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Interview Jim Whitehurst, CEO : "Red Hat est un banaliseur de technologies"

Voilà cinq ans que Jim Whitehurst tient la barre de Red Hat. Sous sa direction, soit depuis décembre 2007, les revenus de l'entreprise sont passés de 523 millions de dollars - exercice 2008 - à plus de 1,1 milliard de dollars pour l'exercice 2012. Cela, sans dévier de sa stratégie de base de fournir un logiciel d'infrastructure Open Source.

La rédaction

Dans l'interview qu'il a accordée cette semaine à Chris Kanaracus, notre confrére d'IDG News Service, pendant la Red Hat Conference (du 26 au 29 juin à Boston), Jim Whitehurst, CEO de Red Hat, a abordé différents sujets, son rôle dans l'entreprise comme «banaliseur» de technologies, la raison pour laquelle l'éditeur s'est tenue à l'écart des applications d'entreprise, et son point de vue sur la façon dont Oracle gère l'évolution de Java.

Chris Kanaracus : Mardi, dans votre discours d'ouverture, vous avez déclaré que, comparé aux solutions standardisées, le cloud computing donnait de meilleurs résultats en matière d'ingénierie, et que ses outils prêts à l'emploi favorisaient l'innovation. Avec des produits comme OpenShift PaaS (Platform as a Service), Red Hat semble être putôt du côté de la fabrication en série. Alors comment faites-vous pour ne pas devenir un produit de consommation ?

Jim Whitehurst : Souvent, nous sommes des « banaliseurs », c'est-à-dire que nous rendons un produit accessible au plus grand nombre. Et nous sommes heureux de jouer ce rôle. Notre modèle de production est basé sur l'Open Source. Il permet aux gens de créer de très bons logiciels à un coût très, très faible. Ce qui nous permet de banaliser le produit et de rester rentable. De fait, nous sommes assez fiers d'être à l'origine de cette banalisation. Cela a commencé avec le calcul sous Linux, puis nous sommes passés à un autre niveau avec JBoss et notre plate-forme applicative, et maintenant nous appliquons le même principe au stockage avec Gluster, et, enfin, nous allons essayer de le faire avec la totalité du cloud.

Chris Kanaracus : Red Hat reste un fournisseur d'infrastructure fidèle à son engagement, alors que vos concurrents, comme IBM par exemple, ont changé de stratégie et proposent des applications d'entreprise. Pourquoi êtes resté à l'écart de cette activité ?

Jim Whitehurst : Chaque entreprise doit définir ce qui la différencie des autres. En ce qui nous concerne, nous pensons que nous savons tirer parti de l'Open Source pour faire d'excellents logiciels d'entreprise. De façon générale, l'Open Source est très adapté pour une utilisation normalisée et à grande échelle, comme les systèmes d'exploitation par exemple. Dès que l'on entre dans les fonctionnalités de l'application, ça devient plus spécialisé. C'est vraiment très très difficile de bâtir de vastes communautés d'usage pour construire quelque chose.

Je sais que certains essaient de le faire. Il y a du CRM Open-Source et d'autres catégories de logiciels aussi. Mais je pense que pour construire un communauté qui contribue à maintenir la haute qualité des applications, c'est vraiment difficile. En outre, ce que nous faisons aussi, c'est d'assurer le support sur le long terme, et la certification de matériels et d'applications autour de notre infrastructure. Tout cela génère de la valeur. Dès que l'on se trouve au niveau de l'application, cette plus-value est moins évidente. Mais la vraie difficulté revient à construire une communauté autour des applications verticales.

Chris Kanaracus : Red Hat et d'autres entreprises Open Source aiment insister sur les économies que leurs clients peuvent réaliser en utilisant leurs produits, comparés à l'achat de produits de fournisseurs de logiciels propriétaires comme Oracle, IBM et SAP. Mais comment est-il possible d'adapter cette notion d'économie avec votre responsabilité en tant qu'entreprise d'afficher de la croissance chaque trimestre ?

Jim Whitehurst : Cela dépend du rôle que vous essayez de jouer. Notre activité consiste à prendre des parts dans différentes catégories de produits. Oui, l'entreprise affiche une croissance rapide, mais si vous regardez la manière dont nous grandissons... notre principe est d'offrir toujours plus de valeur. Le choix de conserver des prix bas nous permet de prendre des parts plus rapidement. Ce qui nous permet de générer plus de revenus et de grandir. C'est très différent d'une catégorie établie qui serait propriétaire de 70% des parts. Dans ce cas, si nous baissions le prix, nous ne pourrions pas croître aussi vite.

Chris Kanaracus : Red Hat s'appuie pour sa gamme de produits sur des bases de données Open Source comme MySQL, mais l'entreprise ne possède pas sa propre offre de base de données relationnelle. Pourquoi ?

Jim Whitehurst : Nous nous sommes à coup sûr penchés un certain nombre de fois sur cette question, et je ne pense pas que le fait de disposer d'une base de données soit un problème. Mais, l'argument du prix ne suffit pas pour vendre. Pour entrer sur ce marché et affirmer que nous avons une base de données équivalente à celle d'Oracle pour le dixième de son prix est toujours un pari difficile. Ce n'est pas parce que Linux est moins cher qu'Unix qu'il a réussi. Mais il est plus rapide. Pour JBoss, ce n'est pas parce qu'il est moins cher que WebSphere d'IBM ou WebLogic d'Oracle. Le produit a aussi une empreinte beaucoup plus petite. Par conséquent, grâce à JBoss, on peut réduire ses ressources informatiques et ses ressources de gestion.

Le problème en ce qui concerne la base de données, c'est que celle d'Oracle est vraiment très bonne. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de bonnes bases de données Open-Source, mais dans le monde du SQL traditionnel, aucune base de données Open-Source ne peut offrir 10 caractéristiques dont Oracle serait dépourvu.

Pour le NoSQL, c'est un peu différent, et certains projets pourraient être très intéressants. Nous surveillons ce domaine de près. Je pense notamment que les développeurs de 10gen font un excellent travail. Certains pourraient être très, très intéressants, mais tout simplement, ça jamais été le bon moment de trouver la bonne combinaison. [note de l'éditeur : Plus tôt ce mois-ci, Red Hat a livré JBoss Data Grid 6, une solution NoSQL de tableau de données in-memory, basée sur le projet Open Source Infinispan].

Chris Kanaracus : Néanmoins, pour un fournisseur PaaS comme Red Hat, le fait de ne pas avoir sa propre base de données, n'est-ce pas un handicap ?

Jim Whitehurst : Nous vendons du choix, du choix, et encore du choix. Donc, notre virtualisation supporte Windows et Linux. Notre serveur d'application fonctionne aussi sous Windows. Parce que nous offrons le choix à chaque niveau, nous n'essayons pas de vendre notre propre pile monolithique. C'est ce qui explique pourquoi nous n'avons pas de base de données. Nous travaillons en partenariat avec beaucoup d'autres vendeurs pour en fournir une, et je pense que ça fonctionne parfaitement pour nous.

Chris Kanaracus: Red Hat s'appuie aussi fortement sur Java, qui est contrôlé par votre concurrent, Oracle. Quel est votre point de vue sur la manière dont Oracle gère Java?

Jim Whitehurst : Nous surveillons de très près l'évolution de Java telle qu'elle est menée par Oracle. Jusqu'à présent, il ne s'est rien produit de particulier qui soit sujet à nous préoccuper. Mais nous tenons à suivre attentivement ses évolutions.

Chris Kanaracus : Google sort presque indemne du procès intenté par Oracle pour violation de propriété intellectuelle de Java dans le système d'exploitation mobile Android, même si Oracle envisage de faire appel. Qu'en pensez-vous ?

Jim Whitehurst : Je m'en réjouis. C'est un évènement important. Si Java devient un standard ouvert que les gens utilisent, personne ne pourra se l'approprier en fonction de ses humeurs. Donc, nous avons été heureux de voir que c'est ce que les tribunaux ont retenu de l'affaire.

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