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Les emplois menacés par les intelligences artificielles
L’intelligence embarquée qu’elle soit dans les robots, dans les ordinateurs ou dans diverses applications représente-t-elle une menace pour l’emploi ? Assurément pour Benoit Hamon, candidat à l’élection présidentielle et même pour Bill Gates le fondateur de Microsoft qui ne s’opposent pas, tous deux, à l’application d’une taxe, du moins sur les robots, lesquels représenteraient à terme une vraie menace pour l’emploi dans de nombreux secteurs. En soi, il y a déjà bien longtemps que l’usage des robots et de l’automatisation en général ont supprimé des emplois notamment dans le domaine industriel comme le textile, l’agro-alimentaire ou l’automobile. Prenons l’exemple des chaines de montage des principaux fabricants de véhicules, elles sont entièrement automatisées depuis la généralisation des robots industriels et des systèmes experts qui a débuté dans les années 80. Aujourd’hui, une chaine de montage automatisée est capable de répondre à tous les besoins et tâches : soudage, forgeage, laser ou palettisation, jusqu'à la peinture et le montage final, et ce, sans quasi d’intervention humaine hormis quelques opérateurs pour superviser les chaines automatisées. Mais depuis cinq ans, les choses s’accélèrent fortement, les progrès concédés dans l’intelligence IT et les nouvelles technologies en général (big data, machine Learning, deep learning, algorithmes etc.) sont spectaculaires aidés en cela par d’énormes puissances de calcul.
La loi de Moore, toujours bien d’actualité
La loi de Gordon Moore révisée (l’un des trois fondateurs d’Intel) est plus que jamais d’actualité et contrairement à ce qui se dit, les limites physiques sont loin d’être atteintes dans la miniaturisation des composants. D’ailleurs, à en croire les chercheurs, dans le secteur des semi-conducteurs, le problème n’est pas technique (de nombreux matériaux, autre que le silicium, restent à explorer) mais économique car plus on miniaturise plus cela coûte cher. Grâce à toute cette puissance de calcul et cette intelligence embarquée, les robots n’ont pas fini de progresser et remplaceront les humains dans de nombreux domaines des services à domicile aux tâches administratives et bureautiques dans la banque, les assurances en passant par le transport - notamment les conducteurs avec les véhicules autonomes - et même la santé avec la chirurgie robotisée. Jean- François Marcotorchino, ex-directeur scientifique Thales Division SIX chez Thales Communications et Sécurité et actuellement professeur d'université à Paris-VI, prévient que ce sont surtout les emplois fortement automatisables qui seront les premiers concernés : « Les téléopérateurs, les manutentionnaires, les réceptionnistes ou encore les hôtesses d’accueil, pour tous ces métiers fortement automatisables, l’intelligence artificielle représente une menace dans les cinq ans à venir. Puis, dans un second temps, dans une décennie, d’autres postes seront touchés comme le traducteur, le cadre intermédiaire, l’employé commercial… »
Des millions d’emplois concernés dans le monde
Selon une étude menée par la Forum économique mondiale (sur les 15 plus grandes économies mondiales qui représentent 65 % de la main d’œuvre), d’ici à 2020, les robots pourraient remplacer 7,1 millions d’emplois dans le monde. Déjà en 2013, Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, deux professeurs d’économie de l’Université d’Oxford, indiquaient, dans une étude intitulée Futur de l’emploi, que 47 % des emplois aux Etats-Unis étaient menacés par l’automatisation logicielle et matérielle. Les emplois concernés sont très divers, des télémarketeurs aux hôtesses d’accueil en passant par la production manufacturière et les métiers liés au transport et à la logistique. En France, le cabinet Roland Berger faisait le même constat dans son étude « Les classes moyennes face à la transformation digitale », publiée en octobre 2014, dans laquelle il stipulait que 3 millions d’emplois pourraient être détruits par la numérisation à l’horizon de 2025 et 42 % des métiers présenteraient une probabilité d’automatisation forte du fait de la numérisation de l’économie, et pas seulement les métiers manuels, mais également les tâches intellectuelles toujours plus nombreuses à être prises en charge par les outils numériques.
2 questions à Jade Le Maître, CTO & co-fondateur, Hease Robotics
Selon vous, la robotisation représente-t-elle une menace sur certains métiers ?
De mon point de vue, la révolution qu’entraîne la robotique est du même calibre que la révolution industrielle ou bien la révolution du numérique. Selon Thomas Frey (ex d’IBM et fondateur du centre de prospective Da Vinci Institute), 60 % des métiers sur les dix prochaines années n'ont pas encore été inventés. Sans aucun doute, une grande partie de ces métiers sera liée à la robotique. La robotique va être destructrice d’emplois à court terme (autant au niveau des cols bleus que des cols blancs), mais va aussi engendrer une manne inépuisable de nouveaux emplois sur le long terme ! C’est notre posture éthique chez Hease Robotics ; c’est aussi pour cela que nous souhaitons que notre robot Heasy intervienne comme un complément du personnel d’accueil et/ou de vente, afin de le décharger des tâches les plus ingrates, et surtout lui permettre de passer plus de temps en conseil et en vente, c’est-à-dire en interactions plus riches de sens avec les clients humains. Personnellement, je vois les robots comme un moyen d’amplifier mes capacités et non comme une menace. Certes, je ne souhaite pas qu’un robot garde un jour mes enfants, je préfère qu’il me décharge de mes tâches administratives afin de passer plus de temps avec ma famille !
Une taxe sur les robots et l’automatisation comme le souhaitent certains politiques et même Bill Gates, qu’en pensez-vous ?
Je suis défavorable à la fameuse taxe Robot mais favorable à un dialogue sur la position du robot dans la société, et sur la manière dont notre société va évoluer. En effet, actuellement la taxation du travail humain fait tourner la machine budgétaire des aides sociales – notre société a donc son modèle basé sur la « valeur travail », mais est-ce que cela veut dire que cette « valeur travail » est la seule méritant d’exister ? C’est un débat presque philosophique, dont la question mérite d’être posée.
Je ne suis pas sûre, par contre, que taxer les robots (qui sont déjà soumis à la TVA) va permettre de résoudre ce problème. Alors, pourquoi ne taxons nous pas une grue qui fait le travail d’une dizaine de manœuvres pour porter des blocs de béton en haut d’un édifice en chantier ? Pourquoi ne taxons nous pas Excel, un logiciel tableur qui remplace les calculateurs manuels ? Il ne faut pas oublier que le plan Robot Start PME a démontré que l’introduction d’un premier robot sur une chaine de production permettait à l’entreprise de ne pas avoir à délocaliser, elle gagne même en compétitivité et est indirectement créatrice d’emploi.
Jade Le Maître, CTO & co-fondateur de Hease Robotics, est le créateur du robot d’accueil Heasy destiné aux secteurs de la distribution et l'hôtellerie.