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Zero Trust : un parcours nécessaire, mais difficile à mettre en oeuvre
L’Anssi a d’ores et déjà mis en garde les entreprises françaises face aux fortes tensions internationales actuelles et publie diverses mesures préventives prioritaires pour contrer d’éventuelles attaques venant de l’est. Parmi ces mesures, l’Anssi préconise un renforcement de l’authentification (usage de deux facteurs d’authentification différents), la mise en place d’un système de supervision des événements journalisés et une sauvegarde hors ligne des données et des applications critiques. L’Anssi conseille aussi d’établir une liste des services critiques de l’entreprise et de créer une organisation de crise adaptée à une cyber attaque, ce dernier point est d’autant plus important qu’il faut aussi comprendre les modes opératoires des attaquants pour déployer des contre-mesures. De par ses propos, l’Anssi s’inscrit pleinement dans cette démarche zero trust qui consiste à un renforcement accru de la sécurité d’accès en continu à toutes les ressources et services internes et externes de l’entreprise en se focalisant sur l’identité de l’utilisateur et des terminaux.
Zero trust répond aux modes de travail actuels
Bien avant la guerre en Ukraine, la crise sanitaire a quelque part été un élément déclencheur dans cette démocratisation du concept zero trust. En effet, durant cette période de télétravail forcé, les entreprises ont, dans l’urgence, mis en place des solutions VPN pour assurer la continuité d’activité en toute sécurité, mais pour Boris Lecoeur, directeur général France chez Cloudflare, si les VPN font bien leur job, ils ne sont plus aujourd’hui adaptés aux modes de travail, d’autant que les applications sont aussi à l’extérieur de l’entreprise notamment dans le cloud. La crise sanitaire a certes accéléré l’adoption des services cloud, mais en contrepartie, elle a aussi accéléré les attaques contre ces mêmes services cloud.
Ne faites confiance à personne !
Comme le définit Nicolas Arpagian, directeur cybersecurity strategy chez Trend Micro, la démarche zero trust, à travers laquelle vous ne faites confiance à rien par défaut, est tout d’abord stratégique : elle conditionne le mode de déploiement des politiques de sécurité. Dans ce concept de zero trust, un travail sur l’évaluation des risques doit être réalisé en continu sur plusieurs points : l’état de sécurité des équipements (PC, terminaux mobiles, serveurs, etc.) et du parc applicatif, le suivi de la gestion des identités des usagers, la nature de la destination, sans oublier les données auxquelles on accède ou celles qu’on télécharge. Dans ce contexte, une analyse fine de la circulation des données en temps réel et du contexte dans lequel elles sont consultées ou partagées par celles et ceux qui ont accès au système d’information est donc essentielle.
Cette démarche zero trust fait tache d’huile partout dans le monde, la NSA, l’agence nationale de la sécurité américaine, est montée au créneau via un rapport publié début mars en soulignant l’importance des principes du zero trust pour assurer la sécurité réseau des entreprises américaines. Le déploiement de serveurs centralisés d'authentification, l’identification des appareils individuels, des techniques de journalisation robustes, l’utilisation de mots de passe sécurisés et fréquemment modifiés, une meilleure configuration des appareils font bien sûr partie des recommandations listées dans ce rapport. Toutes ces préconisations sont transposables à la France et aux recommandations de l’Anssi.
Le bon équilibre à trouver
Perçue de cette façon, la démarche zero trust donne l’impression que l’entreprise bloque tous les accès « non prioritaires » aux utilisateurs induisant une certaine frustration dans leur liberté de travail. C’est un risque qu’il faut bien mesurer pour ne pas revenir à un modèle s’apparentant à celui de la sécurité périmétrique historique (principe du château fort) qui sévissait jusque dans les années 2010. En effet, selon le porte-parole de Trend Micro, il faut trouver un bon équilibre dans l’exigence de la sécurité, le collaborateur doit toujours se connecter pour profiter des services internes et externes de l’entreprise.
Sur le terrain, peu d’organisations ont réellement franchi le pas. « Si certaines entreprises sont déjà bien avancées, la majorité d’entre elles veulent savoir par où débuter, ça va prendre du temps car le zero trust est un concept qui regroupe de nombreuses méthodologies et solutions », précise Timothée Brogniart, directeur généra EMEA chez Sectigo. De plus, une politique de zero trust est difficile à mettre en œuvre, toutes les études publiées par les experts et fournisseurs vont dans ce sens dont celle de Fortinet, dévoilée en janvier dernier, qui indique que plus de 80 % des répondants estiment qu'il est complexe de déployer une stratégie zero trust. Et ce, pour diverses raisons : une incapacité à déployer des fonctionnalités clés associées à cette démarche, un manque dans l’identification et l’authentification des utilisateurs et dans la surveillance des utilisateurs en aval de leur authentification, une confusion autour de cette démarche et surtout la pénurie de compétences pour y répondre correctement.
Le zero trust encore loin des préoccupations des TPE et PME
Sur l’approche zero trust, comme le mentionne Jean-Jacques Latour, les TPE et PME sont encore très loin d’être concernées : « Les TPE et PME ne sont pas, pour la grande majorité d’entre elles, arrivées à ce niveau d’approche en termes de sécurité. Leur niveau de sécurisation reste très faible, nous sommes encore dans cette étape d’évangélisation et de sensibilisation… Le zero trust concerne surtout les ETI et les grands comptes. » Les professionnels (PME et collectivités) peuvent toutefois compter sur la plateforme Cybermalveillance pour s’informer et se faire assister. À ce titre, Cybermalveillance a lancé en 2021 deux initiatives dont Alerte Cyber, qui informe les entreprises en cas d’attaques ou de failles de sécurité majeures, et Immunité Cyber pour sensibiliser les collectivités et les élus. D’autre part, les TPE et les PME peuvent bénéficier de prestataires labélisés ExpertCyber et du nouveau service associé securisation.cybermalveillance.gouv.fr qui met en relation cette catégorie d’entreprises vers les 161 prestataires de proximité labelisés en 2021 en France (contre 50 au lancement de la plateforme). Enfin, lors de la présentation de l’état de la menace le 8 mars dernier à la presse, Jean-Jacques Latour, responsable de l’expertise chez Cybermalveillance, a rappelé que la première menace pour les professionnels reste les rançongiciels avec une hausse de 95 % en un an. À ce titre, 1945 demandes d’assistance ont été enregistrées par la plateforme.