ArticleInfrastructure & Cloud
Le datacenter défini par logiciel à l'ère de l'agilité
Gestion, automatisation et orchestration des réseaux sont essentielles à l'agilité et à la flexibilité des datacenters définis par logiciel. Les clés pour comprendre la bascule du datacenter traditionnel vers le SDDC agile.

Les réseaux de datacenter définis par logiciel (SDDCN) promettent une réaffectation rapide et automatique des ressources pour mieux soutenir les applications sans modifier l'infrastructure physique sous-jacente. Mais cela ne peut se faire sans une bonne intégration de la gestion, de l'automatisation et de l'orchestration de réseau (Management & Orchestration, MANO). Le SDDCN se combine avec des ressources de traitement (machines virtuelles et conteneurs) et de stockage (disque et flash) pour délivrer aux applications cloud privées des performances spécifiques. Une architecture MANO fait intervenir des éléments critiques pour assurer le bon fonctionnement des cloud privés dans un monde multi-cloud. Comme on le verra ci-après, chaque élément MANO du SDDCN présente des caractéristiques et des défis uniques. Ces notions se chevauchent sans s'exclure les unes des autres.
1/ Automatisation du SDDCN
Automatiser un réseau consiste à remplacer des processus manuels par des outils logiciels. Le déploiement d’un logiciel dans le datacenter permet de configurer et de provisionner automatiquement les ressources réseau - par exemple, des vLAN pour de nouvelles applications basées sur des conteneurs. L'automatisation est essentielle pour qu’un réseau de datacenter défini par logiciel puisse gérer le grand nombre de microservices et d'applications classiques exécutés dans la plupart des gros datacenters - chacun ayant des exigences spécifiques en matière de réseau et de sécurité. L'automatisation du SDDCN offre plusieurs avantages : d’abord, elle permet un approvisionnement rapide des services réseau ; ensuite, elle réduit les problèmes de réseau dues à une erreur humaine. Dans leurs énormes datacenters, les fournisseurs de cloud hyperscale comme Google utilisent des logiciels réseau pour automatiser presque totalement l'approvisionnement des services réseau.
2/ Gestion de réseau du datacenter
La gestion de réseau est un processus critique qui permet d’administrer, d’exploiter et de maintenir un flux réseau de haute qualité dans le datacenter. Les opérateurs réseau sont obligés de fournir une qualité de service ininterrompue pour toutes les applications résidant dans le datacenter. Si le réseau est en panne, compromis ou incapable de fournir la qualité de service attendue, les administrateurs réseau ont besoin de processus pour résoudre les pannes et remédier rapidement à tout problème. Le logiciel de gestion de réseau se charge d’effectuer un inventaire précis de tous les appareils connectés au réseau et un suivi des flux de trafic au sein du datacenter et vers des sites externes comme des clouds publics, des services SaaS et des datacenters distants.
3/ Orchestration
L’orchestration permet d‘aborder la mise en œuvre de l’automatisation et de la gestion des réseaux sous l’angle des politiques. Elle permet de programmer le réseau pour délivrer les ressources de calcul et de stockage appropriées à chaque application. En s'appuyant sur les principes du SDN, l'orchestration réseau automatise la demande de ressources au réseau par les applications et contribue à réduire l'intervention humaine. Comme exemple d'orchestration de réseau, on peut citer l'utilisation de l'ingénierie du trafic de réseau pour délivrer une qualité de service appropriée et appliquer des politiques de sécurité par utilisateur et par application. Une forte orchestration du réseau est nécessaire pour permettre aux entreprises d'exploiter les architectures multi-cloud et exécuter des applications sur des architectures variées, sur site et hors site.
4/ Intent-based networking Vs MANO SDDCN
On parle de plus en plus de réseaux basés sur l'intention ou Intent-based Network, lesquels couvrent beaucoup de caractéristiques du MANO SDDCN décrites ci-dessus. L’Intent-based networking rend le réseau moins complexe et améliore l'automatisation en réduisant ou en supprimant le besoin d'intervention humaine. L'objectif est de permettre au personnel informatique d'utiliser le langage naturel pour l'allocation des ressources réseau. Par exemple, l’IT pourrait demander via une simple commande logicielle des performances accrues pour la visioconférence du PDG. Les technologies SDDCN actuelles permettent d'attribuer automatiquement des adresses IP, de configurer les vLAN et de fournir des informations sur le niveau de qualité de service. Le but des réseaux basés sur l'intention est d'exploiter les capacités d'intelligence artificielle pour faire fonctionner sans heurts un SDDCN complexe en limitant les processus manuels.
Les défis du MANO dans les datacenters
De nombreux fournisseurs vantent les nouvelles fonctionnalités MANO ou les nouvelles fonctions de réseau Intent-based qu’ils viennent à peine d’ajouter à leur datacenter. Ces solutions permettent aux administrateurs réseau des datacenters de se débarrasser des méthodes traditionnelles de gestion de réseau qui passent par des interfaces en ligne de commande, lourdes, lentes, laborieuses et sujettes aux erreurs. Cependant, la plupart des fournisseurs de logiciels réseau basés sur l'intention n’en sont qu’aux premières phases de leur innovation. Il y a encore peu de normes pour le MANO SDDCN et les contrôleurs SDN associés. La plupart des administrateurs réseau devront continuer à s'appuyer sur les solutions à fournisseur unique offrant une intégration étroite entre le logiciel et le matériel réseau du datacenter.
Cisco et VMware ont annoncé chacun de leur côté des projets ambitieux pour améliorer leurs solutions de mise en réseau des datacenters grâce à une automatisation plus performante. Mais ce ne sont pas les seuls. Quelques petits fournisseurs apportent aussi des innovations en matière d'automatisation du réseau et de réseau Intent-Based pour le datacenter. C’est le cas par exemple d’Apstra, dont le système d'exploitation assure le contrôle et la visibilité des éléments de réseau multifournisseurs dans les datacenters d'entreprise. Ou encore de Big Switch dont la solution Big Cloud Fabric offre une intégration réseau et une visibilité pour les environnements multifournisseurs, notamment OpenStack, les conteneurs et les systèmes hyperconvergés. C’est aussi le cas de Cumulus Network dont l’OS permet aux clients d'automatiser le déploiement d'une gamme de commutateurs de boîtes blanches et l’usage d’outils basés sur Linux pour personnaliser les opérations et la gestion. Quant à Forward Networks, sa solution analyse le comportement des réseaux de datacenter pour améliorer l'analyse et fournir des informations exploitables. Enfin, Gluware offre une plate-forme dédiée à l'automatisation et à la surveillance de la configuration réseau pour divers éléments réseau multifournisseurs dans le datacenter. (Remarque : Cisco, Cumulus, Gluware et VMware sont des clients de Doyle Research).
Les critères d'évaluation des solutions MANO SDDCN
L'ampleur et la complexité des datacenters modernes exigent des logiciels réseau avancés pour dimensionner, gérer et sécuriser les flux de trafic à grande vitesse vers les machines virtuelles, les conteneurs et les applications existantes. Les administrateurs réseau ont besoin de solutions automatisées pour surveiller et fournir une qualité de service fiable aux applications critiques. MANO représente donc un critère essentiel pour sélectionner les bons partenaires réseau pour le datacenter. Les services IT doivent encore déterminer s'ils doivent baser leur réseau de datacenter sur un seul fournisseur, choisir des fournisseurs établis en fonction des meilleures capacités ou travailler avec des start-ups innovantes. Pour y voir plus clair, mieux vaut avoir en tête quelques critères d'évaluation en solutions MANO SDDCN dont les suivantes :
1/ Capacités d'automatisation du réseau ;
2/ Capacité de surveiller le trafic et d'appliquer les priorités de QoS pour les applications critiques ;
3/ Intelligence réseau pour identifier et bloquer le trafic anormal et acheminer le trafic suspect vers les systèmes de sécurité des datacenters dédiés ;
4/ Possibilité de migrer et de suivre les flux d'applications/de travail dans des environnements multi-cloud, sur site et en mode cloud ;
5/ Prise en charge des environnements multifournisseurs et de l'ensemble de l’écosystème réseau/datacenter/partenaires ;
6/ Les fournisseurs peuvent être jugés en fonction de leurs capacités actuelles et de leur capacité à apporter des améliorations MANO sur une feuille de route d'un à deux ans.
