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Des écueils sur la route du Privacy Shield
Ne parlons plus de Safe Harbor, il a été remplacé par le Privacy Shield validé le 12 juillet dernier par la commission européenne. Pour rappel, le Privacy Shield est destiné à sécuriser le transfert de données personnelles des citoyens européens vers les Etats-Unis. « Le Privacy Shield n’a pas grand intérêt, c’est juste une nouvelle version de Safe Harbor », tance Stéphanie Buscayret, responsable sécurité du système d'information pour le groupe d’aéronautique Latécoère. Ce nouveau cadre juridique est effectivement loin de faire l’unanimité. Le parlement européen, dans son ensemble, la CNIL et plusieurs associations pointent le manque de cadre juridique notamment sur l'accès des autorités publiques aux données transférées vers les Etats-Unis. En effet, selon les autorités nationales de protection des données (comme la CNIL en France), les garanties ne sont pas assez strictes concernant l'indépendance et les pouvoirs du médiateur américain (sera-t-il vraiment indépendant des services de renseignement ?) et le manque d’assurances concrètes sur la collection en masse et systématique de données personnelles.
Enfin, sur les aspects commerciaux, les associations regrettent le manque de règles spécifiques sur les décisions basées sur un traitement automatisé des données et l'absence d'un droit général d'opposition. Le Privacy Shield passera-t-il l’année 2017 ? Pas si sûr… Déjà, des recours ont été déposés auprès de la justice européenne en septembre 2016 par des groupes lobbyistes notamment par le Digital Right Ireland et quelques associations françaises soutenues par UFC-Que Choisir. Leur objectif est d’annuler ce texte comme l’avait fait la justice européenne pour le Safe Harbor l’autrichien suite à l’origine de la plainte de Max Schrems, un étudiant autrichien contre Facebook sur la détention de ses données personnelles.
Les BCR toujours opérationnels
Il faut bien comprendre que l’approche culturelle sur les données personnelles n’est pas la même entre l’Europe et les Etats-Unis. Si celle de l’Europe est de conserver une certaine liberté de l’individu par rapport à ses données, celle des Etats-Unis, à l’inverse, est bien de faire du business avec ces données. Ces dernières représentent une manne financière comme l’est le pétrole en quelque sorte. En attendant le résultat de ces poursuites judiciaires, pour transférer leurs données personnelles vers un pays tiers, les acteurs peuvent toujours recourir aux BCR (Binding Corporate Rules ou Règles Internes d'Entreprise) et aux clauses types (SCCs), dont l’utilisation n’a pas été remise en cause par le Privacy Shield. Bien sûr, ces BCR doivent être validées par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) qui évalue leur contenu et s’assure qu’elles offrent un niveau de protection suffisant. « Chez Symantec, nous attendons effectivement de voir comment va évoluer le Privacy Shield et nous utilisons toujours les BCR », indique Laurent Heslault, directeur des stratégies de sécurité chez Symantec.
Privacy Shield ou pas, lors de nos matinées débats (www.it-tour.fr) avec les DSI et RSSI en région, nous avons pu constater que de nombreuses entreprises étaient déjà très attentives à la localisation de leurs données qu’elles soient personnelles ou professionnelles ; elles privilégient, en effet, les fournisseurs qui disposent de datacenters en France et en Europe. De plus, une certaine attention est apportée au contrat de service Cloud avec le fournisseur par les décideurs IT qui insistent, via une gouvernance (lorsqu’elle est présente), sur le fait que leurs contrats et leurs logiciels ne soient pas divulgués par des tiers hors d’Europe. D’ailleurs, les fournisseurs américains de services Cloud sont toujours plus nombreux à bâtir des datacenters en Europe à l’image de Box, d’IBM ou de Microsoft.
« Cela dit, si aujourd’hui, vous avez de nombreux fournisseurs qui construisent des datacenters en Europe, c’est d’abord pour contrer les problèmes juridiques liés à la localisation des données », conclut Candice Liebaert, directrice juridique chez Insight France.