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L'apprentissage statistique déjà opérationnel
Lors d’une conférence au dernier CES 2016 qui s’est déroulé à Las Vegas, Toyota a dévoilé qu’il investissait près d’un milliard de dollars dans un centre de recherche dédié à l’intelligence artificielle en partenariat avec le MIT et l’université de Stanford. L’objectif pour le fabricant automobile nippon est ambitieux puisqu’au-delà de la recherche dans l’automobile pour améliorer la sécurité et l’intelligence du véhicule, il envisage de développer et d’adapter ses complexes algorithmes, issus de ses travaux de recherche, à la mobilité en général pour servir d’autres usages comme les robots, le handicap et bien d’autres projets. On le voit bien, les investissements autour du machine learning sont importants chez certains grands groupes industriels mais surtout chez les acteurs de l’IT et du web comme Microsoft, Amazon, Google et IBM qui voient dans cette technologie l’émergence d’un énorme marché.
« En soi, le machine learning est une technologie assez ancienne, mais à la différence qu’aujourd’hui elle est devenue accessible et abordable », souligne Damien Cudel, chef de marché plateforme applicative chez Microsoft France. Par manque de chiffres concrets, il est encore difficile d’évaluer réellement la taille du marché de l'apprentissage statistique, quelques chiffres circulent chez certains cabinets d’études (IDC, Gartner, etc.) qui font état d’un marché à plus 5 Mds de dollars (ce revenu est souvent donné pour le marché des données globales liées à la statistique qui regroupe entre autre le machine learning). Toutes les entreprises peuvent, quel que soit leur secteur d’activité, exploiter le machine learning pour apporter de nouveaux services et être toujours plus compétitives face à une concurrence accrue : des banques aux assurances pour améliorer la gestion des risques, à la santé pour mettre à la disposition des personnels soignant toujours plus d’outils permettant d’affiner les diagnostics, en passant par le retail pour faire des recommandations aux clients sur des produits spécifiques, aux acteurs de l’énergie et de l’industrie.
Maintenance prédictive chez Thyssen Krupp
A ce titre, l’exemple du fabricant d'ascenseurs Thyssen Krupp, donné par Microsoft, est d’ailleurs très significatif sur les bénéfices du machine learning. En effet, le groupe allemand dispose d’une vision globale sans précédent sur le fonctionnement et la maintenance de ses ascenseurs grâce à la plateforme Azure Machine Learning Service. L’industriel peut détecter à l'avance les comportements anormaux afin de déterminer les pannes et permettre notamment de remplir de façon proactive les camions en pièces de rechange et accélérer ainsi le dépannage chez le client.
Si nous avons souvent pris l’habitude d’associer le machine learning au big data, pour Damien Cudel et pour Pierre Gaudet, le fondateur de Steerfox (voir partie 3), il n’y a pas forcément un lien entre les deux approches, tout dépend des cas d’usages. Par exemple, un e-commerçant qui fait de la recommandation sur un livre a surtout besoin d’algorithmes performants en intégrant que très peu de données. Un autre exemple, celui du statisticien Nate Silver qui s’est appuyé sur des données contenues sur une simple disquette pour prédire l’élection de Barack Obama en 2012. Il faut bien comprendre que l’efficacité du machine learning repose sur la performance de l’algorithme (les algorithmes, étant publics, sont souvent accessibles à tous, bien sûr, des développements d’algorithmes privés enrichissent aussi les plateformes). L’efficacité du machine learning repose aussi sur une préparation rigoureuse en amont des données et la sélection des variables.
Des temps de mise en production très courts
Ces deux dernières années, les annonces se sont succédées à l’image d’IBM et de Microsoft. Microsoft promeut ainsi sa plateforme Microsoft Azure Machine Learning qui fait partie de l’offre globale Microsoft Cortana Analytics Suite (une offre globale qui renferme une vingtaine de briques). « Quelle que soit la complexité des projets, notre offre vise aussi bien les datascientists, les développeurs et les métiers. Le machine learning est à tous les étages. Ce sont surtout les bénéfices qu’importent. Certaines entreprises que nous avons visitées mettent parfois une semaine voire un an à déployer une solution en production alors qu’avec notre plateforme, c’est juste cinq minutes », indique Damien Cudel.
Quant à IBM, il multiplie les initiatives autour de son système cognitif Watson qui intègre aussi des briques de machine learning. D’ailleurs, big blue s’est notamment illustré au dernier CES avec le lancement de la plateforme Watson IoT et des multiples annonces de ses partenaires sur l’usage de cette plateforme comme Medtronic. Ensemble, Medtronic et IBM ont présenté une application de gestion de diabète qui peut prédire les événements hypoglycémiques jusqu'à trois heures à l'avance, assez tôt pour permettre à une personne souffrant de diabète de prendre des mesures en amont d’une déficience potentielle.
De l’importance des API pour IBM
Pour Philippe Bournonhesque, CTO d’IBM France, la force de Watson tient aussi dans l’intégration de ses API (reconnaissance de la parole, vidéo, etc.). « L’objectif est que le développeur puisse disposer d’une bibliothèque d’API pour concevoir son application. Watson Oncology Advisor sur la recherche autour du cancer est un exemple d’application. A partir de ces API, il est possible de développer une multitude d’applications métiers pour la prise de décisions, pour la découverte ou pour l’engagement. Plus généralement, nous comptons déjà de nombreux partenaires qui travaillent autour de Watson à l’image de Sopra Steria qui a ouvert un centre Watson à Lille afin d’aider ses clients à créer et à déployer de nouvelles applications. » Chez IBM, l’apprentissage machine est également présent dans les solutions traditionnelles de l’éditeur comme l’analytique avec Analytics Server pour traiter les énormes quantités de données ou derrière l’offre « Customer Insight for… » qui croise des données multi sources en fonction de critères bien précis des utilisateurs (mode de vie, personnalité, comportement, etc.). Enfin, IBM souhaite aussi imposer sa bibliothèque d’algorithmes en open source System ML (Machine Learning) à l’industrie IT, une sorte de SQL du machine learning.
Les géants du web sont également très en pointe dans ce domaine de l'apprentissage machine comme Amazon web services avec Amazon Machine Learning. La société américaine BuildFax, qui produit un certain nombre d’indices autour de la construction immobilière, utilise l’application d’Amazon pour créer des modèles prédictifs en quelques secondes pour les assureurs et les constructeurs. Bref, pour Amazon, les cas d’usages sont nombreux, de la détection de fraudes à la prévision de la perte de client en passant par la modélisation des tendances pour les campagnes marketing.
Des cours qui se généralisent dans les écoles
Le machine learning, comme toute technologie innovante et naissante d’un point de vue commercial, réclame des compétences et elles ne sont pas encore si répandues, mais les écoles supérieures ont bien compris l’importance de ce marché et ont déjà ouvert un certain nombre de cursus dédiés. Certains fournisseurs comme Microsoft s’engagent d’ailleurs auprès des centres de formation et des écoles. L’éditeur américain a notamment passé des accords avec l’Ensae (École nationale de la statistique et de l'administration économique) et l’Ensai (École nationale de la statistique et de l'analyse de l'information) pour former les étudiants aux technologies Machine Learning de Microsoft. De son côté, Philippe Bournonhesque, CTO IBM France, indique qu’il existe aujourd’hui de nombreuses écoles d’ingénieurs qui dispensent des formations et des cours sur ces technologies du Machine learning. En complément, IBM a même créé un site web dédié (bigdatauniversity.com) qui aborde bien sûr le big data, l’analytique et les approches de l’apprentissage automatique.