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Le dilemne du cloud dans le secteur bancaire
Les banques prennent conscience de l'intérêt du cloud. Certaines ont sauté le pas très tôt en misant sur un seul fournisseur. D'autres privilégient le multicloud. Des orientations difficiles à prendre pour un secteur très réglementé.

En 2015, le DSI de Capital One, Rob Alexander, est monté sur la scène d'AWS re:Invent pour expliquer l'indépendance de l'entreprise vis-à-vis de ses datacenters, en misant sur AWS pour faire fonctionner son infrastructure. La banque est passée de huit datacenters en 2014 à cinq en 2016, puis à trois en 2018. À la fin de 2020, elle a annoncé que son cheminement vers le tout dans le cloud public était terminé. L'abandon de la gestion de sa propre infrastructure n'a cependant pas envoyé les ingénieurs à la recherche d'un nouvel emploi. Bien au contraire. Alors même que la société s'est tournée vers le cloud public, elle a plus que doublé le nombre de ses techniciens, dont 85 % environ sont des ingénieurs.
Comme elle l'avait envisagé en 2015, Capital One est désormais une entreprise technologique qui construit des applications bancaires, plutôt qu'une banque qui s'adonne à la technologie. Ce cas est l'exception et non la règle lorsqu'il s'agit de banques qui se lancent dans le cloud. Oui, il n'est pas difficile de trouver des entreprises de services financiers qui adoptent le cloud pour accélérer l'innovation mais il est difficile de trouver des exemples de « tout-en-un », qu'il s'agisse d'un seul fournisseur de services cloud ou de plusieurs. Cela commence à changer, comme l'a récemment souligné Lydia Leong, analyste chez Gartner.
Les banques évoluent sur la sécurité des données
Les banques se sont longtemps obstinées à penser qu'elles étaient les seules à pouvoir protéger les données sensibles de leurs clients, jusqu'au jour où elles ont réalisé qu'en fait, les fournisseurs de services cloud étaient meilleurs en matière de sécurité. Dans sa keynote de 2015 sur re:Invent, Rob Alexander l'a ainsi fait remarquer, en faisant valoir qu'AWS pouvait mieux sécuriser ses charges de travail que sa propre équipe, bien que Capital One dispose de talents en sécurité hautement qualifiés. Les autres banques ont peut-être mis plus de temps à arriver à cette même conclusion, mais elles y arrivent maintenant.
Comme l'a écrit Lydia Leong dans une note de recherche, « l'adage selon lequel les banques peuvent mettre de nouveaux systèmes d'innovation ou d'engagement dans le cloud, mais ne déplaceront jamais le cœur de leur activité bancaire s'effondre ». Non seulement elles font davantage confiance aux cloud publics, mais elles n'ont pas vraiment le choix. Comme l'a souligné Mme Leong dans son analyse, la modernisation des applications est la principale raison pour laquelle les banques accélèrent leur passage au cloud. Le coût total de possession, une plus grande agilité et une meilleure sécurité des données sont par ailleurs d'autres facteurs importants. Comme d'autres l'ont souligné, la transformation numérique s'est emballée pendant la pandémie, car les entreprises de toutes sortes, y compris les banques, ont réalisé qu'elles ne survivraient pas si elles continuaient à suivre les anciennes méthodes informatiques.
Il est important de noter que, même si Capital One a été la première à adopter une stratégie « tout sur AWS », la plupart des banques ont tendance à être multicloud, note Lydia Leong. Plus la banque est grande, plus elle est susceptible d'être multicloud, AWS étant le premier choix des plus grandes banques et Azure dominant les banques de taille moyenne. Bien que le « multicloud » soit souvent plus fortuit qu'intentionnel, l'analyste souligne que « les banques sont en train de faire la transition vers une approche plus systématique du multicloud en élaborant des politiques de placement des charges de travail pour guider les charges de travail là où elles doivent aller », ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose.
Une multiplication des risques
Selon Lydia Leong, « les banques s'inquiètent des risques de concentration dans le cloud car elles sont soumises à des régimes réglementaires qui les obligent à traiter le risque de concentration ». De même, la portabilité des applications d'un cloud à l'autre peut minimiser les avantages primaires du cloud. Pour Capital One, le fait d'opter pour AWS lui a apporté beaucoup de bonnes choses, mais cela l'empêche également d'accéder à de meilleures options de machine learning, de base de données, d'analytique ou autres sur un autre fournisseur.
Comme l'exprime David Linthicum, journaliste pour InfoWorld, les entreprises risquent « de ne pas pouvoir exploiter les meilleures solutions entre les fournisseurs de cloud et de se retrouver avec une architecture sous-optimisée ». « Le multicloud présente une grande valeur en termes de PRA », poursuit-il, mais la véritable valeur du multicloud réside dans le choix des meilleurs outils pour la charge de travail en question. Par conséquent, à mesure que les banques (et d'autres) passent au cloud public, il serait judicieux qu'elles réfléchissent à des moyens de permettre à leurs équipes d'exploiter les meilleures innovations offertes par un fournisseur de cloud particulier, sans pour autant s'enchaîner à un seul cloud. Par exemple, une stratégie prometteuse consiste à s'assurer que les couches de données s'étendent sur plusieurs cloud afin de pouvoir utiliser les data d'une application exécutée dans un cloud et de les analyser dans un autre environnement, en associant le calcul d'un autre fournisseur. Ce type d'approche offre à une entreprise d'exploiter les points forts de chaque cloud. Les banques qui viennent tout juste d'arriver à la conclusion qu'elles doivent rapidement passer au cloud, feraient bien de s'assurer qu'elles maximisent leur liberté dans cet environnement.
Matt Asay est contributeur travaillant chez AWS
