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OpenAI et Microsoft : vers un divorce explosif dans l'IA ?
Le conflit est intense entre les deux entreprises qui s'opposent sur le devenir de la participation de Microsoft dans OpenAI en cas d'introduction en bourse de cette dernière.

La bataille que se livrent Microsoft et OpenAI sur l’investissement de 13 milliards de dollars de Microsoft dans l’entreprise d'IA en cas de cotation en bourse de celle-ci est devenue particulièrement toxique, au point que chacune des entreprises envisagent des stratégies que certains n’hésitent pas à comparer à des ripostes nucléaires. Il faut dire que les enjeux sont on ne peut plus élevés. D’un côté, Microsoft a besoin d'accéder aux technologies d'OpenAI pour conserver sa position de leader mondial dans le domaine de l'IA et accroître sa valorisation au-delà des 3 500 millairds de dollars actuels. De l’autre, OpenAI a besoin que Microsoft signe un accord pour que l'entreprise puisse entrer en bourse. Sans cette IPO, il est peu probable qu’OpenAI conserve ses précieux chercheurs en IA qui, à défaut, seront probablement débauchés par des entreprises prêtes à payer des centaines de milliers de dollars pour leurs compétences. Comment en est-on arrivé là ? Que se passera-t-il ensuite ? Pour le savoir, il faut revenir sur ce qui a déclenché l'affaire : la cotation d'OpenAI.
Une IPO à plus de 300 Md$
À l'origine, OpenAI est une entreprise à but non lucratif dont le seul but consistait à s'assurer que l'IA était développée et utilisée de manière éthique. Les fondateurs, dont l'actuel CEO Sam Altman et l'entrepreneur technologique Elon Musk, avaient déclaré à l’origine qu'ils voulaient que la technologie soit « utilisée de la manière la plus susceptible de bénéficier à l'humanité dans son ensemble, sans être limitée par le besoin de générer un rendement financier ». Mais à l’évidence, c'était avant de se rendre compte que des milliers de milliards de dollars étaient en jeu. C'est la raison pour laquelle l'entreprise souhaite à présent se restructurer de manière à se concentrer sur les activités à but lucratif et préparer une introduction en bourse. Si l’IPO avait lieu aujourd'hui, la valeur de l'entreprise serait estimée à 300 milliards de dollars. Étant donné qu'elle ne sera pas lancée avant l'année prochaine, les enjeux sont probablement encore plus élevés. Avant de pouvoir s'introduire en bourse, OpenAI doit obtenir l'approbation de sa restructuration par la Californie, où est basée l’entreprise, et par le Delaware, où elle est constituée. Pour obtenir ces autorisations, elle doit conclure un accord avec Microsoft, son premier et principal investisseur. En raison des particularités du statut non lucratif d'OpenAI, Microsoft et OpenAI n'ont jamais précisé comment Microsoft serait remboursé si OpenAI entrait en bourse. Cela fait plus d'un an qu'ils se disputent à ce sujet. Aujourd'hui, le combat est devenu un combat à mort dans une cage d'acier.
Des options réciproquement destructrices
En contrepartie de son investissement de 13 milliards de dollars dans OpenAI, Microsoft a reçu les droits exclusifs sur les technologies d'OpenAI, qu'elle a utilisées pour créer sa gamme d'outils d'IA générative Copilot (GenAI). Mais rien dans l'accord ne précise ce qui pourrait se passer si OpenAI entrait en bourse. Deux questions sont en jeu : le pourcentage de l’entreprise que Microsoft devrait obtenir en échange de son investissement et l'accès exclusif à long terme de l’éditeur aux technologies d'OpenAI. Le Financial Times rapporte qu'au cours des négociations de l'année dernière, les entreprises ont discuté de l'obtention par Microsoft d'une participation au capital de l'OpenAI comprise entre 20 % et 49 %, ce qui représente un différentiel de 100 milliards de dollars sur ce qu'elles pensent devoir faire. Elles se disputent également toujours pour savoir si Microsoft continuera à obtenir des droits exclusifs sur certaines technologies d'OpenAI.
Pour l'instant, la situation - de plus en plus tendue - est dans l’impasse. Les deux entreprises envisagent des options qui pourraient menacer l'existence de l'autre. Selon le Wall Street Journal, OpenAI envisage d'accuser publiquement Microsoft de comportement anticoncurrentiel. Elle pourrait aussi demander au gouvernement américain d'examiner leur contrat pour vérifier s'il ne viole pas les lois antitrust. Les poursuites antitrust sont le plus grand cauchemar de Microsoft. À la fin des années 1980 et dans les années 1990, l'une de ces plaintes avait mis l'entreprise à terre et lui avait fait perdre une « décennie » en la reléguant au second plan dans les nouvelles technologies les plus importantes, notamment l'Internet, les médias sociaux et l'informatique mobile.
L'ogre antitrust
Google, Meta, Apple et Amazon font tous l'objet de poursuites et d'enquêtes antitrust fédérales, alors que, pour l'instant, Microsoft y a échappé. Mais le gouvernement américain enquête discrètement pour savoir si les technologies d'IA, de cloud et de suites bureautiques de Microsoft violent les lois antitrust. Le fait qu'OpenAI indique aux autorités fédérales que Microsoft a violé les lois antitrust dans leur accord pourrait contribuer à transformer l'enquête en poursuites judiciaires. Et avec ces dernières, tout peut arriver, y compris le découpage en morceau de Microsoft, voire la vente de ses capacités d'intelligence artificielle. Quant à l’éditeur de Redmond, l’option la plus destructrice consisterait à abandonner les négociations et, comme le dit le Financial Times, à « s'appuyer sur son contrat commercial existant pour conserver l'accès à la technologie d'OpenAI jusqu'en 2030 », ce qui empêcherait OpenAI d'entrer en bourse et mettrait en péril l'investissement de 400 milliards de dollars de Softbank et d'autres investisseurs dans l'entreprise.
Mais il y a un risque encore plus grand : l'accord existant entre Microsoft et OpenAI limite considérablement les droits du premier sur les technologies du second si celles-ci atteignent ce que l'on appelle l'intelligence artificielle générale (AGI), c'est-à-dire le moment où l'IA devient capable de raisonner comme l'homme. L'AGI n'est pas définie dans cet accord. Mais, selon M. Altman, l'AGI pourrait être atteinte dès cette année. S'il déclare que les technologies d’OpenAI ont atteint l'AGI, tous les paris sur ce qui pourrait se passer sont ouverts et l’on se retrouverait alors en territoire inconnu, avec des juges qui tenteraient de décider si l'AGI a vraiment été atteinte ou non. Il est peu probable que M. Altman aille jusque-là, car cela reviendrait à confier le destin d'OpenAI à des juges, ce qu'il ne souhaite certainement pas. D'un autre côté, compte tenu du ressentiment croissant qu’a généré ce combat, tout peut arriver. Qui en sortira vainqueur ? Microsoft a suffisamment de liquidités et de revenus pour attendre que les choses se passent. OpenAI a plus à perdre dans cette bataille. OpenAI fera donc surement marche arrière.

