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Une surface d'attaque qui augmente, accentuée par l'IA et une numérisation sans fin
Selon le 11e baromètre annuel du Cesin réalisé avec OpinionWay (sur 400 répondants environ), 40 % des entreprises interrogées déclarent avoir subi au moins une cyberattaque significative, à savoir qui perturbe l’entreprise. Sur le terrain, les entreprises font effectivement face à plusieurs alertes quotidiennes plus ou moins graves, comme nous le confirme Christophe Guillarme, directeur des opérations IT et RSSI de Lagardère Travel Retail France, qui possède notamment les points Relay dans les gares. Entre l’exploitation des failles, les mauvais comportements, les attaques par DDoS, les multiples tentatives d’intrusions ou encore le phishing, les services de sécurité sont toujours en veille. « Cette forte exposition au numérique des entreprises a multiplié d’autant la surface d’attaque et la complexité de défense. N’oublions pas qu’exploiter les failles d’un système est toujours plus simple que garantir sa protection, ce qui donne toujours aux attaquants un temps d’avance très rentable », explique Sébastien Viou, directeur technique chez Fortinet. Parmi les menaces, nous retrouvons toujours les rançongiciels et selon Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité pour le compte d’Eset, en 2025, la France a dépassé de plus de 50 % le nombre de victimes par rapport à 2024, il met aussi en avant la fuite de données massive vers le darkweb de profils d’utilisateurs aux contenus hyper complets qui vont même jusqu’à leurs conversations avec l’IA. Dans cette fuite de données, le dernier rapport du Clusif sur les tendances 2025 dévoilé en janvier dernier mentionne qu’au troisième trimestre de l’année dernière, 2,6 milliards de données ont été compromises en France. Dernière en date à l’heure où nous écrivons ces lignes, celles de l’Urssaf piratées via un accès frauduleux à l'API du service de déclaration préalable à l'embauche.
Forte progression des attaques contre la chaîne d'approvisionnement
En outre, selon l’Anssi, la supply chain est devenue l'une des cibles privilégiées pour les cyberattaquants. Souvenons-nous en décembre 2020 de la mésaventure de SolarWinds où des hackers russes du groupe APT29 avaient infiltré les serveurs de cette société texane spécialisée dans la supervision IT, injectant du code malveillant dans une mise à jour de routine d’un logiciel. Résultat : 18 000 organisations clientes, dont le Pentagone, le département du Trésor américain ou encore Microsoft, se sont retrouvées compromises. Bref, une seule entreprise est devenue le point d'entrée vers les systèmes les plus sensibles de la planète. Depuis l’épisode de SolarWinds, les exemples se sont multipliés, citons notamment Shai-Hulud, qui est apparu pour la première fois en septembre 2025 en tant que ver autoréplicatif ciblant l'énorme écosystème npm (communauté JavaScript), compromettant des centaines de packages JavaScript et se propageant via des identifiants volés et une republication automatisée. Selon Yohann Ciurlik, principal full stack architect chez Capgemini, qui avait régi dans un post sur Linkedin en novembre dernier, ce ver s’exécute dès l’installation, exfiltre les secrets (tokens, clés cloud, variables d’environnement…) puis, si l’attaquant trouve assez de privilèges, republie automatiquement des versions infectées de paquets appartenant à la victime. C’est une attaque supply chain d’une ampleur rarement vue. Autre exemple, celui de XZ Utils et sa bibliothèque sous-jacente liblzma (outil de compression open source) incluse dans de nombreuses distributions Linux prêtes à l'emploi, détecté fin mars 2024. Pour Sébastien Viou, directeur technique de Fortinet, les applications Low/No Code sont aussi une cible potentielle pour ce type d’attaque étant donné que 80 % des développements exploitent des bibliothèques prêtes à l’emploi.
L’IA, d’abord un accélérateur
Nous avons souvent évoqué l’IA comme vecteur potentiel important d’attaques à venir, mais pour l’heure, comme le constate Pierre-Yves Hentzen, PDG de Stormshield, l’IA ne crée pas de nouvelles attaques, elle en multiplie les performances et les industrialise. L’IA est surtout perçue comme un accélérateur à en croire également de nombreux RSSI et DSI rencontrés lors de la soirée des remises de prix des personnalités IT de l’année le 8 janvier dernier. L’IA sert par exemple à écrire des e-mails propres dans les attaques de phishing. Elle sert aussi aux cybercriminels à mener des actions autonomes et à industrialiser leurs attaques. Même constat chez les éditeurs. « Les cybercriminels se servent de l’IA pour parfaire leurs attaques et aller chercher des informations. L’IA, qui agit comme un agrégateur, leur permet de cibler le maillon faible », indique Jérémie Schram, directeur technique de WatchGuard France. Les deepfakes sont un bon exemple de ce que l’on peut faire avec l’IA en manipulant de façon réaliste la voix et la vidéo, ils sont d’ailleurs de plus en plus souvent cités par les responsables de la sécurité dans les différents baromètres et études des organismes (Cesin, Clusif, cybermalveillance.gouv.fr, etc.). Aujourd’hui, leur diffusion progresse et amplifie des stratagèmes existants, notamment l’arnaque au président qui reste l’une des méthodes d’extorsion favorites des cybercriminels. Quant au cyberespionnage ou plutôt des menaces d’origine étatique, au vu du contexte géopolitique tendu actuel, il progresse de façon alarmante selon les différents rapports d’études (+52 % selon le Cesin, par exemple). Pour Jérémie Schram, le cyberespionnage reste dans une méthode assez classique basée sur l’OSINT (renseignement par sources ouvertes), tous les services de renseignement s’en servent. Enfin, pour Pierre-Yves Hentzen, la convergence entre l’IT et l’OT représente un danger potentiel pour les industriels et les PMI. Par manque de sécurisation du réseau OT, ce dernier est parfois exploité comme un point d’entrée pour les cybercriminels pour stopper la production d’une entreprise par exemple, comme ce fut le cas en décembre dernier pour le réseau énergétique de la Pologne, qui a frôlé le blackout à cause d’une cyberattaque attribuée à la Russie.
Un coût difficile à évaluer
De nombreux chiffres circulent sur le coût moyen d’une cyberattaque pour une entreprise française et le coût global de toutes les cyberattaques. En juin 2023, un rapport mené par le cabinet Asterès estimait le coût de l’ensemble de ces cyberattaques réussies à 2 milliards d’euros qui se répartissait entre un coût direct de 887 millions d’euros, le paiement des rançons pour 888 millions d’euros et des pertes de production à 252 millions d’euros. De son côté, une enquête menée en juin 2024 par l’Anssi auprès du Clusif révélait qu’une cyberattaque coûtait en moyenne 466 000 euros pour les TPE/PME, 13 millions d’euros pour les ETI et 135 millions d’euros pour les grandes entreprises. A en croire nos interlocuteurs, il est difficile d’évaluer avec précision le réel coût tant les impacts sont nombreux. Toutefois, quelques exemples très médiatisés nous confirment que ce coût est très élevé. Par exemple, en 2021, le fabricant de bateaux Beneteau a évalué à 45 millions d'euros sa cyberattaque (sur un CA de 286,5 millions d'euros sur les trois premiers mois de son exercice 2021). Plus récemment, en novembre 2025, le constructeur automobile Jaguar-Land Rover a enregistré plus de 2 milliards de dollars de pertes après sa cyberattaque, obligé de stopper ses usines de production durant cinq semaines et touchant par ricochet 5 000 autres sociétés. Quant au budget dédié à la sécurité dans les entreprises françaises, selon le Cesin, en moyenne, 5 % du budget IT est consacré à la sécurité, l’organisme observant d’ailleurs une tendance baissière depuis trois ans.