement VergeOS vers son VCenter. VCenter pense que nous sommes un produit de backup, donc il nous donne tout : tous les paramètres, toutes les configurations réseau, absolument tout », explique George Crump. L'entreprise a démontré la migration de 1 000 VMs en 8 à 9 secondes. La plupart des clients effectuent une « rolling upgrade » : ils migrent progressivement leurs VM, libèrent des serveurs VMware qu'ils convertissent à VergeOS, sans achat de nouveau matériel. Face à la concurrence (VMware/Broadcom, Nutanix, Scale Computing, Proxmox, Vates), VergeIO se différencie par son code unifié, sa licence simple et son coût. Selon le responsable marketing, les clients Nutanix migrent principalement pour des raisons de coût, ceux de Scale parce qu'ils atteignent la limite de 8 nœuds par cluster.
Modèle économique et roadmap
VergeIO facture une licence unique par serveur physique, quel que soit le nombre de cœurs, de VM ou la capacité de stockage. Toutes les fonctionnalités sont incluses (VDC, déduplication, réplication, SDN), avec des mises à jour trimestrielles dont 75% sans redémarrage. « Avant l'acquisition VMware, nous étions environ 30% moins chers. Depuis l'acquisition par Broadcom, nous sommes environ 80% moins chers que VMware », précise le CMO. Le slide de présentation de VergeIO indique une réduction de 50-70% des coûts de licences logicielles et un gain d'efficacité opérationnelle de 40-60% grâce au domaine de gestion unique. Dans les cartons, la feuille de route inclut le lancement d'une Community Edition pour adresser les home labs et la communauté des VExperts VMware. « Si nous avions une Community Edition aujourd'hui et que nous avions 20 000 téléchargements le lendemain, ça sonne bien mais c'est un peu terrifiant. Ça signifie 20 000 questions », reconnaît George Crump. Une intégration avec Veeam est également en préparation pour début 2026. L'entreprise travaille sur des capacités d'IA et de machine learning pour des recommandations, de l'optimisation et de l'automatisation progressive.
La distribution est 100% indirecte via des partenaires et MSP/CSP. La majorité des clients se trouve aux États-Unis, puis en Europe, et enfin en Asie-Pacifique via un distributeur à Singapour. L'entreprise reste entièrement autofinancée, cash-flow positive, et privilégie une croissance maîtrisée. « Nous avons 100% de satisfaction client. C'est beaucoup de pression. Nous aimons notre rythme de croissance actuel et nous allons rester alignés sur ce modèle », conclut George Crump.