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Seagate teste une blockchain pour suivre ses disques durs
Après des cas d'usages dans l'import-export ou l'industrie pharmaceutique, la technologie blockchain trouve également sa place dans la chaîne d'approvisionnement des fabricant IT. Seagate travaille avec IBM pour mettre en place une blockchain qui lui permettra de pour suivre ses disques durs de leur conception à leur destruction. Le projet devrait être validé l'année prochaine.

Avec le concours technologique d'IBM, Seagate est en train de mettre au point un système de suivi de sa chaîne d'approvisionnement basé sur une blockchain qui lui permettra de suivre les disques durs produits de la chaîne d'assemblage jusqu'à leur mise au rebut. Seagate collabore donc avec big blue, qui lui fournit la plateforme Hyperledger via son service cloud. Client de Seagate, IBM en bénéficiera également en devenant l’un des utilisateurs autorisés de cette blockchain.
Une fois installée, la blockchain sera en mesure de suivre la provenance des dizaines de millions de disques durs livrés chaque année, selon Manuel Offenberg, responsable de la division data security research de Seagate. « Une fois qu’un lecteur est expédié à un client, nous en perdons plus ou moins la trace » indique-t-il. « Donc, soit le client l’intègre dans ses propres systèmes, soit nous l’envoyons pour lui à un intégrateur tiers ou à un point de centralisation, où les disques durs seront laissés en attente jusqu’à ce qu’un tiers puisse en retirer un et l’utiliser pour le remplacer dans un système. »
Mieux reconnaître les contrefaçons
Ce qui peut également arriver, c’est que les vrais disques Seagate soient remplacés par des contrefaçons ou vendus au marché noir par des fournisseurs de services tiers. Ces unités sont alors présentées comme de marque Seagate et s’ils ne fonctionnent plus, sont renvoyés à la société via la chaîne d’approvisionnement inversée. Cette dernière n’est pas capable de déterminer la provenance des disques contrefaits et ce problème ne concerne pas uniquement les fabricants de disques durs mais tout concepteur de produits électroniques. Selon l’International anti-counterfeiting coalition, le commerce mondial de produits électroniques contrefaits et piratés représente désormais plus de 1 700 milliards de dollars. Ces unités pastichées peuvent entrainer des pertes de données et des violations de la conformité pour les entreprises qui les installent à leur insu, indiquent IBM et Seagate.
Avec la technologie blockchain, personne ne pourra modifier ou annexer les données sans l'accord du mécanisme de consensus qui assure l'ordonnancement des transactions et des blocs et garantit l’intégrité du registre partagé entre les différents nœuds distribués du réseau. Les informations peuvent être partagées avec les autres membres de la chaîne logistique autorisés. La capacité d’afficher ou consulter des informations de chacun des membres peut être également restreinte à certains ou complètement ouverte.
Comme une empreinte digitale
Le fabricant de disques durs a modifié la Blockchain Platform d’IBM avec des données d’authentification de produit basées sur son système Secure Electronic ID (eID). Il attribue une clé de cryptage à identification unique à chaque disque dur au point de fabrication. Cette empreinte numérique peut être utilisée à tout moment pour vérifier l’authenticité d’un produit et aussi vérifier quand Seagate a utilisé sa procédure certifiée d’effacement de lecteur. L’effacement est signé lui aussi électroniquement dans l’infrastructure à clé publique (PKI) de Seagate et sera stocké dans le registre de la blockchain pour permettre la gestion de la conformité aux réglementations mondiales relatives à la confidentialité des données, comme le RGPD.
Seagate est en cours de validation du concept et compte le finaliser en début d’année prochaine. Les résultats seront présentés aux dirigeants d’IBM et de Seagate et un « pilote à part entière » devrait ensuite être déployé et suivre des unités de stockage spécifiques au printemps prochain, a annoncé Manuel Offenberg.
Un projet parmi d'autres
Ce projet est loin d’être le premier dans le milieu de la supply chain. Big blue est d’ailleurs très investi dans l’intégration de la technologie blockchain pour le suivi d’un produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement. En janvier dernier, le firme d'Armonk créait une joint-venture avec Maersk, géant de l’expédition de conteneurs, pour déployer un système de transport électronique basé sur blockchain. La première version de la plateforme TradeLens a été livrée l’été dernier. IBM propose également sa plateforme aux gros acteurs de l’agroalimentaire - Nestlé, Unilever et Walmart en tête - pour tracer les denrées périssables.
Mais SAP s’insère aussi sur le marché florissant de blockchain. Il a créé un consortium avec une vingtaine de sociétés de production, pharmaceutiques, technologiques et maritimes notamment pour explorer les usages de cette technologie. Les banques lancent également leurs propres projets de leur côté. Ernst&Young et ses blockchains publiques qui arriveront en 2019. Ou Komgo en France, qui réunit 15 sociétés dont BNP Paribas et Crédit Agricole. Ce nouveau cas d’usage avec le suivi des disques durs va permettre de faire intervenir d’autres acteurs dans l’IT. « L’un des avantages de la technologie blockchain est que plus il y a de parties prenantes, plus elle prend de la valeur » explique Manuel Offenberg. « Nous allons donc certainement le mettre en pratique dans notre supply chain et nous nous attendons à ce que d’autres [fabricants de produits électroniques] soient intéressés par une solution similaire. »

