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« Le cloud impose une remise à niveau des compétences », Guillaume Plouin,
Pour Guillaume Plouin, responsable de l'offre cloud computing chez Octo Technology, le passage au modèle cloud implique des changements dans les modes de travail des informaticiens. Une remise à niveau est donc nécessaire pour les chefs de projet, architectes, développeurs, équipes d'exploitation, directions métiers et la maîtrise d'ouvrage. Des formations de longue durée animées par différents experts permettent d'avoir une vision globale de cette architecture.

Le Monde Informatique : Quelles sont les conséquences du cloud dans l'organisation de la DSI ? Quelles sont les fonctions impactées par le déploiement d'une informatique en ligne ?
Guillaume Plouin : « Le cloud nécessite d'abord un recentrage des directions des études. Les équipes doivent maîtriser de nouvelles architectures que je qualifierai d'hybrides, c'est-à-dire qui combinent cloud et système d'information interne. L'informatique dans les nuages entraîne une rupture des paradigmes au sens architecturaux et d'autres modèles de développement applicatif. L'objectif étant de rationaliser le SI. »
« Par ailleurs, le cloud donne lieu à des problématiques de latence en réseau étendu. Comme il est géré à la consommation (réseau, espace disque, temps de calcul), on doit veiller à optimiser les coûts. En effet, les utilisateurs payent en fonction des ressources consommées par leurs applications, et certaines consomment moins que d'autres. »
« En outre, en termes de gouvernance, le cloud a des conséquences sur les aspects relatifs à la sécurité, dont les règles sont remises en cause. Les RSSI doivent intégrer de nouveaux éléments dans leur politique de sécurité et travailler sur la classification des données. Le volet juridique est particulièrement délicat lorsque les applications sont hébergées en dehors de l'Europe (comme aux USA), et les entreprises doivent veiller au respect des contraintes légales françaises, en particulier pour ce qui concerne la protection des données personnelles. Des normes telles ITIL devront probablement être revues pour intégrer le cloud dans le parc applicatif. »
Qu'en est-t-il des métiers liés à la production ? En quoi sont-ils impactés par ce type d'architecture ?
« Le cloud public réduit le niveau d'intervention du service de production, qui se voit libéré des tâches portant sur la gestion du matériel. Les équipes doivent travailler sur des applications métier innovantes dans la mesure où ils sont de moins en moins en relation avec les utilisateurs du fait d'une plate-forme qui tourne de façon autonome. Celle-ci nécessite l'acquisition de nouvelles compétences en termes de virtualisation, de systèmes d'automatisation, de gestion fixe des ressources, de regroupement des machines virtuelles et également de mise en opération du datacenter. Le cloud exige donc une importante remise à niveau des métiers liés à l'exploitation, ce qui est particulièrement compliqué à réaliser. Ce modèle, qui change radicalement le positionnement de ce type de ressources, peut paraître frustrant car il sous-entend que l'on fera moins appel à elles. Cette perspective peut donc être difficile à accepter. Cependant, les équipes doivent aller de l'avant, ouvrir leurs portes et accepter que certaines données aillent dans le cloud. »
Quelles sont les répercussions du cloud sur la direction des achats ?
« Le cloud peut représenter une rupture pour les services achats, car le modèle de la licence payée par abonnement mensuel introduit une nouvelle façon de gérer les coûts. Les négociations ne sont donc plus les mêmes qu'auparavant. »
Les développeurs doivent-ils faire face à des contraintes particulières ?
« Lorsqu'on développe sur une plateforme PaaS, on faire face à des contraintes techniques, comme par exemple avec Azure qui utilise l'environnement Visual Studio, Cependant, il n'est pas possible de déployer sur Azure le même code que celui utilisé dans l'entreprise. Des aménagements sont donc nécessaires. De même, les contraintes de développement sont très fortes pour respecter l'intégrité de la plateforme cloud Google apps Engine. Par exemple, les requêtes sur Java ne doivent pas dépasser 30 secondes, sinon elles sont abandonnées, ce qui peut paraître inhabituel pour les développeurs. »
Y a-t-il des recommandations particulières s'agissant des architectes cloud ?
« Un architecte cloud doit être avant tout un architecte d'entreprise. Une vaste culture générale est indispensable pour pouvoir faire communiquer les applications entre elles, avec le middleware, connaître la virtualisation, le stockage réseau, les SGBD et les différents langages de développement. Il se forme généralement sur le terrain ou grâce à des cursus spécialisés comme celui dispensé par l'école centrale de Paris. Les entreprises vont également chercher leurs architectes cloud chez des précurseurs comme Amazon ou Google. De leur côté, des éditeurs comme VMware ou Microsoft, qui fournissent des technologies cloud, incitent fortement leurs équipes à s'y former. »
Quelles sont les formations les plus adaptées ?
« Il vaut mieux privilégier les cycles longs, telle la formation sur 20 jours proposée par l'ECE. A l'inverse, les cours proposés par les SSII, qui s'étalent généralement sur deux jours, ne peuvent apporter qu'une simple prise de connaissance du cloud. A l'ECE, les sessions sont dispensées par des experts de différentes sociétés et sont de plus étayées par divers témoignages clients. Ainsi, les participants ont une vision d'ensemble du cloud. Les formations proposées par des SSII qui s'appuient sur leur propre point de vue, ne peuvent aborder le cloud que de façon partielle. »
Peut-on parler de l'émergence de nouveaux métiers liés au cloud ?
« Il existe un large éventail de dénominatifs pour qualifier les métiers liés au cloud, surtout aux Etats-Unis. On a vu apparaître la même tendance à l'époque du démarrage du web, avec différentes appellations de toutes les sortes. Tout cela est pour le moins excessif. Car, quoiqu'il en soit, on aura toujours besoin d'architectes et de développeurs. Ils devront simplement monter en compétences. »
