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Le fiasco du Caucus de l'Iowa, un mauvais point pour le vote mobile
Même si l'application utilisée pour le décompte des votes du Caucus de l'Iowa n'était pas une app mobile, ces dysfonctionnements pourraient entamer un peu plus la confiance dans toute tentative de déploiement futur de la technologie de vote en ligne.

Cette première étape chaotique des primaires démocrates va sans doute marquer pendant longtemps la campagne présidentielle américaine. Mais ce n’est pas tout : les erreurs de code dans l’application développée pour le comptage des votes du Caucus de l'Iowa organisé ce lundi 3 février et l’insuffisance des tests, risquent d’avoir un impact négatif sur l’image du vote en ligne et l’adoption de la technologie. Même si, ces dernières années, les plateformes de vote mobiles et en ligne ont subi des centaines de tests - essentiellement dans le cadre d'élections municipales de petites villes ou d’élections d'entreprises et universitaires - la technologie de vote en ligne n'a jamais été testée en vue d'une utilisation publique à grande échelle dans le cadre d'une élection nationale. « Cette fois, nous avons vraiment évité une catastrophe de justesse », a déclaré Jeremy Epstein, vice-président de l’US Technology Policy Committee de l'Association for Computing Machinery (USTPC). « Pour ce Caucus, le Parti démocrate de l'Iowa voulait que ses électeurs puissent voter en utilisant leur mobile. Si la défaillance s’était produite avec les votes réels, ça aurait été un véritable désastre. Dans le cas présent, il s'agit simplement d’un retard dans les résultats. Mais c’est aussi un échec cuisant pour les personnes qui ont développé et acheté la technologie ».
L'application de comptage des votes utilisée lundi pour le Caucus démocrate de l'Iowa a été développée par Shadow Inc., un petit éditeur de Washington, et elle a été en partie financée par une entreprise de stratégie numérique à but non-lucratif dénommée Acronym. Après ce fiasco, cette dernière a essayé de faire comprendre via un tweet qu'elle n’était qu'un investisseur et qu'elle n'avait pas fourni elle-même la technologie de vote du le Caucus de l'Iowa. L’an dernier, le Parti démocrate de l'Iowa (IDP) a payé plus de 60 000 dollars à l’éditeur Shadow pour qu’il développe un site web censé télécharger les résultats du Caucus, ce qu'il n'a pas réussi à faire correctement le jour du vote. « Le problème de l'application développée par Shadow a été imputé à « une erreur de codage », corrigée depuis », a déclaré le Parti démocrate de l'Iowa dans un communiqué. (D’après les derniers résultats partiels publiés ce matin par l'IDP, portant sur 71 % des 1600 bureaux de vote, Pete Buttigieg, l’ancien maire de la ville de South Bend, Indiana, devance légèrement le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, Elizabeth Warren et Joe Biden se classant en troisième et quatrième position respectivement).

Les résultats du caucus 2020 de l'Iowa sont sortis avec difficultés. (Crédit Parti Démocrates)
Les démocrates du Nevada renoncent à l'app Shadow
L'IDP a déclaré « avoir déterminé avec certitude » que les données sous-jacentes collectées avec l'application étaient exactes et fiables, mais qu’elles n'ont été que partiellement collectées. « Nous avons toutes les raisons de penser que nos systèmes étaient sécurisés et qu'ils n’ont pas subi d’intrusion. En vue des Caucus, nos systèmes ont été testés par des consultants en cybersécurité indépendants », a déclaré Troy Price, le président du Parti démocrate de l'Iowa. Quant à l’éditeur Shadow, il s’est excusé plusieurs fois dans différents tweets pour ce dysfonctionnement. Aujourd’hui, le Parti démocrate du Nevada a déclaré qu’il renonçait à utiliser l'application de Shadow, comme il l’avait prévu.
Le désir d’accroître la participation électorale reste fort et on ne compte plus les projets de vote en ligne pilotes qui émergent aux États-Unis et à l'étranger. Cependant, certains experts en sécurité mettent en garde sur le fait que tout système électoral basé sur Internet s’expose largement à des cyberattaques, quelle que soit l'infrastructure sous-jacente. « C'est un clou supplémentaire dans le cercueil du vote par Internet. Si un éditeur n’est pas en mesure de faire fonctionner correctement une application relativement simple comme celle-ci, quelles sont ses chances qu'il puisse faire fonctionner un système de vote beaucoup plus compliqué ? », a demandé M. Epstein. « Les systèmes de vote doivent être capables d’identifier précisément les électeurs et de préserver le secret des bulletins, tout en protégeant à la fois le système contre les malwares qui peuvent se trouver sur les mobiles des électeurs et les serveurs contre les attaques. Le système du Caucus devait simplement capturer quelques valeurs et les envoyer à un serveur, qui lui-même devait être protégé contre les attaques. Il faut espérer que les personnes qui ont sélectionné l’application tireront des leçons de cet échec ».
Des tests indispensables
Néanmoins, certains, comme Jack Gold, analyste principal de J.Gold Associates, pensent que si un éditeur livre « une bonne application » qui permet de voter de manière efficace, la mauvaise expérience du Caucus de l’Iowa sera oubliée. « D’après ce que je comprends, ce système n'a jamais été testé en situation réelle avant d’être mis en œuvre pour les Caucus, sinon les défauts de l'application auraient été repérés », a déclaré Jack Gold. « Est-ce qu’ils ont manqué de temps ? Est-ce que les développeurs étaient compétents ? Est-ce que les spécifications du cahier des charges étaient claires ? L'interface utilisateur a-t-elle réellement fonctionné ? Il y a beaucoup de questions auxquelles il faut répondre ». Quant à savoir si ce fiasco aura un effet négatif à long terme, Jack Gold pense que c’est probable. « Le battage médiatique autour de ce sujet va entamer la confiance du public dans le vote mobile », a-t-il ajouté.
Certes, les applications de vote mobile ou en ligne pourraient rendre le vote plus accessible, permettre à un plus grand nombre d’électeurs de participer à des élections, voire de réduire l’abstentionnisme, mais depuis l'ingérence de la Russie dans la course à la présidentielle américaine de 2016, les questions de sécurité sont une préoccupation de premier plan pour les autorités électorales.


