Article 1 sur 4
Le quantique, une menace sur le chiffrement asymétrique des données
Certes, ce ne sera pas en 2024 qu’une attaque quantique se produira, mais plutôt dans une quinzaine d’années à en croire les experts du rapport 2023 émis par le Global Risk Institute (Quantum Threat Timeline Report). En effet, il existe une grande probabilité qu’une attaque quantique se fasse à cette période pour briser le chiffrement par clé publique (ou asymétrique) utilisée dans la cryptographie. Deux de ces experts avancent même la possibilité d’une attaque dans les cinq ans. C’est très inquiétant quand on sait que la cryptologie est présente absolument partout, de la sécurisation des communications 5G et Internet aux transactions bancaires ; ça l’est d’autant plus qu’il s’agit, selon Florent Grosmaitre, CEO de CryptoNext Security (startup fondée en 2019 et spinoff de Sorbonne Université, INRIA et CNRS), d’une attaque par force brute, non détectable : « Il est donc probable que le jour où cette menace se produira, cette information ne soit pas, en réalité, rendue publique.» Face à ce constat, l’Europe via l’European Policy Center, a même rédigé un document appelant l’UE à adopter un plan d’action coordonnée pour se préparer aux cyberattaques basées sur le quantique.
Store Now and Decrypt Later n’est pas une fiction
Selon Vasco Gomes, Global CTO CyberSecurity Products chez Eviden, filiale d’Atos, ces potentielles attaques sont bien réelles même s’il est compliqué de déterminer une date précise. « Ce n’est pas comme le bug de l’an 2000 où nous connaissions précisément la date. Avec le quantique, le contexte est différent, nous sommes encore dans l’incertitude, à l’heure actuelle, les ingénieurs/chercheurs travaillent toujours à la stabilisation des qubits, mais il suffit d’une avancée pour faire accélérer les choses. » Et comme le rappelle le porte-parole d’Atos, la technologie quantique est en réalité déjà accessible via les offres as a service dédiées. « De plus, rien n’empêche aujourd’hui un cybercriminel de capter des informations cryptées via le Wifi par exemple, de les stocker et de pouvoir les déchiffrer et les lire (ndlr : menace du Store Now and Decrypt Later) dès qu’il aura accès à de la puissance quantique. Bien sûr, la valeur d’une grande partie de ces informations n’aura peut-être que peu d’intérêt dans les 10 ans à venir, mais il y a toujours des données très critiques (propriété intellectuelle, activités sensibles et secrètes) qui peuvent déstabiliser une entreprise ou un état. » Un avis que partage aussi Guillaume Poupard, directeur général adjoint de Docaposte (ex-directeur de l’Anssi) : « C’est une menace réelle, des organisations qu’elles soient étatiques, privées ou autres récoltent déjà des données en prévision de les décrypter plus tard dès que la puissance quantique le permettra. J’aime à faire ce parallèle historique autour du projet Venona pour lequel les renseignements américains ont enregistré les communications russes pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’ils ont, des années plus tard, pu en décrypter la moitié suite à une réutilisation des clés de chiffrement par les russes alors que ces clés étaient supposées ne servir qu’une seule fois. » Dans ce contexte, il est primordial que les organisations privées et publiques se préparent, dès maintenant, à un inventaire précis des risques potentiels sur les applications qui utilisent la cryptographie à clé publique. Car c’est bien tout le SI qui est menacé. Pour Nicolas Proust, directeur de la stratégie chez Pasqal, il faut aussi voir cette menace comme une opportunité pour les entreprises : « Considérons cette menace comme une évolution naturelle des technologies, cela signifie que l’architecture quantique arrivera à maturité et ouvrira à de nombreux cas d’usages dont la cybersécurité. » À ce titre, Pasqal promet, dès 2024, un ordinateur à 1000 qubits basé sur sa technologie à atomes neutres, et va officialiser l’installation de processeurs quantiques cette année sur deux sites de calcul haute performance, le premier en France et le deuxième en Allemagne. Les 1000 qubits en 2024 seront donc atteints sachant qu’il serait nécessaire de disposer de 2051 qubits pour casser une clé RSA de 1024 bits. Certes par sûreté, il est couramment recommandé que la taille des clés RSA soit au minimum de 2048 bits.