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Pat Gelsinger, CEO de VMware : « Nous allons transformer l'industrie de la

Lors du dernier VMworld Europe, du 4 au 7 novembre 2019 à Barcelone, Pat Gelsinger, CEO de VMware, a répondu à nos questions sur la stratégie de l'éditeur spécialisé dans les solutions de virtualisation. Ces derniers mois, la société a en effet accéléré son mouvement vers le multicloud et les containers avec des acquisitions très ciblées, à savoir Heptio, Pivotal et Bitnami.

La rédaction

Que pensez-vous de l’initiative Cloud Hypervisor d’Intel  et plus spécifiquement d’un hyperviseur conçu pour le cloud ?

Il y a deux choses à voir pour répondre à cette question. Pensez-vous que VMware soit juste un hyperviseur  ? Nous avons construit une pile très riche. Quand vous revenez 20 ans en arrière, vous avez vMotion, SRM (Site Recovery Manager), nous avons construit le management, assurons aussi l’automatisation, la fonction fault tolerance… la pile VMware est vraiment très étoffée avec beaucoup de capacités de très haut niveau. Aujourd’hui vous avez NSX, une optimisation du matériel, le memory ballooning… alors quand vous parlez de construire un hyperviseur sécurisé de quoi parlez-vous ?

De l’initiative d’Intel, mais également des expérimentations AWS Firecracker et Google CrosVM.

Je sais, je sais… mais quand vous parlez de secure hypervisor, vous revenez à des choses basiques en comparaison de solutions complexes adaptées aux besoins des entreprises. A un plus bas niveau que fait Intel dans le logiciel  ? Des choses nécessaires au bon fonctionnement du matériel. J’ai travaillé chez Intel pendant 13 ans, et combien de solutions logicielles réussies ont-ils lancé ? Intel fait un très bon travail pour accompagner ses produits avec les bons logiciels mais ne confondant pas ce que les gens font pour bien exploiter des puces et changer le marché des hyperviseurs.

Après les serveurs (ESXi/vSphere), le stockage (vSAN) et le réseau (vSwitch et NSX), la virtualisation du datacenter est-elle en bonne voie avec SDDC ?

Sur ce sujet, il y a trois points essentiels  pour indiquer que le SDDC est en bonne voie. Le premier porte sur les infrastructures hyperconvergées. Les entreprises achètent beaucoup d’équipements de ce type et VxRail affiche une bonne croissance. Second point, VMware Cloud Foundation, les solutions intégrées se vendent également très bien. Et vous allez encore entendre parler de ces plateformes que nous mettons à jour tous les trimestres. Ce marché grandit plus vite que celui des produits individuels. Les clients nous demandent de leur fournir une solution complète en opposition aux produits et composants individuels. Le troisième aspect est la croissance de la pile SDDC complète qui se positionne aussi comme une offre cloud sur la bordure avec Azure et près de 86 partenaires cloud certifiés. Ils prennent tous la stack SDDC complète.

Comment voyez-vous la compétition sur le marché du cloud alors que vous travaillez aussi avec AWS, Azure ou Google Cloud, via Cloud Simple pour ces deux derniers ?

Il y a deux types d’offres : celle que nous proposons avec AWS et sur Dell EMC. Une offre de management VMware. Et, de l’autre côté, nous avons les partenaires de VMware dont aujourd’hui Microsoft et Azure VMware Services. Une de nos offres de services. De la même façon, nous travaillons avec IBM. Mais aussi Google, Oracle, Alibaba. D’autres annonces sont arrivées comme le partenariat avec T-Systems la semaine dernière (l’entretien a été réalisé le 5 novembre dernier) et OVH, un de nos importants partenaires VSPP (VMware Service Provider Program), nos partenaires cloud certifiés. T-Systems et OVH sont plus particulièrement deux de nos fers de lance en Europe. Beaucoup parlent en ce moment de hyperscalers. Je suis gros, j’ai beaucoup de clients... Certains ont dépassé une ligne comme Amazon avec plus de 40% de parts de marché, Microsoft avec 15/16% de parts de marché et ensuite tous les autres sont en dessous de 10%…

Mais l’intégration avec ces différents partenaires n’est pas la même, avec AWS par exemple, elle est au niveau bare-metal**, ce qui n’est pas le cas avec les autres ?**

Le niveau d’intégration est en effet différent. Nous avons réalisé un travail plus profond avec Amazon du type megacloud hyperscaler, c’est un partenaire de choix. Mais si vous avez bien écouté aujourd’hui durant ma keynote, j’ai fait quatre annonces avec Microsoft.

C’est nouveau chez VMware ce rapprochement avec Microsoft

Ces derniers mois, Satya Nadella et moi avons fait des annonces communes autour d’un partenariat avec la disponibilité d’un premier service. Aujourd’hui, nous annonçons quatre nouvelles choses dans le cadre de ce partenariat.

Est-il aujourd’hui plus facile de travailler avec Microsoft puisque vous êtes désormais dans “la fédération” Dell ?

Ça aide.

La 5G arrive en Europe et cela entraînera de profonds bouleversements chez les opérateurs et certaines grandes entreprises, notamment pour l'IoT, quels sont aujourd’hui vos ambitions sur ce marché ?

Je vais vous expliquer en construisant une image de l’activité des opérateurs télécoms : vous avez le Core et le RAN (Radio Access Network). Et le Core est où on trouve NFV, cette nouvelle plateforme avec une approche cloud pour les services. Et notre premier partenariat d’envergure dans ce domaine est celui conclu avec Vodafone. Nous l’avons annoncé il y a un an et nous avons depuis réalisé de très substantiels progrès avec Vodafone. Avec un grand nombre de clients qui utilisent la plateforme VMware.

Aider les opérateurs télécoms à créer une plateforme cloud pour piloter leur infrastructure Core, c’est exactement l’annonce que nous venons de faire avec Millicom (un opérateur luxembourgeois qui travaille beaucoup en Afrique et en Amérique du Sud avec près de 50 millions de clients dans le monde). British Telecom est aussi un de nos clients... Nous avons une centaine de fournisseurs de services qui utilisent VMware pour le cœur de leurs infrastructures. Nous avons fait une annonce additionnelle avec Maestro car si vous avez besoin de faire fonctionner le cœur, il est également nécessaire d’orchestrer ls services proposés : de l’Edge jusqu’au cœur, et bien sûr jusqu’aux terminaux des clients. C’est ce que fait Maestro, notre nouvelle offre. Nous sommes dans une phase bêta très avancée avec des clients utilisant notre Project Maestro. Plus spécifiquement, nous allons aider les opérateurs télécoms à orchestrer leurs nouveaux services, comme ceux qui vont arriver dans le monde 5G. A VMworld, nous avons aussi annoncé Uhana, une acquisition qui va aider nos partenaires à construire un RAN moderne. Dans le domaine radio, il est nécessaire d’être plus proche des antennes relais, du vrai spectre radio 5G...

Comment voyez-vous la croissance du marché 5G ?

Dans 2 ans, la 5G sera très présente. Nous estimons que la 5G commence juste à démarrer, tout le monde travaille sur le déploiement des réseaux, avec des expérimentations là, un spectre radio alloué ici. Dans approximativement 2 ans, nous allons assister à un pic avec une timeline qui se précise. La 5G va se déployer en 2019, 2020 et 2021. Et les RAN seront significatives en 2022 et 2023. Les investissements, les déploiements, les réseaux et les technologies sont matures et de nouveaux cas d’usages vont émerger. Nous sommes en train de minuter notre mouvement vers ce nouveau marché et nous avons tous les frameworks en tête. Nous voyons le marché des télécoms 5G comme un marché énorme. Il y a 5 ans VMware pesait zéro sur ce marché, et si j’obtiens 5 centimes de plus sur ce marché, ce sera 5 centimes de plus qu’il y a 5 ans.

Aujourd'hui, vous êtes présents sur des marchés très compétitifs : mobilité, Edge Computing et Internet des objets. Comment allez-vous percer sur ces marchés ?

Nous voyons la 4G comme un marché dominé par les usages grand public, ce ne sera pas le cas pour la 5G où les besoins des entreprises tireront ce marché à côté des usages grand public. Les besoins en Edge Computing et en IoT seront particulièrement importants. Je prévois que les opérateurs seront très intéressés par nos solutions car ils n’avaient un œil que sur les produits grand public qui présentent toujours un risque de devenir de simples commodités alors que les solutions destinées aux entreprises sont plus pérennes dans le temps avec des marges plus confortables. Les opérateurs voient bien cet aspect des choses avec la 5G et l’Edge. Nous estimons aussi que les caractéristiques techniques de la 5G comme la faible latence rendront possibles des cas d’usages impossibles sur la 4G/LTE. Cela va ouvrir de nouveaux marchés. Ma business unit dédiée chez VMware combine donc telcos et Edge Computing, car nous assistons à une confluence de la 5G, de l’Edge et de l’IoT qui se rejoignent avec des nouveaux services déclinés par les opérateurs télécoms. Certains seront aussi fournis par des entreprises, d’autres par des fournisseurs de services dans des domaines comme les villes connectées. L’idée est que l’Edge apporte de la connectivité à tous les équipements afin d’automatiser certains processus. Les smart cities et les voitures autonomes n’émergeront pas avant que les infrastructures routières soient connectées.

Quelles sont aujourd’hui vos ambitions dans la cybersécurité avec le renfort de vos derniers rachats, notamment Carbon Black ?

Nous avions des atouts dans la cybersécurité bien avant le rachat de Carbon Black : NSX qui a beaucoup de fonctions de sécurité, Workspace One qui délivre aussi des services dans la sécurité ... Nous délivrions des services de sécurité sans être un fournisseur de solutions de sécurité, ce que nous sommes désormais devenus. Nous allons rassembler tous ces composants autour de Carbon Black mais, fondamentalement, je ne suis pas là pour construire une activité rentable dans ce secteur, je suis là pour changer le modèle de cette industrie car la sécurité est compromise chez les clients. Imaginer que je sois venu vous voir il y a 10 ans en vous disant que j’avais besoin de plus de budget pour la sécurité et que vous me donniez 10% de plus. L’année suivante, je reviens en vous disant que j’ai échoué et que la sécurité est encore plus compromise. J’ai besoin de 10% de plus que l’an dernier et là vous allez me maudire mais me confier 10% de budget en plus. C’est ce qui s’est passé ces 10 dernières années : toujours plus de budget pour moins de sécurité. Le système est cassé dans l’industrie de la sécurité. Ne venez pas me voir pour analyser les causes d’un accident de voiture mais essayer de prévenir l’accident. Nous allons fournir une sécurité étroitement associée aux produits VMWare, construite avec vSphere, avec NSX, avec Workspace One... Nous allons changer le modèle dépassé de l’industrie de la sécurité.

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