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Blockchain : De l'innovation à l'emballement

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Depuis notre dossier spécial blockchain de l'an dernier, l'intérêt pour cette technologie ne se dément pas, elle fait toujours la une de toutes les prédictions des cabinets d'études et de nombreux prestataires IT. Mais au-delà des prédictions, la blockchain s'industrialise avec des projets qui fonctionnent en production.

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Article 1 sur 6

Flambée des ICO en attendant la régulation

Par La RédactionPublié le 3 mai 20186 min de lecture

« Après deux années de sensibilisation et d’acculturation à la blockchain et une fin d’année 2017 plutôt calme en termes de projet, l’effervescence semble repartir depuis le début de l’année surtout avec la partie trading monétaire et, par effet de bords, des ICO », indique Frédéric Panchaud, directeur de l’offre Blockchain chez Viseo. Effectivement, depuis la flambée et la dégringolade du Bitcoin (près de 20 000 $ début décembre 2017 contre environ 6000 $ aujourd’hui), l’effervescence autour des crypto-monnaies et des ICO (Initial Coin Offering) est bien présente. Les ICO, qui constituent une alternative au financement par capital-risque, consistent donc à effectuer des levées de fonds en monnaie virtuelle pour financer un projet, le plus souvent des projets associés à la blockchain. La première a été celle d’Ethereum en 2014 qui avait levé 18 millions de dollars en quelques semaines.

Ces ICO connaissent un véritable succès ces derniers mois. En 2017, plusieurs milliards d’euros et de dollars (selon CB Insights et TokenData) ont ainsi été levés dans le monde par des entrepreneurs et par des entreprises hormis en Chine ou en Corée du Sud où les ICO sont interdites. En Europe, c’est peut-être la Suisse (la Crypto Valley à Zoug) qui se profile d’ailleurs comme la City des ICO avec près d’un milliard de dollars levé en 2017. Et ce n’est que le début, selon une étude intitulée Investor Perception Crypto-Currencies et réalisée au Royaume-Uni auprès d’investisseurs et de professionnels du secteur financier, 59 % des personnes sondées estiment que la valorisation globale des crypto-monnaies va dépasser les 1 000 milliards de dollars dans les trois ans à venir. Deux grands exemples récents d’ICO : Telegram, le spécialiste très controversé de la messagerie cryptée qui aurait déjà levé plus de 800 millions de dollars en février dernier et Kodak qui lance son Kodak Coin, sa propre crypto-monnaie utilisée pour la création d’une plateforme blockchain dédiée à la gestion des droits d'auteur pour les photographes. Lors de cette annonce en janvier dernier, l’action de Kodak est d’ailleurs passée de 3 à 12 dollars en 24 heures.

Ce contexte crée un environnement monétaire virtuel anarchique où le nombre de crypto-monnaies devient astronomique, le site Coinmarketcap en recense plus de 1560 avec bien sûr le leader, le Bitcoin, qui représente environ 30 % de la valorisation totale de toutes les monnaies confondues, suivi de l’Ethereum et du Ripple. Emilien Ercolani, chief marketing officer de Chaineum, souhaite néanmoins clarifier les liens entre la monnaie virtuelle et les jetons produits par les ICO : « les jetons (tokens en anglais) émis lors de l’ICO sont souvent apparentés, par erreur, à une monnaie virtuelle. Par exemple, pour l’ICO de DomRaider opérée par nos soins, le jeton sert dans le système d’enchère mis au point mais en aucun cas ce token n’a vocation à payer votre bière contrairement au bitcoin (ndlr : En Angleterre, quelques pubs acceptent effectivement les bitcoins, en France également avec certains commerces situés dans le Passage du Grand Cerf à Paris). »

La France aussi dans les starting-blocks des monnaies virtuelles

En France, les ICO devraient se multiplier cette année. Par exemple Talao, cette start-up toulousaine souhaite lever 60 millions d’euros pour financer sa plateforme blockchain de mise en relation entre travailleurs indépendants et entreprises. C’est Havas, la filiale de Vivendi, en partenariat avec Blockchain Partner, qui accompagne Talao dans le montage de cette ICO. Le fonds français Truffle Capital prépare aussi une ICO pour sa start-up Money Track qui développe un système de paiement dirigé dans la blockchain. De son côté, Chaineum a récemment finalisé l’ICO de Naviaddress, une plateforme russe d’adressage numérique, et planifie déjà plusieurs projets d’ICO à venir. « Cette année, déjà cinq ICO sont planifiées dont la plus importante en France avec Money by Design pour une levée de fond de 300 millions d’euros (ndlr : pour financer un projet monétaire de blockchain institutionnel). Je peux aussi vous citer Hush, une néo banque ou encore Multiven qui souhaite créer une place de marché décentralisée pour acheter et vendre des ressources IT (matériels, logiciels et services) », précise Emilien Ercolani. A ce titre, Chaineum souhaite devenir la première banque d’affaires crypto et ne cache pas ses ambitions internationales (bientôt une présence au Québec, en Suisse à Zoug dans la Crypto Valley, au Danemark, en Espagne et à Singapour). Chaineum a aussi lancé sa première plateforme investisseurs pour les ICO, compatible avec les protocoles Ethereum ERC20 et Stellar. A noter que si la grande majorité des ICO se lancent aujourd’hui sur Ethereum avec le protocole ERC20 (utilisant des smartcontracts), d’autres réseaux montent en puissance dont ceux de Stellar, Neo ou encore Waves.  

Attention aux arnaques

Toute cette frénésie autour des ICO n’est pas sans risque car elle incite de nombreux individus à spéculer sur des crypto-monnaies extrêmement volatiles ou à créer des entreprises sans réelle valeur ajoutée. C’est d’autant plus simple que la réglementation française est, pour l’heure, inexistante comme dans bon nombre de pays. L’AMF (Autorité des marchés financiers en France) met toutefois en garde contre les risques associés aux ICO et aux émissions de jetons (voir encadré) et pourrait envisager de légiférer en définissant un cadre juridique. Le gendarme de la bourse pourrait ainsi obliger le bénéficiaire d’acquérir un visa optionnel, bref d’effectuer une simple demande de commercialisation de ses jetons. Ce visa empêchera-t-il, malgré tout, les nouvelles menaces qui planent sur les ICO ? Pas si sûr… Récemment, les chercheurs de Kaspersky Lab ont découvert une douzaine de faux sites très crédibles se proclamant comme étant des sites d'investissement pour une ICO de l'application de messagerie Telegram. Un enregistrement des transactions sur l'un des sites révèle que les escrocs ont déjà pu dérober au moins 35 000 dollars de valeur Ethereum. En France, aucune banque n’accepte de travailler sur ces projets d’ICO. Les acteurs du marché français sont donc obligés de se tourner vers des établissements financiers hollandais ou luxembougeois pour boucler leurs opérations. A un moment ou un autre, il est toujours nécessaire de convertir ses crypto-monnaies pour revenir dans le réel afin de payer ses fournisseurs et créanciers comme l’Urssaf pour les cotisations sociales sur les salaires.

Des jetons échangeables en crypto-monnaies

Pour effectuer une levée de fonds via une ICO, une entreprise émet des tokens (ou jetons numériques) dont la valeur est déterminée en amont comme dans une classique introduction en bourse via une IPO (Initial Public Offering). Ces jetons sont émis depuis une plateforme de registre distribué et partagé à de multiples investisseurs présents sur le web. Une fois ces tokens acquis par les investisseurs, ils sont transformés en monnaie virtuelle (bitcoin par exemple ou autre crypto- monnaie) qui permet à l’entreprise de financer, par la suite, son projet blockchain. Aux Etats-Unis, suite à l’affaire The DAO, les jetons sont classés en deux catégories, les utilities qui peuvent être échangés contre des biens ou services à l’image de la société Filecoin, par exemple, qui a levé 257 millions de dollars en commercialisant des jetons qui permettront aux utilisateurs d'accéder à sa plateforme de stockage Cloud décentralisée, et les securities assujettis à la réglementation fédérale (via la SEC) sur les valeurs mobilières.

Par exemple, si une start-up remplit toutes les obligations réglementaires, la classification des jetons de sécurité crée un potentiel pour une grande variété d'applications, la plus prometteuse étant la possibilité d'émettre des jetons représentant des actions de la société. Précisons qu’un citoyen américain n’a pas le droit de participer à une ICO étangère. En France, l’AMF est plus souple que son équivalente américaine, il n’y a pas d’obligation ou de réglementation à l’heure actuelle sur l’émission de jetons qui peuvent se transformer sous différentes formes (contribution financière, valeur spéculative sur le marché secondaire, droits d'usage de services, gouvernance). Dans une ICO française, il n’y a en revanche pas de dissolution dans le capital, la personne ne devient donc pas actionnaire de l’entreprise.

Article 2 sur 6

Vers une identité auto-souveraine dans la blockchain

Par La RédactionPublié le 3 mai 20183 min de lecture

Créer un réseau d’identité numérique mondial dans la blockchain, c’est l’idée de la fondation Sovrin, une communauté qu’IBM a récemment rejoint. Sovrin utilise, en effet, une technologie de registre distribué permettant de sécuriser les échanges d’informations cryptées et prouver ainsi l'identité numérique d'un individu. Derrière cette initiative, l’objectif est bien de créer un nouveau lieu de confiance sans intermédiaire où les personnes et les différentes organisations peuvent partager en toute sécurité des informations privées. Pour illustrer son idée, Phil Windley, président de Sovrin, indique que les systèmes d'identité existants présentent de nombreuses failles, avec plus de 2,9 milliards d'enregistrements compromis dus à divers incidents de sécurité dans l'industrie en 2017. Selon ses dires, ces brèches de sécurité coûteuses et dommageables sont la conséquence de l’absence d’une véritable couche d’identité sur le web. Le but du réseau Sovrin (basé des standards émergeants du 3WC) est de combler cette couche inexistante. Pour augmenter les capacités réseau de Sovrin dès 2018, IBM va donc mettre à disposition des ressources (compute, réseau, sécurité…). A noter que la fondation Sovrin regroupe déjà 22 membres dont une unité innovation de Deutsche Telekom ou encore SICPA, un spécialiste de la sécurité des billets de banque, de passeport, etc.

L’alliance ID2020 pour donner une identité aux plus démunis

La fondation Sovrin n’est bien sûr par la seule blockchain d’une identité auto-souveraine. Par exemple, Microsoft prévoit de créer sa propre plateforme d'identification numérique basée sur la blockchain qui permettrait aux utilisateurs de contrôler l'accès à des informations sensibles en ligne via un hub de données cryptées. A ce titre, l’éditeur de Redmond a rejoint en janvier dernier l’alliance ID2020 regroupant des organisations publiques et privées (ONG, gouvernements, entreprises numériques dont Accenture est membre fondateur). L’objectif de ce consortium est d’aider les 1,1 milliard de personnes dans le monde à attester de leur identité et de leur donner ainsi accès à un large éventail d’activités et services, notamment l’éducation, la santé, le vote, la banque, la téléphonie, le logement, les services sociaux ou encore la garde d’enfants. En 2017, Accenture, en partenariat avec Avanade, avait d’ailleurs développé un prototype de gestion des identités basé sur la technologie blockchain et hébergé sur la plateforme Cloud Microsoft Azure. Ce prototype était conçu pour interagir avec les systèmes de gestion d’identité déjà existants, de telle sorte que les informations personnellement identifiables soient systématiquement « hors chaîne ».

A noter qu’il est conforme aux principes de la Decentralized Identity Foundation (fondation pour l’identité décentralisée), dont Microsoft est membre fondateur, et qu’il utilise un protocole de blockchain privé développé par l’initiative Enterprise Ethereum Alliance. En outre, il existe bien d’autres initiatives sur la gestion des identités numériques dans la blockchain, en France par exemple, avec les start-ups Stratum et Utocat qui font partie du consortium LaBChain initié par La Caisse des Dépôts dont plusieurs grandes banques et groupes d’assurances sont également membres (Allianz, Groupama, BNP Paribas, etc.). Afin de se mettre en conformité sur le règlement KYC (Know Your Customer ou Identification et connaissance de la clientèle) et prévenir ainsi de l'usurpation d'identité, de la fraude financière, du blanchiment d'argent et du financement du terrorisme, les membres de la LaBchain ont débuté, dès 2016, leurs premières études, suivies par des PoC, en utilisant la blockchain permettant d’identifier les intervenants (clients, contreparties, etc.) dans le cadre des transactions sur la blockchain et partager ces données entre les parties prenantes d’une transaction en toute sécurité.

Article 3 sur 6

La blockchain s'impose dans les entreprises

Par La RédactionPublié le 3 mai 20182 min de lecture

« Partager quelque chose avec un niveau de confiance limité sans aucun système de centralisation, ces trois conditions, nous les retrouvons dans une multitude de domaines et pas seulement du côté des Fintechs et des nouveaux moyens de paiement. Prenons l’exemple du cadastre de la Suède qui utilise désormais la blockchain », souligne Emmanuel Giorgi, directeur de Keyrus Management. A l’image du Brésil, la Suède est l’un des premiers pays à mettre son registre foncier sur la blockchain pour faciliter et sécuriser les transactions foncières. L’intérêt des administrations publiques pour la blockchain n’est d’ailleurs pas une nouvelle en soi, toutes s’y intéressent, quelques pays sont même des précurseurs comme l’Estonie.

Des projets très demandés autour de la traçabilité

Vue des entreprises, la blockchain suscite aussi de la curiosité, surtout pour des projets liés à la logistique et la traçabilité. En cela, l’exemple de Carrefour est intéressant, le géant de la distribution utilise, en effet, une blockchain basée sur Ethereum et hébergée dans un cloud privé pour apporter aux consommateurs les informations liées au million de poulets d'Auvergne qu'il vend chaque année. A l’instar de Carrefour, un grand groupe de chimie exploite la blockchain pour tracer la matière végétale guar utilisée dans les shampoings (gomme épaississante). Ce projet mené par Keyrus est opérationnel depuis 6 mois. « Dans cet exemple, il est important d’avoir une trace auditable de cette matière guar entre les différents producteurs, les coopératives, les industriels et les affréteurs maritimes. Chaque transaction est ainsi enregistrée dans une blockchain, on peut ainsi suivre comment la gomme guar passe d’une main à une autre. C’est un projet de blockchain privée qui n’est pas ouvert à tous. Nous l’avons réalisé en utilisant la plateforme Stratumn, Keyrus s’est notamment chargé de la création des interfaces », détaille Emmanuel Giorgi. Selon l’ESN, les bénéfices de ce projet pour le groupe de chimie sont immédiatement perceptibles déjà sur la simplification du traitement backoffice en supprimant les opérations manuelles, ensuite sur la sécurité en éliminant les erreurs de suivi et enfin sur le coût, il n’est, en effet, pas nécessaire de disposer d’un lourd système central comme un ERP par exemple.

Article 4 sur 6

Vers un passeport numérique du véhicule infalsifiable chez Renault

Par La RédactionPublié le 3 mai 20182 min de lecture

« Renault est venu nous voir avec une idée bien précise, à savoir la réalisation d’un carnet qui enregistre dans une blockchain l’ensemble des opérations concernant l’entretien du véhicule. Par exemple, pour le changement d’un pneu, toutes les opérations sont répertoriées : quelle date ? Quel pneu ? Et à quel prix ? Ce projet ne prend pas encore la traçabilité du pneu jusqu’à l’usine de fabrication », résume Frédéric Panchaud, directeur offre Blockchain chez Viseo. Derrière ce POC, l’objectif pour le constructeur automobile est que le client de demain puisse enregistrer et conserver toutes les informations concernant son véhicule dans un carnet d’entretien unique, sécurisé et dématérialisé. Pour ce projet, la réponse technique a donc été d’effectuer l’ensemble des développements sous la plateforme Microsoft Azure Blockchain as a Service.

Viseo s’est aussi appuyé sur la start-up chinoise BitSe qui disposait déjà en Chine d’une solide expérience de la blockchain dans le domaine de la traçabilité. Viseo a donc supervisé l’architecture technique du projet mais aussi le design utilisateur via une interface responsive. A l’issue positive de ce projet qui a duré un peu moins de trois mois, plusieurs bénéfices sont perceptibles. Déjà, ce carnet peut être partagé à la fois chez les concessionnaires Renault mais aussi avec les autres réparateurs impliqués dans cet écosystème. Ensuite, avec la blockchain, l’utilisateur dispose, en temps réel, de l’ensemble des opérations et des actions réalisées et donc d’une traçabilité infaillible. La technologie blockchain assure la conservation, la sécurisation et la transparence des données.

« Au fur et à mesure de la maîtrise de ce projet, les utilisateurs chez Renault ont souhaité illustrer d’autres thématiques, comme la remontée d’informations sur la conduite, mais aussi d’impliquer un assureur dans le consortium. Avec ces évolutions, Renault passe ainsi du simple carnet d’entretien à un véritable passeport numérique regroupant l’ensemble des données du véhicule », précise Frédéric Panchaud qui ne communique pas plus de détails sur ce projet pour des raisons de confidentialité. Cela dit, la publication de cette annonce a eu un effet retissant au niveau national et international. Les différents partenaires de ce projet ont été contactés par de nombreux acteurs mondiaux dans le domaine de l’automobile.

Article 5 sur 6

Une TrustChain joaillerie pour tracer les bijoux

Par La RédactionPublié le 3 mai 20185 min de lecture

Confrontées à la difficulté de prouver l'authenticité de leurs produits, plusieurs entreprises joaillières ont lancé un registre électronique distribué en ligne basé sur blockchain. Celui-ci doit permettre de suivre la provenance des diamants et des bijoux dans la chaîne d'approvisionnement. Appelée TrustChain Initiative, cette chaine de confiance s’appuie le service blockchain d'IBM : grâce à la plateforme en ligne, les acheteurs de bijoux peuvent vérifier la provenance des colliers, bracelets, bagues en or et diamants et suivre les pierres précieuses depuis le lieu d’extraction jusqu'au comptoir du détaillant.

Le système s’appuie également sur le service de vérification indépendant Underwriter Laboratories (UL) et sur cinq sociétés de diamants et de bijoux qui représentent l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, à savoir Rio Tinto Diamonds (fournisseur de diamants pour Proof of Concept seulement), Leach Garner (fournisseur de métaux précieux), Asahi Refinery (raffinerie de métaux précieux), Helzberg (détaillant américain de bijoux) et le Richline Group (fabricant mondial de bijoux). « Cette initiative est importante pour notre industrie au moment où nous cherchons à promouvoir une plus grande responsabilité collective et à renforcer les pratiques en matière de provenance », a déclaré dans un communiqué Mark Hanna, directeur marketing du groupe Richline. « Le réseau Trustchain travaille toujours à la mise au point du processus qui permettra aux consommateurs de vérifier la provenance des bijoux qu'ils achètent », a déclaré un porte-parole d'IBM.

Martha Bennett, analyste principale chez Forrester Research, a déclaré que si le réseau de chaîne de blocs est une « initiative louable » et un « bon départ », il faudra qu’elle réunisse plus de participants pour gagner du terrain. « Je ne sais pas combien de types de bagues différents devra suivre un bijoutier, mais sans aucun doute plus de six », a déclaré par courriel Mme Bennett à propos du réseau qui permettra de suivre des bagues de fiançailles dans un premier temps. « Pour l’instant, on ne peut pas dire que ce déploiement est conséquent. Il sera intéressant de voir comment cette initiative se combine avec les systèmes de suivi des diamants proposés par Everledger et De Beers ».

En 2016, Everledger Ltd, dont le siège est à Londres, a également utilisé le service de chaine de blocs d'IBM pour créer un réseau de chaîne d'approvisionnement qui lui permet d’enregistrer et de suivre les diamants. En décembre, De Beers, qui contrôle environ 35 % de la production mondiale de diamants, a annoncé son intention de lancer un réseau blockchain à l'échelle de l'industrie pour suivre les diamants. En plus de vérifier l'authenticité d'un diamant, le réseau De Beers Blockchain pourra prouver que les pierres précieuses ne sont pas extraites dans des régions dévastées par la guerre où la vente des pierres précieuses pourrait servir à financer des conflits. « Chaque événement ou chaque interaction enregistrée dans la chaîne devient un « bloc » dans lequel sont enregistrées des informations, des données ou les caractéristiques uniques d’un diamant au fur et à mesure qu'il avance dans la chaîne de valorisation. Chaque bloc devra être vérifié par la communauté blockchain avant d’être ajouté à la chaîne de blocs », explique encore De Beers dans un document marketing. « L’ajout de chaque nouveau bloc enregistré accroit la chaîne de blocs. Attachés les uns aux autres, les blocs constituent la signature digitale de chaque diamant ».

Le réseau TrustChain assurera également la vérification numérique, la vérification physique des produits et des processus, ainsi que la surveillance par un tiers indépendant (Underwriter Laboratories-UL) des bijoux provenant des cinq entités. L’objectif de cette collaboration est de donner confiance dans l'origine des bijoux et de montrer qu’une communauté d’industries responsables adopte une attitude éthique par rapport à une chaîne d'approvisionnement complexe. Selon un rapport d'Allied Market Research, le marché mondial des registres distribués représentait 228 millions de dollars en 2016 et devrait atteindre 5,4 milliards de dollars en valeur d'ici 2023, avec un taux de croissance annuel combiné de 57,6 % au cours des cinq prochaines années. Le suivi de la chaîne d'approvisionnement devrait être l'un des premiers et plus importants usages de la technologie de la chaîne d'approvisionnement, comparable à l’échange de devises transfrontalier du secteur bancaire.

Des blockchains privées à usage interne 

Selon Paul Brody, leader mondial de l'innovation pour la technologie de la chaîne de blocs d'Ernst & Young (EY), au cours des 18 derniers mois environ, le marché de la chaîne de blocs est passé d'une phase « d’explication » (des diapositives PowerPoint) à une phase « de preuve » (la présentation de cas d’usages opérationnels). « Et maintenant, nous sommes passés à la phase de la mise en œuvre », a déclaré Paul Brody dans un courriel précédent. « Nous le constatons dans notre métier : les clients font avancer leurs projets vers une mise en production et nous avons des conversations semblables avec d'autres acteurs de l'industrie ». Bill Briggs, CTO de Deloitte, est du même avis : « Dans tout l’éventail industriel, on trouve des concepts éprouvés, des pilotes qui basculent maintenant en production pour des opérations de validation de la chaîne d'approvisionnement ou de vérification de la qualité sanitaire des aliments. Et cela concerne aussi bien des entreprises de produits grand public que des entreprises industrielles. Même des entreprises du secteur des sciences de la vie commencent à entrer dans le cercle ».

On voit aussi fleurir des chaînes de blocs privées ou « autorisées » à l'intérieur des murs d'une entreprise ou entre des partenaires de confiance et administrées de manière centralisée, qui permet de conserver le contrôle sur les accès à l'information qui circule sur le réseau. Il arrive également que la chaine de blocs soit utilisée entre partenaires commerciaux, par exemple un fournisseur de cloud, un fournisseur de services financiers et ses clients ou entre des bijoutiers et leurs fournisseurs.

Article 6 sur 6

Ethikchain parie sur la traçabilité des aliments

Par La RédactionPublié le 3 mai 20181 min de lecture

« Suite au scandale de la contamination des œufs au fipronil, j’ai décidé d’apporter aux consommateurs une réelle traçabilité des produits en leur donnant toutes les informations du producteur à l’assiette via un QR Code », souligne Nicolas Guarino, fondateur de Ethikchain. Briser l’opacité de la chaîne de la logistique des aliments, les consommateurs sont effectivement toujours plus nombreux à le demander et la blockchain est la technologie qui permet de le faire sans intermédiaire. L’application Ethikchain est actuellement en cours de développement, une version bêta est prévue pour le mois de juin, la version finale et téléchargeable sera, selon le fondateur, disponible dès septembre ou octobre.

Techniquement, Ethikchain s’appuiera sur la blockchain d’Ethereum mais le travail le plus important réside dans l’interface. « Pour inciter les producteurs à adhérer à l’écosystème, il faut simplifier au maximum l’application », précise Nicolas Guarino. Les enregistrements à chaque étape de la logistique (producteur, transporteur, abattoir, distributeur, etc.) se feront via un QR Code. Selon Nicolas Guarino, une dizaine de producteurs semble séduits par cette idée, Ethikchain cible dans un premier temps les circuits courts et bio. « A terme, je n’exclue pas de travailler avec les industriels à condition qu’ils jouent le jeu en respectant notre cahier des charges », conclut Nicolas Guarino.