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Quand la blockchain veille aux grains de café

Avec la blockchain, les agriculteurs, banquiers, exportateurs et autres acteurs de la filière pourront suivre et tracer toute la chaine d'approvisionnement des grains de café depuis le producteur jusqu'au détaillant. Une app mobile permettra aussi au consommateur de tout savoir sur la provenance du café qu'il boit et son mode de culture.

La rédaction

Historiquement, les prix de gros du café ont toujours été volatils et soumis à de fortes fluctuations dans le temps. Par exemple, ces deux dernières années, le prix du café est passé de 1,55 dollars, sa valeur la plus haute, à 87 cents la livre, sa valeur la plus basse. Actuellement, le cours du café se situe autour de 99 cents la livre. Selon Luis Macias, CEO de GrainChain, un service de chaîne d'approvisionnement basé sur la blockchain, « cette volatilité du cours du café est difficile à gérer pour les petites et moyennes exploitations de café dans les pays où les options de services bancaires sont rares et où, souvent, la rétribution des producteurs ne reflète pas le marché ». La semaine dernière, la société GrainChain, basée à McAllen, Texas, a annoncé qu’une version pilote de son réseau blockchain était utilisée par près de 10 % des caféiculteurs du Honduras, soit 12 000 planteurs environ, et qu'elle devrait entrer en pleine production aux alentours du mois d’avril 2020.

Depuis un certain temps déjà, la filière du café s’intéresse activement à la blockchain. En mars dernier, Starbucks a annoncé la mise en place d’un « plan de transparence numérique » qui lui permettra de vérifier que ses grains de café proviennent à 100 % de sources éthiques et durables, sans toutefois révéler quelle technologie elle utilisera pour collecter ces informations. En mai, Starbucks et Microsoft ont fait part de leur intention de livrer un système de suivi de la supply chain basée sur la blockchain et de développer une app mobile qui permettra aux consommateurs de suivre la chaîne d'approvisionnement des grains de café qu'ils achètent et du café qu'ils boivent.

Voilà à quoi pourrait ressembler l’app de suivi mobile de Starbucks « bean to cup » (du grain à la tasse) (Crédit : Starbucks).

Le Honduras en pays pilote

« Dans de nombreux pays, on voit émerger des initiatives pour le suivi des produits. À lui seul, le café fait l'objet d'au moins une demi-douzaine d'initiatives », a déclaré Martha Bennett, vice-présidente de Forrester Research. « L’adoption de GrainChain dépend de l'écosystème local, des connexions entre les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, de la confiance nécessaire pour convaincre les partenaires de participer à cette chaîne de valeur et des partenaires déjà actifs sur le réseau », a-t-elle ajouté. « Mais, à ce stade, on ne peut pas dire quelles initiatives ont vraiment besoin de la blockchain. Et aucune d'entre elles ne se distingue encore des autres », a ajouté Mme Bennett. « Dans le principe, le cas d’usage est valide, mais aucun système ne bénéficie encore d’une large adoption et aucun n’est vraiment géré comme un système partagé. De plus, si le vrai problème se situe au niveau de la structuration des marchés, la technologie ne le résoudra pas ».

« Parmi tous les pays producteurs de café d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, c’est le Honduras qui a été choisi pour la phase pilote de GrainChain », a indiqué M. Macias, après un discours prononcé devant les actionnaires d'une banque hondurienne de développement qui souhaitait plus d’informations sur la technologie. Le Honduras dispose également d'un vaste marché du café de spécialité appelant des prix plus élevés et donc aux exploitations agricoles de maximiser leurs profits en supprimant les intermédiaires. « Nous avons fait plusieurs déplacements pour analyser le marché et nous avons estimé que c'était un bon choix », a déclaré le CEO de GrainChain. « Ce que nous faisons, c'est intégrer les producteurs, les exportateurs et les acheteurs ».

Selon Gartner, la blockchain peut créer une valeur économique que les modèles et les processus d’affaires IT classiques ne peuvent pas créer. « Les mécanismes centralisés traditionnels utilisés pour établir la confiance, vérifier l'identité et garantir le paiement n'ont pas été conçus pour gérer les micro-transactions de façon autonome dans un environnement de machine distribuée », a expliqué Gartner dans un rapport publié en août. « La combinaison de la tokénisation avec la décentralisation permettra aux entreprises de monétiser ces transactions. Cet Internet de valeur va perturber la capacité des géants du numérique et des entreprises transnationales à contrôler les écosystèmes et les chaînes d'approvisionnement ».

« Si elles ne sont pas encore très représentées dans cette filière, les chaînes d'approvisionnement sont à n’en pas douter l'un des cas d’usage les plus importants pour les registres de chaînes de blocs distribués », a encore déclaré la vice-présidente de Forrester Research. Cela ne signifie pas pour autant que la blockchain est indispensable pour réussir. Si, comme l’a affirmé Mme Bennett, les avantages de la chaîne d'approvisionnement sont « réels et mesurables », l’essentiel de ces avantages est à d’abord mettre au crédit de la simple numérisation des flux de travail papier, « et l’usage de la blockchain ne s’impose pas d’office », a encore déclaré Martha Bennett. « Les technologies existantes sont plus adaptées, plus rapides et moins coûteuses. Cela dit, il faut commencer progressivement. Si vous essayez d'introduire trop de changements à la fois, il est probable que vous échouerez. Cela signifie que nous devons attendre de voir comment ces projets se développent », a-t-elle ajouté.

Redonner de la confiance dans la chaîne de valeur

« Les caféiculteurs n’ont pas du tout les moyens d’investir dans des technologies de pointe pour moderniser et sécuriser leurs transactions commerciales », a déclaré Luis Macias. Selon lui, GrainChain apporte une solution abordable pour mettre en œuvre ces outils. D’une part, elle permet aux banques d’accorder des microcrédits et de transférer de l’argent dans les portefeuilles numériques en ligne détenus par les producteurs. Elle permet également aux agriculteurs et aux acheteurs de se passer de courtiers ou d'intermédiaires pour sécuriser leurs transactions. « Les compagnies d'assurance peuvent également utiliser les outils GrainChain pour simplifier et automatiser la souscription de prêts garantis par les banques et le gouvernement fédéral aux agriculteurs », a encore déclaré le CEO de GrainChain.

« La culture du café est tellement répandue, elle est soumise à tant de variables, qu'il est impossible de mettre les gens sur la même longueur d'onde, ce qui réduit la confiance tout au long de la chaîne d'approvisionnement », a déclaré dans un communiqué Francisco Fortin, directeur général de Confianza SA-FGR, un important assureur du monde agricole. « Grâce à la plateforme blockchain de GrainChain, nous pouvons garantir que toutes les parties peuvent participer au produit, offrir une visibilité beaucoup plus grande et minimiser les risques à chaque étape ». Selon M. Macias, « GrainChain permet également aux producteurs de commercer en toute confiance avec des entités situées à l'extérieur de leur région géographique, élargissant ainsi leurs perspectives d'affaires ». Un avantage qu’a confirmé par le rapport de Gartner. « Avec l’entrée d'agents autonomes habilités dans le réseau, le nombre d'actifs avec lesquels une entreprise et ses clients pourront négocier va considérablement s’étoffer, et le nombre de parties contractantes avec lesquelles une entreprise pourra négocier directement va augmenter de façon exponentielle », a déclaré Gartner.

Actuellement, deux des plus grandes coopératives de café du pays, trois exportateurs, deux grandes banques, un assureur et une bourse nationale d’échange de produits ont rejoint la blockchain. « Tous ces membres agissent de manière constructive pour l'industrie et misent sur une croissance positive de leur activité. Ils ont fait le constat qu’il y avait un problème sérieux à résoudre et ils se sont unis sur une même plateforme pour cela », a dit M. Macias. Ce n'est pas la première fois que le CEO de GrainChain se frotte aux systèmes de gestion des stocks agricoles. En 2012, Luis Macias a cofondé SiloSys, une app mobile qui automatise la saisie des données, supprime le pesage et la documentation manuelle des rendements agricoles, et assure la tenue d'inventaire et le suivi comptable.

Tableau de bord de l’app mobile de GrainChain. (Crédit : GrainChain)

Récupérer des données IoT

L'an dernier, Medici Ventures, un accélérateur de la blockchain et filiale d'Overstock.com, a annoncé qu'il avait acheté une participation de 2,5 millions de dollars dans GrainChain. Basée sur la blockchain Hyperledger Fabric de la Fondation Linux, la chaîne de blocs GrainChain est en production depuis un an et demi au Texas et au Mexique, où elle est utilisée pour suivre et tracer les grains de maïs, de soja, de sésame et de tournesol produits au Texas et au Mexique. Selon M. Macias, ce réseau est utilisé par 2000 producteurs au Texas et 1500 au Mexique.

La blockchain de GrainChain récupère les données à partir de dispositifs IoT installés dans des balances numériques de pesage du café, et dans des instruments qui surveillent l'humidité, la température, la taille des grains et tout produit chimique non désiré. « Nous nous connectons également à différents capteurs de mouvement et de capacité », a expliqué Luis Macias. Grâce à ces dispositifs IoT qui mesurent avec précision le poids et la qualité du grain, GrainChain évite le risque d'erreur humaine ou les actions d’acteurs malveillants. « Le système créé également une documentation sur le suivi des récoltes de la ferme à la table, ce qui permet de lutter contre la fraude », a encore déclaré M. Macias. À terme, la chaîne de blocs permettra aux consommateurs de connaître l'origine de leur café et d'avoir d’autres informations sur le café qu’ils consomment, savoir par exemple s’il a été cultivé de manière durable et/ou biologique.

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