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Entretien Rob Sinclair : Microsoft veut créer une alliance pour accroître

Sous le titre de chief accessibility officer, Rob Sinclair est responsable au niveau mondial de la stratégie de Microsoft dans le domaine de l'accessibilité numérique, depuis 2007. Il est récemment intervenu en France à l'occasion du 6eForum de l'accessibilité numérique, organisé par l'IAN à la Cité des Sciences de La Villette. Chez Microsoft, son champ d'action s'applique au développement de logiciels et de services permettant à tout utilisateur d'exploiter un ordinateur quelles que soient les difficultés qu'il rencontre pour voir, entendre ou se servir du matériel, et quel que soit son âge.

La rédaction

Le Monde Informatique : Quels sont, selon vous, les pays qui sont actuellement les plus avancés dans le domaine de l'accessibilité numérique ?

Rob Sinclair : Il n'y a pas vraiment de leader, aucun pays qui soit au-dessus du lot, mais je pense que des efforts sont faits d'un point de vue législatif en Amérique de Nord et dans l'Union européenne. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, en raison de la façon dont on interprète la législation, il y a une plus grande responsabilisation et, donc, on en parle davantage. Mais le défi est à peu près le même partout dans le monde et il est surtout pris en compte par des organisations qui se sentent très concernées. Microsoft et la BBC, par exemple, travaillent beaucoup sur l'accessibilité numérique. De même que certains de nos partenaires.

Microsoft fournit des documents de formation et de sensibilisation sur l'accessibilité numérique. De quoi s'agit-il exactement ?

Cela se présente sous deux formes. Nous proposons d'abord, sous le nom d'Accessibility Tools and Training, des guides destinés aux entreprises, aux administrations et au monde de l'éducation. Ces guides rassemblent des informations sur la mise en oeuvre de l'accessibilité et sur la façon dont on peut l'insérer dans son organisation. Ils comportent des liens vers dix cours de formation librement téléchargeables sur le web. Avec pour commencer des explications de base sur ce qu'est l'accessibilité numérique et les différentes difficultés d'accès que l'on peut rencontrer. Il y a des formations spécifiques pour les développeurs, d'autres pour les testeurs et les auteurs de contenus. Ces guides peuvent aider les organisations à former leurs équipes.

Parallèlement, il existe sur notre site Microsoft.com/enable (http://www.microsoft.com/enable/default.aspx) des guides faisant le point sur les fonctions d'accessibilité existant dans nos produits et sur les raccourcis clavier proposés. Il y a des explications pas à pas et des tutoriels pour Office, Windows et Internet Explorer. On présente aussi des études de cas, des vidéos sur des clients qui les utilisent, toutes sortes d'information pour aider à mieux comprendre ce qu'est l'accessibilité et pour inciter au partage de bonnes pratiques.

Votre site permet-il déjà ce partage ou est-ce la vocation de l'organisation mondiale que vous souhaitez créer autour de l'accessibilité numérique dont vous avez parlé ce matin ? Il est possible de récupérer les exemples que nous présentons, mais pas de publier des contributions. L'idée, avec l'organisation que nous aimerions créer, serait d'ouvrir des espaces où les gens pourraient partager leurs bonnes pratiques. Il n'existe rien de formel qui le permette aujourd'hui.

Qui pensez-vous accueillir dans cette organisation et quand sera-t-elle constituée ?

Nous aimerions rassembler des gouvernements, de grandes entreprises, des administrations et toute personne travaillant sur l'accessibilité. Nous aimerions constituer une communauté qu'ils pourraient rejoindre pour y participer, partager des idées et publier le travail qu'ils ont réalisé. S'ils ont créé une nouvelle formation ou un modèle, qu'ils puissent les partager avec d'autres. Nous avons commencé à en parler fin février. L'un des buts de ma venue en France, cette semaine, est en fait de pouvoir discuter avec d'autres organisations pour voir qui pourrait nous rejoindre et nous aider à le faire. Nous voulons être sûrs que cela se passe à un niveau international et que des organisations de chaque pays puissent y participer afin d'être certains que les besoins spécifiques de chacun d'entre eux soient pris en considération. Pour l'instant, aucune date n'est fixée, mais nous avons prévu différentes réunions de présentation.

Ces dernières années, vous avez renforcé au sein de Microsoft vos investissements en matière d'accessibilité numérique. Pouvez-vous donner quelques exemples ?

Dans Office 2010, nous avons intégré des vérificateurs d'accessibilité afin qu'un utilisateur puisse réaliser un document ou une présentation qui soit accessible, sans être un expert de ces questions. Le vérificateur, une fois lancé, indique où se trouvent les problèmes d'accessibilité et aide à les rectifier. On le lance derrière le correcteur orthographique. Ce qui signifie que n'importe qui peut créer un document ou une feuille de calcul accessible. Dans Windows 7, la reconnaissance vocale permet aussi d'utiliser l'ordinateur sans se servir des mains. Les guides de recommandations Tools and Training, eux, ont été lancés l'an dernier.

Mais l'accessibilité numérique ne se résume pas à la technologie. C'est aussi une question de support. Nous avons donc créé davantage de ressources pour y contribuer. Nous avons également revu notre approche interne de l'accessibilité au sein de Microsoft et la nouvelle démarche sera suivie dans la société à partir de cette année. Par ailleurs, Windows 8 arrive. Sa version bêta présente des avancées notables dans ce domaine. Le lecteur d'écran intégré a par exemple été amélioré de façon significative. Nous encouragerons les utilisateurs à télécharger cette version bêta du système d'exploitation et à nous faire remonter leurs remarques.

Quelle est la proportion de personnes sensibilisées aux critères d'accessibilité à l'échelle mondiale ?

Malheureusement, je pense que cette proportion est très faible. Pour contribuer à faire évoluer cela, nous intégrons des fonctions dans nos produits et cherchons à le faire savoir plus largement. Nous espérons sensibiliser davantage, en particulier pour toutes les autres personnes qui pourraient en bénéficier. Nous avons fait des recherches qui montrent que 57% de tous les utilisateurs d'ordinateurs profitent en fait de ces fonctions d'accessibilité. De nombreuses personnes pourraient en tirer profit, mais elles ne savent tout simplement pas qu'elles existent.

Pourrait-on imaginer des campagnes d'information sur le sujet ?

Nous avons fait une étude avec le département américain du travail l'an dernier pour déterminer ce qui pourrait faire avancer la situation. La conclusion a été qu'une meilleure formation aiderait les ingénieurs. Mais également certaines formes de sensibilisation. Il n'a pas encore été déterminé qui le ferait. Et donc, l'une de mes propositions, c'est ce que cette organisation internationale que nous souhaitons créer pourrait effectivement conduire une campagne de sensibilisation à l'échelle internationale.

Est-ce que l'e-administration et les sites web gouvernementaux ne constituent pas un domaine prioritaire pour mettre en oeuvre les fonctions d'accessibilité ?

Les administrations peuvent faire avancer les choses en rendant leurs sites web accessibles et de plus en plus de gouvernements dans le monde veulent être moteur sur ce terrain. Aux États-Unis, c'est ce que nous faisons. La Commission européenne encourage l'inclusion de ces fonctions. Je pense qu'il y a en France des exigences en matière d'accessibilité sur les sites web de l'administration. C'est effectivement un moyen d'accroître la sensibilisation. Si certains gouvernements allaient plus loin dans la démarche, cela serait très utile.

En dehors du manque de personnes formées aux questions d'accessibilité numérique, quelles sont les autres difficultés rencontrées ? Le coût de la mise en oeuvre a notamment été évoqué ce matin.

Il faudrait améliorer les outils de création de contenus. Mais je pense que le principal défi est d'ordre culturel. Il y a une méconnaissance. On ne réalise tout simplement pas que les personnes en situation de handicap peuvent être les premières à utiliser la technologie et donc on ne rend pas ces solutions accessibles dès le départ. Alors que si quelqu'un souhaite rendre un produit accessible, il trouvera les bons outils, la formation et l'information pour le faire. Alors, comment changer cela... Faire évoluer les mentalités et la compréhension des choses est souvent difficile.

Combien de développeurs sont formés dans ce domaine chez Microsoft ?

Au sein de Microsoft, il y a dans chaque équipe un responsable de l'accessibilité et plusieurs personnes formées à ces questions. Et c'est ainsi dans l'ensemble de la société. Dans le groupe Windows, par exemple, il y a des personnes qui disposent d'une expertise sur l'accessibilité dans Office. Je n'ai pas de chiffres précis, mais des milliers de personnes ont été formées. On peut faire un parallèle intéressant avec les questions de confidentialité et de respect de la vie privée. Il existe une organisation internationale de professionnels dans ce domaine (NDLR : https://www.privacyassociation.org/) et, chez Microsoft, on aimerait voir exister quelque chose de similaire pour l'accessibilité où l'on pourrait trouver des expertises indépendantes sur tout ce qui concerne l'accessibilité. Donc, pour l'instant, nous formons nous-mêmes nos équipes, ce qui est très satisfaisant, mais ce serait vraiment bien s'il existait une autre organisation.

Combien de développeurs sont actuellement formés dans le monde à votre avis ?

Très peu. Sans doute moins d'un pour cent, mais c'est une évaluation très informelle. Il y a peu universités qui ont inclus l'accessibilité dans leurs cursus et il n'existe pas de programmes de formation professionnelle pour l'accessibilité. Les personnes intéressées doivent aujourd'hui se former seules.

Comme vous l'avez rappelé ce matin, 15% de la population mondiale est pourtant concernée par ces problèmes. N'y a-t-il pas urgence à les prendre en compte ?

C'est certain. Avec le vieillissement de la population dans certains pays, cela devient vraiment un sujet de réflexion sensible. Nous avons besoin que la technologie soit plus accessible. Parmi les utilisateurs de nos outils, le gouvernement indien, par exemple, se sert des guides de formation que nous avons faits. Ils les ont déployé à travers le pays en les localisant pour offrir des formations dans les différentes langues utilisées. Il y a par ailleurs des milliers d'entreprises qui exploitent nos solutions Office et SharePoint et nos outils de développement Visual Studio et qui tirent ainsi parti de nos fonctions d'accessibilité. Vous avez entendu ce matin l'exemple donné par Bruno Menard, CIO de Sanofi, sur l'accessibilité offerte dans SharePoint.

Faut-il d'abord faciliter l'accessibilité numérique dans l'entreprise ou dans le grand public (e-administration, sites d'e-commerce, e-santé...) ?

Les deux domaines sont aussi importants l'un que l'autre et Microsoft travaille dans les deux directions, mais si je devais choisir entre les deux, je dirais peut-être dans l'entreprise parce que si nous pouvons répondre aux besoins de l'entreprise, cela se propagera et les gens pourront en tirer bénéfice. Mais nous investissons sur les deux terrains. À propos des personnes âgées, nous nous apprêtons à sortir une étude que nous avons réalisée avec des seniors utilisant la technologie. L'utilisation de Kinect, par exemple, est particulièrement intéressante dans ce cas.

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