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Mastercard : 3 usages de l'IA pour lutter contre la fraude
Mastercard a opté pour des outils d'intelligence artificielle de pointe pour lutter contre les cybermenaces, en vue de l'explosion des paiements numériques et de l'émergence du commerce contextuel.

Selon le géant international des cartes de paiement, demain, les consommateurs n’utiliseront pas uniquement leurs smartphones pour effectuer leurs achats, mais aussi des assistants virtuels, des voitures et d’autres matériels connectés. Mais pour faire barrage aux pirates informatiques, qui, dans les recoins du Web, sont toujours à l’affût de gains faciles, Mastercard doit être capable de vérifier et de sécuriser les achats en quelques millisecondes.
« En prévision de cette explosion des paiements numériques, Mastercard utilise des systèmes et des logiciels d'analyse des fraudes sophistiqués, de plus en plus enrichis avec des technologies d'intelligence artificielle (IA) », a expliqué Ed McLaughlin, président des opérations et des technologies chez Mastercard. L'intelligence artificielle peut aider les logiciels et les systèmes connectés à mieux sécuriser les paiements, de manière plus efficace qu’un paiement par carte plastique traditionnelle supervisé par un humain, même quand la carte contient une puce intégrée.
Remplacer les humains et gérer la « dérive conceptuelle »
« Le plus important est de soustraire l'humain de la boucle, afin qu'il n'ait pas accès aux données personnelles au point de vente », a encore expliqué M. McLaughlin. « L’idée est d’utiliser des outils IA puissants pour accroître la sécurité et protéger les consommateurs ».
Pour servir ses millions de titulaires de comptes, le géant de la carte de paiement a investi de manière significative dans la technologie. Déjà, pour permettre à ses milliers d'employés de travailler plus efficacement, Mastercard a automatisé ses processus robotiques (RPA). L’entreprise cherche également à utiliser l'IA pour gérer la « dérive conceptuelle », c'est-à-dire la tendance d'un processus automatisé à s'éloigner progressivement de ses objectifs initiaux du fait des biais implicites de l'IA ou d'autres facteurs externes. Mais c’est sans doute dans les technologies qui servent à renforcer les capacités de sa plate-forme sécurisée - elle peut repousser jusqu'à 200 menaces par minute - que Mastercard a investi le plus d'argent et de ressources. Notamment, Mastercard s’appuie sur trois solutions d’IA distinctes pour protéger ses millions de consommateurs contre des cyberattaques.
Une grille in-memory, pour l'analyse des fraudes
La grille in-memory est la clé de voûte de la plate-forme de paiement de Mastercard. Elle utilise l'IA pour détecter et contrer instantanément les conduites de paiement potentiellement aberrantes sur son réseau. Selon Ed McLaughlin, cette « merveille de l'ingénierie » - une sorte de base de données SAP HANA pour la cybersécurité - exploite plus de 200 vecteurs d'attributs et elle est mise à jour en permanence pour analyser les nouvelles transactions par rapport à l'historique des achats du titulaire de carte. « Si la grille constate quelque chose d’aberrant dans les habitudes d’achat du titulaire, elle peut alerter et intervenir pour bloquer la tentative de fraude », a expliqué M. McLaughlin. Depuis 2016, ce système a permis d’éviter un milliard de dollars de fraude financière.
Des « gardiens intelligents » à la porte
Mastercard a doublé cette grille in-memory avec les actifs logiciels acquis lors du rachat en 2017 de la start-up Brighterion. Sa technologie « smart agent » exploite plusieurs autres outils d'IA et d'apprentissage machine (ML) pour générer des modèles de risque et des scores qui aident Mastercard à valider les achats. Par exemple, le logiciel iLearn s’appuie sur de multiples outils d'apprentissage non supervisés, y compris des méthodes de classification multidimensionnelle non supervisées, l'apprentissage associatif et l'apprentissage profond, pour apprendre des données non marquées. Brighterion a également apporté des solutions de lutte contre le blanchiment d'argent et de détection des tentatives d’intrusion en temps réel.
La sécurisation des achats avec NuData
L’approche biométrique de la cybersécurité s'est également révélée prometteuse. Elle permet aux entreprises d’identifier les personnes à partir d'empreintes digitales, du scan des veines de la paume de la main et de l’iris. Mais si l’on pouvait aussi identifier une personne en analysant la manière dont elle utilise son smartphone, son application mobile ou un site Web ? C’est le choix fait par Mastercard en 2017, avec le rachat de NuData Security, dont la technologie de biométrie comportementale surveille la manière dont une personne utilise ses services personnels, depuis la frappe à l’écran jusqu’à la fréquence d'utilisation. Le logiciel NuData évalue, note et apprend de chaque transaction en ligne ou mobile pour permettre aux commerçants et aux émetteurs de prendre des décisions d'autorisation en temps quasi réel. Tout ce qui sort des habitudes d’usage peut suggérer un comportement aberrant et déclencher des alertes. Et « toutes ces informations sont injectées dans le système pour l'améliorer », a ajouté M. McLaughlin.
Vers un commerce contextuel
Ces analyses de lutte contre la fraude - de nouvelles approches sont régulièrement testées par le groupe de recherche appliquée de Mastercard - contribueront à sécuriser un potentiel « commerce contextuel », lequel pourrait inclure des paiements initiés à partir d’objets ou de machines imprévus. Par exemple, Mastercard expérimente des « miroirs intelligents », c’est-à-dire des miroirs connectés à Internet qui pourront non seulement aider les consommateurs à décider d’acheter tel ou tel vêtement, mais pourront aussi gérer le paiement de l’achat à partir d'un écran tactile ou par la voix. L’acheteur pourrait à l’issue de la transaction soit partir avec ses achats ; soit les faire expédier à domicile.
McLaughlin imagine également une autre possibilité intéressante pour Mastercard : permettre les paiements à partir de casques de réalité virtuelle (VR) comme l'Oculus. Par exemple, un joueur pourrait acheter des options ou du crédit supplémentaire par simple demande vocale ou en faisant certains gestes de la main. De même, un acheteur équipé d’un casque VR pourrait acheter du mobilier après avoir vu en réalité virtuelle comment il s’intègre dans son intérieur. Mastercard teste diverses modalités de ce genre avec des détaillants et des fournisseurs de technologie. « Le commerce contextuel et la généralisation des appareils connectés ouvrent sur des expériences de paiement infinies et transformatrices », a encore déclaré M. McLaughlin.

