ArticleCybersécurité & Conformité
Passerelle : Microsoft achète un chasse-virus
La nouvelle peut sembler étonnante : Microsoft annonce officiellement le rachat de technologie de GeCAD Software, éditeur roumain d'anti-virus connu pour son logiciel RAV.
Cette décision est logique sous plus d'un aspect. Dans le cadre de la mouvance TWC (Trustworthy Computing, ordinateur digne de confiance) tout d'abord, puisque les développements engagés par le projet Palladium visent à une protection et une sécurisation du noyau NT jusque dans ses derniers retranchements. Or, d'avis de chasseur de virus, plus on se rapproche du noyau, plus l'action de l'antivirus est immédiate et prioritaire. Ajoutons, comme le fait remarquer le communiqué de l'éditeur, que la maîtrise d'une telle technique va grandement simplifier le travail d'intégration d'autres produits.
Autrement dit, comme le fait remarquer Trend Micro dans un courrier de réaction émis le jour même, l'acquisition par Microsoft d'un moteur antivirus est une action non pas concurrente, mais complémentaire à celle des éditeurs spécialistes du domaine. En langage plus direct, Redmond va "enfin" être capable de concevoir des points d'entrée normés et documentés ne mettant pas en péril la sécurité de Palladium tout en autorisant les antivirus à faire le travail. Ce sujet avait, au fil de ces dernières semaines, fait l'objet d'interrogations, notamment de la part des techniciens de Panda Software confrontés à l'hermétisme d'EFS, le "file system" sécurisé de Windows 2003.
Logique encore, ce choix "européen". Sans oser émettre de jugement qualitatif, force est de reconnaître qu'en matière de protection, les pays de l'Est tirent très honnêtement leur épingle du jeu. GeCAD Software bien sûr, qui a su séduire Microsoft, mais aussi Eset, éditeur de Nod32, l'antivirus le plus rapide de sa génération et probablement le moins générateur de "false positives". Et n'oublions pas Kaspersky et son AVP, qui même "amputé" de ses bases virales, demeure efficace face à pratiquement toutes les attaques connues... ce qui n'est pas franchement le cas de certains anti-virus d'outre-Atlantique.
Mais ce qui peut étonner, en revanche, c'est précisément ce choix "étranger". La psychose sécuritaire et les tensions politiques diverses tendraient à défavoriser une technologie provenant d'une entreprise "issue d'un tissu humain de l'ex-bloc soviétique". Certes, la peur d'une "trappe du FSB" à l'instar des "backdoor de la NSA" n'est pas trop à craindre dans le cadre d'un achat de propriété intellectuelle. Mais le modus "achetez américain" est ici victime d'un remarquable coup bas. Le message pourrait être interprété comme une totale négation de la fiabilité des outils de sécurité "locaux", du moins pour ce qui concerne les anti-virus. Rappelons que les premières tentatives d'une telle intégration au sein des noyaux Microsoft remonte à MS-DOS 6.0 et sa version "non mise à jour" des Norton Anti-Virus.

