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Cybersécurité & ConformitéGrand dossier5 articlesPublié le

Cybersécurité : Anticiper les menaces en 2026

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Selon les différents rapports des organismes dédiés à la cybersécurité et les interlocuteurs interrogés dans cette enquête, les menaces se maintiennent toujours à un très haut niveau et se perfectionnent grâce à l'IA. La surface d'attaque s'élargit, l'inquiétante progression des risques sur la supply chain en est une preuve tout comme le cyberespionnage, les deepfakes, etc.

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Article 1 sur 5

Une surface d'attaque qui augmente, accentuée par l'IA et une numérisation sans fin

Par Benoît HuetPublié le 27 février 20266 min de lecture

Selon le 11e baromètre annuel du Cesin réalisé avec OpinionWay (sur 400 répondants environ), 40 % des entreprises interrogées déclarent avoir subi au moins une cyberattaque significative, à savoir qui perturbe l’entreprise. Sur le terrain, les entreprises font effectivement face à plusieurs alertes quotidiennes plus ou moins graves, comme nous le confirme Christophe Guillarme, directeur des opérations IT et RSSI de Lagardère Travel Retail France, qui possède notamment les points Relay dans les gares. Entre l’exploitation des failles, les mauvais comportements, les attaques par DDoS, les multiples tentatives d’intrusions ou encore le phishing, les services de sécurité sont toujours en veille. « Cette forte exposition au numérique des entreprises a multiplié d’autant la surface d’attaque et la complexité de défense. N’oublions pas qu’exploiter les failles d’un système est toujours plus simple que garantir sa protection, ce qui donne toujours aux attaquants un temps d’avance très rentable », explique Sébastien Viou, directeur technique chez Fortinet. Parmi les menaces, nous retrouvons toujours les rançongiciels et selon Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité pour le compte d’Eset, en 2025, la France a dépassé de plus de 50 % le nombre de victimes par rapport à 2024, il met aussi en avant la fuite de données massive vers le darkweb de profils d’utilisateurs aux contenus hyper complets qui vont même jusqu’à leurs conversations avec l’IA. Dans cette fuite de données, le dernier rapport du Clusif sur les tendances 2025 dévoilé en janvier dernier mentionne qu’au troisième trimestre de l’année dernière, 2,6 milliards de données ont été compromises en France. Dernière en date à l’heure où nous écrivons ces lignes, celles de l’Urssaf piratées via un accès frauduleux à l'API du service de déclaration préalable à l'embauche.

Forte progression des attaques contre la chaîne d'approvisionnement

En outre, selon l’Anssi, la supply chain est devenue l'une des cibles privilégiées pour les cyberattaquants. Souvenons-nous en décembre 2020 de la mésaventure de SolarWinds où des hackers russes du groupe APT29 avaient infiltré les serveurs de cette société texane spécialisée dans la supervision IT, injectant du code malveillant dans une mise à jour de routine d’un logiciel. Résultat : 18 000 organisations clientes, dont le Pentagone, le département du Trésor américain ou encore Microsoft, se sont retrouvées compromises. Bref, une seule entreprise est devenue le point d'entrée vers les systèmes les plus sensibles de la planète. Depuis l’épisode de SolarWinds, les exemples se sont multipliés, citons notamment Shai-Hulud, qui est apparu pour la première fois en septembre 2025 en tant que ver autoréplicatif ciblant l'énorme écosystème npm (communauté JavaScript), compromettant des centaines de packages JavaScript et se propageant via des identifiants volés et une republication automatisée. Selon Yohann Ciurlik, principal full stack architect chez Capgemini, qui avait régi dans un post sur Linkedin en novembre dernier, ce ver s’exécute dès l’installation, exfiltre les secrets (tokens, clés cloud, variables d’environnement…) puis, si l’attaquant trouve assez de privilèges, republie automatiquement des versions infectées de paquets appartenant à la victime. C’est une attaque supply chain d’une ampleur rarement vue. Autre exemple, celui de XZ Utils et sa bibliothèque sous-jacente liblzma (outil de compression open source) incluse dans de nombreuses distributions Linux prêtes à l'emploi, détecté fin mars 2024. Pour Sébastien Viou, directeur technique de Fortinet, les applications Low/No Code sont aussi une cible potentielle pour ce type d’attaque étant donné que 80 % des développements exploitent des bibliothèques prêtes à l’emploi. 

L’IA, d’abord un accélérateur

Nous avons souvent évoqué l’IA comme vecteur potentiel important d’attaques à venir, mais pour l’heure, comme le constate Pierre-Yves Hentzen, PDG de Stormshield, l’IA ne crée pas de nouvelles attaques, elle en multiplie les performances et les industrialise. L’IA est surtout perçue comme un accélérateur à en croire également de nombreux RSSI et DSI rencontrés lors de la soirée des remises de prix des personnalités IT de l’année le 8 janvier dernier. L’IA sert par exemple à écrire des e-mails propres dans les attaques de phishing. Elle sert aussi aux cybercriminels à mener des actions autonomes et à industrialiser leurs attaques. Même constat chez les éditeurs. « Les cybercriminels se servent de l’IA pour parfaire leurs attaques et aller chercher des informations. L’IA, qui agit comme un agrégateur, leur permet de cibler le maillon faible », indique Jérémie Schram, directeur technique de WatchGuard France. Les deepfakes sont un bon exemple de ce que l’on peut faire avec l’IA en manipulant de façon réaliste la voix et la vidéo, ils sont d’ailleurs de plus en plus souvent cités par les responsables de la sécurité dans les différents baromètres et études des organismes (Cesin, Clusif, cybermalveillance.gouv.fr, etc.). Aujourd’hui, leur diffusion progresse et amplifie des stratagèmes existants, notamment l’arnaque au président qui reste l’une des méthodes d’extorsion favorites des cybercriminels. Quant au cyberespionnage ou plutôt des menaces d’origine étatique, au vu du contexte géopolitique tendu actuel, il progresse de façon alarmante selon les différents rapports d’études (+52 % selon le Cesin, par exemple). Pour Jérémie Schram, le cyberespionnage reste dans une méthode assez classique basée sur l’OSINT (renseignement par sources ouvertes), tous les services de renseignement s’en servent. Enfin, pour Pierre-Yves Hentzen, la convergence entre l’IT et l’OT représente un danger potentiel pour les industriels et les PMI. Par manque de sécurisation du réseau OT, ce dernier est parfois exploité comme un point d’entrée pour les cybercriminels pour stopper la production d’une entreprise par exemple, comme ce fut le cas en décembre dernier pour le réseau énergétique de la Pologne, qui a frôlé le blackout à cause d’une cyberattaque attribuée à la Russie. 

Un coût difficile à évaluer

De nombreux chiffres circulent sur le coût moyen d’une cyberattaque pour une entreprise française et le coût global de toutes les cyberattaques. En juin 2023, un rapport mené par le cabinet Asterès estimait le coût de l’ensemble de ces cyberattaques réussies à 2 milliards d’euros qui se répartissait entre un coût direct de 887 millions d’euros, le paiement des rançons pour 888 millions d’euros et des pertes de production à 252 millions d’euros. De son côté, une enquête menée en juin 2024 par l’Anssi auprès du Clusif révélait qu’une cyberattaque coûtait en moyenne 466 000 euros pour les TPE/PME, 13 millions d’euros pour les ETI et 135 millions d’euros pour les grandes entreprises. A en croire nos interlocuteurs, il est difficile d’évaluer avec précision le réel coût tant les impacts sont nombreux. Toutefois, quelques exemples très médiatisés nous confirment que ce coût est très élevé. Par exemple, en 2021, le fabricant de bateaux Beneteau a évalué à 45 millions d'euros sa cyberattaque (sur un CA de 286,5 millions d'euros sur les trois premiers mois de son exercice 2021). Plus récemment, en novembre 2025, le constructeur automobile Jaguar-Land Rover a enregistré plus de 2 milliards de dollars de pertes après sa cyberattaque, obligé de stopper ses usines de production durant cinq semaines et touchant par ricochet 5 000 autres sociétés. Quant au budget dédié à la sécurité dans les entreprises françaises, selon le Cesin, en moyenne, 5 % du budget IT est consacré à la sécurité, l’organisme observant d’ailleurs une tendance baissière depuis trois ans.

Article 2 sur 5

Pour une vraie réponse opérationnelle aux cybermenaces

Par Benoît HuetPublié le 27 février 20265 min de lecture

Selon le rapport intitulé Mission PME & cybersécurité de Campus Cyber, remis le 31 octobre 2023 à Jean-Noël Barrot, alors ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications, il est mentionné que 50 % des PME font faillite dans les dix-huit mois suivant une cyberattaque. C’est d’autant plus inquiétant que les PME représentent plus de 99 % du tissu économique français, soit plus de 4 millions d’entreprises. Ce chiffre alarmant doit nous alerter sur l’importance d’une résilience à mettre en œuvre sur les questions de cybersécurité, valable aussi pour les grands comptes même si ces derniers sont bien plus structurés pour y faire face. « La résilience, c’est d’abord se préparer, l’incident va se produire et je mets donc en œuvre des processus », prévient à ce titre Jérémie Schram, directeur technique de WatchGuard France.

Prévoir un passage en mode dégradé

Pour Sébastien Viou, directeur technique de Fortinet, dans la vraie résilience, il faudrait être capable pour une entreprise, paralysée par une cyberattaque, de pouvoir se passer de l’IT, d’être en mode dégradé. « Si tout va mal, il faut s’assurer de 30 % à 40 % du service a minima pour limiter la casse », confirme-t-il. Et dans la pratique, cette cyberrésilience peut se traduire jusqu’au retour du papier et du crayon, comme ce fût le cas pour le groupe allemand de matériaux de construction Knauf (40 000 personnes dans le monde pour 300 usines) touché par une cyberattaque en 2022. Certes, toutes les entreprises ne peuvent tout simplement pas se passer du digital comme les e-commerçants, mais rien ne les empêche de disposer d’un système de secours même a minima. « Aujourd’hui, ce sont surtout les opérateurs vitaux (banque, défense…) qui en sont équipés car il faut avoir les moyens », précise Sébastien Viou. Typiquement, le secteur bancaire est souvent perçu comme cyberrésilient, aidé en cela par le règlement Dora, comme le rappelle Raphael Marichez, CSO France et Europe du Sud chez Palo Alto, pour qui être cyberrésilient est, au-delà du maintien des activités critiques, d’être dans une posture dynamique : « Il faut aussi apprendre de chaque incident cyber afin d’être plus robuste. »

Même constat pour Thierry Defois, directeur des opérations chez Eset, la cyberrésilence permet bien sûr de se rétablir le plus vite possible, mais elle doit aussi intervenir de manière proactive avant que l’attaque ne se produise. Un avis que partage et complète Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité : « Je remplacerai même le mot résilience par robustesse, de faire en sorte que dès qu’une alerte est détectée, il faut la contenir. » Le spécialiste donne notamment en exemple l’exercice de crise cyber Rempar2025, organisé par l’Anssi en septembre dernier où l’objectif a été d’évaluer et de renforcer la capacité collective de la France à affronter un scénario de blackout numérique d’ampleur inédite. Dans une moindre mesure et plus adaptée aux PME/ETI, il cite aussi SenCy-Crise de cybermalveillance.gouv.fr qui est, là aussi, une initiation à la gestion de crise cyber. Enfin, il n’oublie pas de mentionner tous les contenus favorisant cette cyberrésilience fournis par les acteurs du privé, incluant les éditeurs et les divers prestataires spécialisés. 

L’indispensable analyse des risques

Pour une efficacité opérationnelle, il faut déjà démarrer par une analyse des risques à en croire la majorité de nos interlocuteurs interviewés dans ce dossier, c’est le pilier central de toute stratégie de défense. « Sans une analyse des risques, c’est compliqué de faire de la cyberrésilience. La première question est de savoir où sont les données… L’Anssi préconise des outils et des méthodologies pour toutes les entreprises. L’analyse des risques est transversale et concerne tous les métiers », rappelle Jérémie Schram. Cette analyse des risques doit être également associée à la threat intelligence, comme le rapporte Raphael Marichez, afin de savoir quel type d’acteurs vous menace. D’autre part, sans cette initiative, l’entreprise peut vite dépenser une fortune pour protéger des éléments futiles tout en laissant ses actifs les plus critiques sans surveillance. Point important, il faut également disposer d’un système de sauvegarde avancée et surtout qui fonctionne avec des services associés de reprise d’activité, ce qui est loin d’être le cas pour nos interlocuteurs. « Mettre en œuvre un PRA est déjà une étape importante mais il faut s’assurer de son efficacité par des tests. La cyberrésilience, c’est certes cette capacité à maintenir les fonctions vitales, mais c’est aussi de pouvoir redémarrer les systèmes », indique sur ce point Pierre-Yves Hentzen, PDG de Stormshield. C’est d’autant plus important que seulement 8 % des entreprises se disent vraiment prêtes à redémarrer, d’avoir cette capacité totale de reconstruction après l’attaque selon le dernier baromètre du Cesin.

Plus largement, l’efficacité opérationnelle doit reposer sur une utilisation optimale des outils de sécurité mais, là encore sur le terrain, c’est bien loin d’être le cas ; Sébastien Viou constate au contraire une sous-utilisation des outils. Il reconnaît par ailleurs que bien trop de solutions circulent dans les entreprises, de l’ordre de 30 à 50 dans les grands groupes en moyenne. De son point de vue, il faut privilégier les solutions qui répondent à 80 % des besoins et donc ne pas trop s’éparpiller vers des applications qui fonctionnent certes bien dans leur tâche, mais qui n’interagiront jamais entre elles et dont le coût final peut vite grimper en les cumulant. En outre, la cyberrésilience doit toujours s’accompagner de formations et de sensibilisation auprès des utilisateurs, c’est ce que pratique régulièrement Eric Vautier, RSSI du groupe ADP (Aéroports de Paris) que nous avons rencontré lors de la soirée des remises de prix des personnalités IT de l’année, tout comme le partage d’informations entre pairs et l’organisation de bug bounty pour tester, via des hackers éthiques, la sécurité numérique des équipements et solutions. A cela, la conformité participe bien évidemment à cette efficacité opérationnelle même si l’application des différents règlements - de NIS 2 à DORA en passant par le CRA (Cyber Resilience Act) - est, pour certains, un casse-tête administratif de plus et participe à l’inflation généralisée. Il faudra bien répercuter tous ces coûts liés à la réglementation quelque part. A noter que le CRA, en forçant fabricants et éditeurs à pratiquer la security by design, pourrait avoir un impact réellement positif pour la supply chain, l’une des sources d’attaques les plus redoutées aujourd’hui. Enfin, pour tous nos interlocuteurs, la cyberrésilience ne peut pas fonctionner si la direction générale n’est pas impliquée et qu’elle ne donne pas les moyens nécessaires et du temps. 

Article 3 sur 5

Zero trust pour ne jamais faire confiance, un déploiement sur le temps long

Par Benoît HuetPublié le 27 février 20263 min de lecture

Selon Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité notamment pour le compte d’Eset, le zero trust doit être diffusé dans la conception d’une stratégie cyber de A à Z : « Typiquement, si je prends l’exemple de l’arrivée du protocole MCP pour les interactions entre les agents IA, on se doit d’appliquer une sécurité de type zero trust, il faut toujours partir du principe que je ne fais confiance à personne. » Ainsi, pour ces agents IA, peuvent être appliquées l'authentification et l'autorisation granulaires pour chaque requête. Il est important pour les entreprises d’adopter ce type de modèles de sécurité au lieu de s'appuyer uniquement sur leurs défenses périmétriques historiques. Même si ces dernières sont indispensables, elles restent une composante d’une stratégie de défense en profondeur plus large selon Jérémie Schram, directeur technique de WatchGuard France, tout en rappelant que dans le concept du zero trust, il n’existe pas de tiers de confiance. Un avis que partage aussi Sébastien Viou, directeur technique de Fortinet, le principe du zero trust ne date pas d’hier, il a toujours été appliqué en cybersécurité. « Il s’inscrit dans une logique de défense en profondeur, de défense des assets sur chaque niveau d’exposition. En revanche, ce qui est plus récent, c’est l’évolution rapide des technologies, SaaS et cloud. Aujourd’hui, nous sommes sur l’application du zero trust à l’applicatif source avec des autorisations pour chaque accès utilisateur ou machine. » 

Pour Pierre-Yves Hentzen, PDG de Stormshield, la confiance doit être explicite et l’identité seule n’est plus suffisante. L’éditeur travaille d’ailleurs sur une nouvelle offre reposant que sur le concept de zero trust en mettant en avant une combinaison de technologies (MFA, système de contrôle de conformité du poste, contrôle contextuel afin de savoir où le poste se connecte, micro-segmentation pour isoler l’attaque dans un segment du réseau, etc.). De son côté, Raphael Marichez, CSO France et Europe du Sud chez Palo Alto, axe son discours sur la confiance accordée aux jeux de données, surtout à l’heure de l’usage des IA Gen. Et pour implémenter le zero trust sur le cycle de vie de la donnée, une compréhension des identités est nécessaire mais, plus largement, il faut savoir comment tout cela circule à plusieurs niveaux (datacenters, API, services SaaS, etc.). « Il faut accepter cette observation globale y compris sur des services tiers », précise-t-il. Raphael Marichez plaide donc pour un rapprochement des outils - chose faite chez Palo Alto avec l’offre unifiée Cortex Cloud (Prisma Cloud + Cortex XDR) - et, par ricochet, des équipes SOC et cloud. C’est d’autant plus important que les SOC n’ont pas de visibilité globale et que l’IA va accentuer cette tendance. En effet, l’agent IA, qualifié d’identité synthétique par le porte-parole de l’éditeur, doit être considéré comme un potentiel malveillant, il faut le surveiller. 

Une démarche en continu

La démarche zero trust consiste à réduire la confiance implicite accordée aux utilisateurs et aux activités menées par le biais des équipements de l'entité. Les demandes d’accès doivent donc être contrôlées de la même manière quelles que soient leurs origines. Et surtout, ces authentifications et autorisations d’accès aux ressources doivent faire l'objet de réévaluations régulières, un point sur lequel insiste régulièrement l’Anssi. L’autorité rappelle aussi que l'adoption d'un modèle zero trust et l'architecture associée ne se substituent aucunement à l'inventaire et au contrôle des terminaux clients utilisés pour accéder aux ressources et aux services. Il conviendra ainsi de continuer d’appliquer les principes de gestion et de maîtrise des risques afin d’assurer la protection du patrimoine. Le zero trust n’est pas la solution miracle car au-delà des aspects techniques, il impose un changement majeur de culture et sa mise en œuvre est continue, sur le temps long pour en tirer des bénéfices. C’est d’autant plus compliqué que sa définition est très variable selon les entreprises. Buzzword ou pas, sa stratégie reste pertinente, mais son succès passera également par un soutien ferme de la direction.

Article 4 sur 5

Le boom des cyberassurances, surtout auprès des PME

Par Benoît HuetPublié le 27 février 20264 min de lecture

Environ 78 % des grandes entreprises ont souscrit à une cyberassurance selon le 11e baromètre du Cesin. « Ces grands comptes sont structurés et disposent souvent en interne d’équipes d’acheteurs », précise Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité pour le compte d’Eset. Contrairement à celles-ci, les PME et ETI subissent une quadruple peine, à savoir des investissements et des ressources en cyber insuffisants en interne, des cibles perçues comme plus faciles pour les attaquants, des risques de faillite bien plus élevés en cas d’attaques majeures et enfin, peu d’entre elles souscrivent à des cyberassurances. Toutefois, les choses évoluent, selon la dernière étude menée par Lucy (Lumière sur la cyberasssurance) et l'Amrae (Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise), la croissance des ETI et des PME ayant souscrites à une assurance cyber en 2024 s'élève à environ 33 %. Et, en moyenne, une PME souscrit une couverture de 1,8 millions d’euros avec une franchise de 18 000 euros pour une prime de 7 030 euros.

Cette progression est à mettre en parallèle à cette prolifération des offres de cyberassurance que nous observons, depuis quelques mois, à l’encontre des PME. C’est par exemple le cas de la société américaine Coalition qui s’est récemment implantée en France et qui a lancé son assurance cyber Active en partenariat avec l'assureur Allianz Commercial et qui s’adresse aux entreprises, de la TPE aux grands comptes, dont le chiffre d'affaires peut atteindre au maximum jusqu'à 1 milliard d'euros. C’est aussi le cas pour la société de services IT Foliateam, qui s’est associée à Colbert Assurances pour proposer cyberProtect+, une offre globale aux ETI et PME. Même les courtiers s’engouffrent sur ce marché comme Lux Courtage, qui a lancé Lux Cyber, le cabinet de courtage HFZ Assurances, qui s’est associé à l'opérateur et fournisseur de services Netalis, les réseaux Nousassurons ou encore Cyberassure, ce dernier soutenant notamment les offres de Stoïk et Dattak. A noter que Stoïk, société française créée en 2021, vient de boucler une levée de fonds de 20 millions d’euros et revendique déjà plus de 10 000 entreprises assurées. Bien sûr, dans ces assurances, des garanties sont proposées comme la perte de données (garantie de répondre aux incidents, perte d'exploitation, etc.), la cyber extorsion (prise en charge de tout ou d’une partie de la rançon) ou encore la gestion de crise 24h/7j pour sécuriser le SI et engager les procédures. 

Tout un volet technique dans une cyberassurance

Au-delà de ces garanties assurantielles assez normalisées, les points différenciants de nombreux contrats se trouvent dans les outils de cybersécurité proposés aux entreprises. Coalition agit, par exemple, comme un éditeur en fournissant des solutions de scan, de surveillance, de gestion de risques et de réponse aux incidents. Sa plateforme, baptisée Coalition Control, permet aux entreprises assurées de bénéficier d'une évaluation complète de leur exposition et de leurs risques, elles reçoivent des alertes concernant les vulnérabilités et les menaces cyber dès qu'elles se manifestent. Les entreprises peuvent également accéder à des services de sécurité, notamment des formations de sensibilisation à la sécurité pour les employés et des services de détection et de réponse managée (MDR). En cas d'incident, les équipes de gestion des sinistres et de réponse aux incidents de Coalition sont disponibles 24h/7j. Depuis 2021, le centre de support en cybersécurité de Coalition a permis de corriger plus de 113 000 vulnérabilités critiques chez ses assurés, nous avait précisé Benjamin Barès, dirigeant de la filiale française et interviewé dans nos colonnes l’été dernier. Idem pour le tandem Colbert Assurances et Foliateam où ce dernier, en tant que prestataire de services, se charge des aspects techniques, il peut ainsi déployer ses solutions combinant EDR, MFA, PRA, authentification, sauvegarde immuable, SOC et sensibilisation des collaborateurs dans une approche que Foliateam a même baptisé Saaafe. Mais surtout, il dispose de son propre datacenter, indispensable pour que l'entreprise piratée puisse déporter ses charges de travail et rester opérationnelle en cas d'attaque. 

Dans la majorité des cas, pour contractualiser des cyberassurances, les entreprises doivent préalablement effectuer un audit qui permet de mesurer leur niveau de sécurisation, par exemple chez le tandem Colbert Assurance- Foliateam, c'est à la charge de ce dernier de réaliser un scoring via l'offre Beareye de son partenaire Bearops. « Nous remettons au client un cyberscore et nous l'accompagnons à améliorer son risque cyber », nous avait d’ailleurs précisé Guillaume Jossé, cogérant de Colbert Assurances lors d’un entretien il y a quelques mois. Attention néanmoins, la cyberassurance ne répond pas à tous les maux, il faut bien lire les petites lignes dans les contrats. 

Article 5 sur 5

La cyberrésilience vue par le Groupe Caisse des dépôts

Par Benoît HuetPublié le 27 février 20262 min de lecture

Comme toutes les entreprises, l’établissement public bancaire Caisse des dépôts fait face à de multiples attaques, et comme le confirme Arnaud Martin, directeur des risques opérationnels pour le groupe Caisse des dépôts. Les menaces sont protéiformes, cela va des attaques DDoS aux fraudes bancaires en passant par les usurpations d’identité sur Mon Compte Formation, dont l’institution financière est garante. C’est donc dans ce contexte que l’équipe de sécurité du groupe, qui compte près d’une centaine de personnes (sur un total de 7 000 employés), reste ainsi toujours aux aguets, la cyberrésilience prend tout son sens et celle-ci passe déjà, selon Arnaud Martin, par cette capacité à disposer d’une hygiène de sécurité, d’avoir les bons fondamentaux en termes de design et d’architectures. « Chaque projet doit être mené avec une approche de security by design », précise-t-il, et d’ajouter : « Ensuite, il faut être en capacité de détecter puis de réagir en bloquant les attaques. Enfin, il faut être capable de reconstruire, si des mesures n’ont pas été prises dans ce sens, cela ne peut pas fonctionner. » Dans cette stratégie, l’organisation dans la gestion de crise est essentielle tout comme les outils d’ailleurs. A ce titre, Arnaud Martin ne recherche pas forcément à aller vers cette plateformisation que souhaitent imposer les acteurs américains au travers de leurs offres, mais affirme plutôt son engagement en faveur d’une sécurité numérique souveraine, il met par exemple en avant l’offre européenne EDR du français HarfangLab, qui ne s’éparpille pas dans de multiples offres. 

En outre, dans cette cyberrésilience, le directeur des risques opérationnels met également en avant l’importance de la sensibilisation et des tests. « Tous les mois, nous faisons des tests de phishing et une fois par an, nous réalisons un exercice grandeur nature où l’on bascule vers notre datacenter de secours durant une quinzaine de jours », donne en exemple Arnaud Martin. D’autre part, des pentests sont régulièrement pratiqués, parfois, des programmes de bug bounty sont organisés. Enfin, les équipes participent à l’exercice national de crise cyber Rempar initié par l’Anssi. De manière générale, le groupe entend poursuivre une gestion saine de la cybersécurité, comme le mentionne Arnaud Martin : « Il ne faut pas être ultra performant sur un sujet et avoir des zones d’ombre d’un autre côté car le cyberattaquant trouvera immédiatement les failles. »