Le GPU est la pierre angulaire dans le traitement des modèles IA, sans sa présence pas d’IA à grande vitesse telle que nous la connaissons aujourd’hui. Dans ce domaine, Nvidia est l’acteur incontournable, le concepteur de ses puces détient un quasi-monopole sur ce marché, soit 90 % dans les serveurs selon IDC et même 92 % de parts de marché pour les cartes graphiques desktop selon le cabinet Jon Peddie Research. De plus, Nvidia fait la différence avec son écosystème logiciel notamment le kit d’outils Cuda qui fournit un environnement complet dédié à la création d’applications. Une telle domination laisse donc très peu de place à la concurrence, la demande des derniers GPU Blackwell B300 et GB200 est très soutenue, par exemple, Oracle va acheter 400 000 GPU GB200 (100 000 dollars par puce GB200) pour son datacenter d'Abilene au Texas (lien vers https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-oracle-securise-le-datacenter-d-openai-en-commandant-pour-40-md$-de-gpu-nvidia-96961.html). Le GPU, c’est l’ADN de Nvidia et il est très en avance techniquement. Par exemple, sa super puce GB200 (nom de code Grace Blackwell) combine deux GPU Blackwell connectés via NVLink C2C à un processeur Grace, elle offre jusqu'à 384 Go de mémoire HBM3e avec une bande passante mémoire de 16 To/s. Pour traiter des modèles très complexes d’IA dotés de plusieurs milliards de paramètres, Nvidia propose même le système GB200 NVL72 permettant de connecter 36 CPU Grace et 72 GPU Blackwell via un modèle rackable à refroidissement liquide et reliés entre eux via NVLink-C2C (900 Go/s de bande passante). Les instances GB200 NVL72 peuvent même évoluer jusqu'à 110 000 GPU Blackwell avec le réseau Quantum-2 InfiniBand de Nvidia. Plusieurs fournisseurs, les partenaires NCP (NeoCloud Provider) de Nvidia, proposent déjà des instances Grace Blackwell à l’image de CoreWeave. Par exemple, IBM utilise déjà les services de ce dernier pour entrainer ses modèles d'IA open source Granite utilisés pour watsonx Orchestrate.
Et à sa dernière GTC, Nvidia a lancé son Blackwell Ultra, qui combine deux GPU de la taille d'un réticule. Cet accélérateur, fabriqué en 3 nm chez TSMC, intègre 208 milliards de transistors avec 288 Go de mémoire HBM3e, accompagnée d'une bande passante NVLink de 130 To/s et une connectivité réseau de 14,4 To/s. Selon Jensen Huang, « Blackwell Ultra représente une transition fondamentale dans l'architecture informatique, apportant une réponse directe aux exigences croissantes en calcul intensif et en IA. » Côté performance, l’Ultra fournit 15 pétaflops en FP4. Ces spécifications répondent directement aux besoins en temps réel des applications IA avancées telles que les modèles génératifs et le raisonnement complexe. Blackwell Ultra est disponible dans la solution en rack GB300 NVL72 (36 puces Grace sur base Arm et 72 GPU Blackwell Ultra), le système HGX B300 NVL16 et dans le Blackwell Ultra DGX SuperPod. Spécifiquement optimisé pour le raisonnement par intelligence artificielle, Jensen Huang décrit le GB300 NVL72 comme un système « conçu pour démocratiser l’accès au raisonnement IA, tout en réduisant drastiquement la consommation énergétique et les coûts associés. » Le GB300 est équipé de 8 modules HBM4 offrant une capacité mémoire totale de 192 Go, avec une bande passante mémoire dépassant 6 To/s, pour assurer une exécution fluide des grands modèles IA. Son architecture multi-GPU permet une interconnexion optimisée via NVLink pour les 72 GPU, offrant une latence réduite et une scalabilité accrue. Ce serveur affiche des performances en hausse en comparaison des systèmes précédents utilisant les GPU H100 : la vitesse de génération de tokens est ainsi améliorée, passant de 100 à 1000 tokens par seconde. Les temps nécessaires à la résolution de tâches complexes sont aussi réduits, passant de 1,5 minute à seulement 10 secondes. « Ces améliorations positionnent le système GB300 NVL72 comme un nouvel étalon pour les infrastructures IA dédiées à des opérations de raisonnement à grande échelle », explique Nvidia.
Comme son nom l’indique, le DGX B300 NVL16 accueille 2 processeurs Intel Xeon et 16 puces Blackwell Ultra pour une capacité de calcul de 105 pétaflops en FP4. Chaque GPU est connecté à un domaine NVLink de 16 GPU à 1,8 To/s, ce qui représente 2,3 To de mémoire HBM3e par système. Avec le SuperPod DGX Blackwell Ultra, Nvidia propose une solution complète, clé en main, destinée aux entreprises cherchant à construire des « AI factories ». Selon Jensen Huang, « ces SuperPods fournissent une puissance extrême, capable de supporter les plus vastes et exigeants modèles IA actuellement développés. » Le DGX SuperPod Blackwell Ultra inclut ainsi 288 puces Grace et 576 GPU Blackwell Ultra, délivrant une puissance de calcul cumulée atteignant 11,5 exaflops en FP4. Grâce à son architecture modulaire et à son refroidissement optimisé par air, le SuperPod assure une intégration facile au sein des centres de données existants tout en apportant des performances de pointe.
AMD, un sérieux challenger
Face à l’ogre Nvidia, AMD s’active à imposer ses GPU Instinct MI350 dont le modèle phare MI355X est capable, selon le fondeur, de dépasser jusqu'à 2,1 fois les performances dans certaines tâches du B200. Le MI355X est construit sur l'architecture CDNA de 4ème génération avec 288 Go de mémoire HBM3E et 8 To/s de bande passante mémoire, contre 3,9 To/s pour le MI300X. AMD ne s’arrête pas en si bon chemin et prépare déjà l’arrivée en 2026 de la série MI400 qui devrait supporter jusqu'à 432 Go de mémoire HBM4, 19,6 To/s de bande passante mémoire (soit plus du double de celle du MI355X) et de la prochaine génération de rack Helios capable de prendre en charge jusqu'à 72 GPU de la série MI400 avec 260 téraoctets par seconde de bande passante via l'Ultra Accelerator Link à grande vitesse et à faible latence, tunnelisé sur un Ethernet standard.
De son côté, Intel n’a pas pour l’heure l’intention de stopper sa production de processeurs Gaudi, peut-être de les orienter vers l’inférence et l’entrainement de SLM comme le suggère le CEO d’Intel Lip-Bu Tan et moins vers les LLM, un marché acquis par Nvidia, lequel a pris une certaine avance technologique et des parts de marché colossales. L’accélérateur Gaudi en v.3 a déjà conquis aujourd’hui IBM Cloud qui propose notamment des instances dédiées. Ces dernières offriraient selon les tests du laboratoire Signal65 menés sur IBM Cloud des performances similaires, voire légèrement supérieures suivant les cas d'utilisation de l'IA par rapport aux Nvidia H200 et H100. Dans un billet de Mitch Lewis, analyste des performances chez Signal65, le prix des instances Gaudi 3 sur IBM Cloud offre un avantage économique intéressant par rapport aux deux types d'instances Nvidia. Les premières mesures de Signal65 démontrent que les accélérateurs d'IA Intel Gaudi 3 peuvent atteindre un gain de performance par dollar jusqu'à 1,6 fois supérieur à celui du Nvidia H200 sur les modèles et formes d'IA testés. Pour les modèles de grande taille, Signal65 a constaté que Gaudi 3 surpassait nettement le Nvidia H100 et offrait des performances compétitives, tout en étant 30 % moins cher sur IBM Cloud. Techniquement, les puces Gaudi 3 disposent de 64 cœurs TPC (Tensor Processor Cores) et de huit moteurs de multiplication de matrice pour l’entrainement et l’inférence. Elles renferment au maximum 128 Go de mémoire HBM et sont disponibles sous PCIe et dans des systèmes à l’échelle du rack, lesquels peuvent contenir jusqu’à 64 accélérateurs par rack et disposent de 8,2 To de mémoire à haute bande passante. Aux Gaudi, Intel dispose aussi de sa gamme Arc dont les derniers GPU Arc Pro B60 et B50 qui ciblent les stations de travail professionnelles. Ces deux modèles (24 Go de mémoire pour le B60 et 16 Go pour le B50) sont basés sur l’architecture Xe2 et renferment des fonctionnalités telles que les cœurs IA Intel Xe Matrix Extensions (XMX) et le ray tracing avancé.
Trillium, Trainium, Maia, les alternatives pour l’IA des hyperscalers
Bien sûr la dépendance et le prix des GPU de Nvidia dans le traitement de l’IA encouragent certains acteurs à tester d’autres technologies, c’est le cas d’Open AI qui mené actuellement une série de tests avec certains TPU (tensor processing units) de Google pour l’inférence. « L'inférence consomme plus de 50 % du budget de traitement d'OpenAI, et les unités de traitement de tenseur, en particulier les plus anciennes, offrent un coût par inférence nettement inférieur à celui des GPU Nvidia », a rappelé Charlie Dai, vice-président et analyste principal chez Forrester. Dans sa gamme de TPU, Google propose le Trillium, l’actuelle 6ème génération offre jusqu'à 3 fois plus de débit d'inférence que la génération précédente et presque 5 fois plus de performances de calcul par puce et 4 fois plus pour les performances d'entraînement de LLM denses comme Llama-2-70b et gpt3-175b. A noter que Gemini 2.0 a été entrainé par des TPU Trillium. Lors de son dernier événement Next, Google avait présenté Ironwood, la septième génération de Trillium. Dans le détail, les TPU Ironwood seront accessibles en pods de 256 ou de 9 126 puces. Dans cette dernière configuration, Google Cloud revendique une capacité de calcul de 45,2 exaflops, chaque puce étant capable de traiter 4,16 Tflops. En matière de mémoire, les pods peuvent gérer jusqu’à 192 Go de HBM et améliorent la bande passante à 7,2 To/s (contre 1,638 To/s pour les Trillium actuels). Le transfert de données entre les puces est aussi amélioré avec la technologie ICI (inter-chip interconnect) à 1,2 To/s.
Face aux TPU de Google, d’autres acteurs comme AWS et ses Trainium ou encore Microsoft et ses Maia proposent des alternatives pour les charges de travail d'inférence ou d’accélération de l'IA en général. Chez AWS, l’actuelle puce Trainium 2 offre des performances jusqu’à 4 fois supérieures à celles du Trainium de première génération. Les instances EC2 disposent aujourd’hui de 16 puces Trainium 2 interconnectées avec NeuronLink, le réseau d’interconnexion entre puces qu’AWS a conçu. En effet, grâce à NeuronLink, la puce Trainium 2 déplace les données entre son pool HBM et les cœurs à une vitesse pouvant atteindre 2,8 térabits par seconde. A en croire le géant du cloud, Claude 3.5 Haiku s’exécute 60 % plus rapidement sur Trainium 2 via Amazon Bedrock que sur la première génération. Databricks prévoit aussi d’utiliser Trainium 2 pour fournir de meilleurs résultats et réduire le coût total de possession jusqu’à 30 % pour ses clients. AWS travaille déjà sur la troisième génération de sa puce qui devrait sortir à la fin de l’année et offrir des performances quatre fois supérieures à celles du Trainium 2. Quant au processeur Maia de Microsoft, le Maia 100, il a été conçu spécifiquement pour la pile matérielle Azure, des racks sur mesure ont même été construits pour accueillir les cartes mères sous Maia ainsi que le système de refroidissement dédié. Techniquement, Maia 100 renferme 105 milliards de transistors (gravure en 5nm) et intègre 64 Go de HBM2E à 1,8 To/s.
Sipearl, l'espoir européen
Fondée par Philippe Notton en 2019, Sipearl a conçu Rhea1, un processeur reposant sur un design Arm Neoverse dédié au monde du HPC et conçu pour fonctionner avec n'importe quel accélérateur tiers (Graphcore, AMD, Nvidia, etc.), les puces spécialisées dans l’IA ou les accélérateurs quantiques à venir. Techniquement, cette puce contient 80 cœurs (plus de 61 milliards de transistors) et devrait trouver notamment un débouché dans le projet de supercalculateur européen Jupiter, basé en Allemagne, à des fins de recherche médicale, de gestion de l'énergie et de défense. Pour soutenir sa R&D et la production de sa puce auprès du taiwanais TSMC, Sipearl a récemment levé 130 M€. Pour rappel, la startup est soutenue par l’Europe via le consortium EPI (European Processor Initiative regroupant une trentaine d’acteurs) dont l’objectif est de favoriser le retour en Europe des microprocesseurs haute performance et basse consommation.