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Oxide refaçonne le datacenter sur le modèle cloud
Avec ses racks embarquant des noeuds serveurs et full flash reposant sur les recettes mises en place par les hyperscalers pour la densité, l'efficience énergétique et le control plane, Oxide Computer apporte l'automatisation et la sécurité du cloud en mode on premise.

Notre rencontre la start-up Oxide Computer dans leurs locaux d’Emeryville, en Californie, nous a rappelé les débuts de Violin Memory et Pure Storage au début des années 2000. A savoir une équipe passionnée avec une très forte culture technologique bien décidée à répliquer le modèle des hyperscalers dans une plateforme cloud privée destinée aux entreprises. Fondé en 2019 par des anciens de Sun Microsystems, Dell et Joyent, à savoir Steve Tuck (CEO) et Bryan Cantrill (CTO), Oxide Computer développe à la fois la base hardware en s’inspirant du modèle OCP (Open Compute Project) et la partie logiciel (80% du travail en fait selon le CTO). Et le produit final repense totalement le design des châssis avec un rack totalement intégré au niveau du compute, du stockage, du réseau, du refroidissement et du câblage. Chaque rack peut être équipé d'un maximum de 32 serveurs lames XXL, chacun équipé d'un processeur AMD Epyc 3 à 64 cœurs, de 512 Go ou 1 To de DDR4 (Oxide compte passer à la DDR5 avec le lancement de la plateforme Turin d'AMD), et d'un maximum de 10 SSD NVMe U.2 de 2,5 pouces. Soit un total de 2 048 coeurs, 32 To de RAM et près de 1 Po de stockage flash (en mode bloc) par rack avec une consommation de 15 kW. La partie réseau n’est pas oublié avec une capacité de commutation de12,8 Tbit/s avec des switchs Ethernet (Intel Tofino 2) préconnectée au fond du panier offrant une connectivité allant jusqu’à 100 Gbit/s.

Les bureaux-atelier d'Oxide Computer à Emeryville, en Californie, accueillent la configuration et les tests des armoires. (Crédit S.L.)
Selon Brian Cantrill, la fragmentation des racks traditionnels avec des équipements livrés par les principaux fournisseurs est très loin du modèle intégré développé par les hyperscalers, qui développent leurs propres serveurs avec des solutions originales reversées dans les schémas OCP. “En 2008/2009, Facebook a été l'un des premiers à parler publiquement de concevoir des systèmes différemment, et ils ont ouvert une grande partie de ce qu'ils faisaient avec la spécification OCP. Le problème qu'ils essayaient de résoudre était le suivant : comment obtenir le compute, le stockage et un réseau le plus dense possible, tout en étant le plus efficace sur le plan énergétique et le moins coûteux sur le plan opérationnel pour les équipes logicielles”. A son échelle, beaucoup plus modeste qu’un AWS, Azure ou GCP, Oxide entend réinventer le datacenter avec une plateforme unifiée en mode cloud combinant matériel, logiciel et réseau pour parvenir à une plus grande efficience énergétique tout en assurant une sécurité et une souplesse maximales pour les développeurs. Par exemple, Oxide a retenu un DC bus central pour alimenter en courant continu tous les composants du rack. Cette architecture permet d’éviter les opérations de transformation électriques, qui génèrent de la chaleur qu'il faut éliminer, ce qui crée une autre source de consommation. “Tous ceux qui utilisent le calcul à grande échelle, Microsoft, Google ou AWS utilisent une conception basée sur l'alimentation par DC bus", assure le CTO.

Steve Tuck, CEO d'Oxide Computer, nous montre un serveur OCP de Meta/Facebook, qui a servi de modèle pour le développement des lames XXL de la start-up. (crédit S.L.)
L’autre élément particulièrement soigné chez Oxide est le refroidissement avec l’utilisation de ventilateurs de 80 mm et la remontée précise des métriques avec une puce dédiée développée en interne. Comme le rack lui-même fait office de châssis, Oxide exploite des facteurs de forme non standard pour ses serveurs lames XXL, ce qui permet d'utiliser des ventilateurs plus grands, plus silencieux et moins gourmands en énergie. “Les hyperscalers utilisent des ventilateurs de 80 mm, car ils déplacent beaucoup plus d'air. La quantité d'air qu'un ventilateur déplace est proportionnelle au cube de la puissance. Donc, si vous voulez déplacer beaucoup d'air avec une faible puissance, il faut que le ventilateur soit grand. Et la raison pour laquelle ce ventilateur est silencieux, c'est qu'il fonctionne à 3 000 tours/minute”, nous a expliqué Brian Cantrill. “Avec un serveur standard environ 30 % de l’énergie est consacrée au fonctionnement des ventilateurs, ce qui est vraiment criminel", mais dans le rack d'Oxide, Brian Cantrill affirme que ce chiffre est plus proche de 2 % en fonctionnement normal.

Oxide a développé une carte BMC pour remonter des informations sur l'activité des noeuds de son armoire. (Crédit S.L.)
Pour la stack logiciel, Oxide met l'accent sur une approche ouverte (dépôts sur GitHub) et entièrement programmable via des API avec la capacité de segmenter les racks en zones ou régions en fonction de leur emplacement pour accompagner l’automatisation dans la gestion et le provisionnement des ressources. Ces dernières reposent sur des machines virtuelles utilisant l’hyperviseur Bhyve avec Illumos Unix (sur base OpenSolaris), alors que les hyperscalers misent plutôt sur des versions remaniées de KVM et XenServer. “Nous ne sommes pas une alternative à VMWare, mais nous pouvons accompagner leurs clients désirant passer à autre chose”, nous a expliqué Steve Tuck. Pour l’instant, Oxide gère les containers via l'API de clusters (Kubernetes), qui est devenue une norme, nous a précisé le CTO. “L’idée est de simplement s’emboîter avec OpenShift plutôt que de faire tourner OpenShift sur Oxide” interrogé sur une intégration avec Rancher, le dirigeant avoue qu’il s’est pour l’instant concentré sur Red Hat “simplement parce que nous avons beaucoup de clients qui sont intéressés par ces deux choses qui fonctionnent bien ensemble. Mais nous allons continuer à développer cela”. En complément, le service Virtual Private Cloud (VPC) d'Oxide permet aux utilisateurs de créer, d'organiser et d'isoler des réseaux spécifiques à un projet sur l'ensemble de leurs baies Oxide. Cette solution de réseau virtualisé offre une observabilité, des capacités de libre-service et une intégration transparente avec les outils et les processus existants. GCP propose un produit avec le même nom, Virtual Private Cloud, mais il s’agit d’un cloud privé hébergé sur un cloud public, en l’occurrence Google Platform. Avec sa plateforme cloud privé, Oxide vient concurrencer des solutions comme AWS Outposts, Azure Cloud Stack ou Nutanix Cloud Manager.

Une armoire Oxide avec les noeuds compute, storage et réseau. (Crédit S.L.)
Avec sa plateforme, Oxide ne s’adresse pas vraiment à des PME, mais à des grands comptes confrontés à des réglementations (finance, santé, gouvernement...) imposant de traiter certaines opérations en local. Pour l’instant, la start-up nous a indiqué avoir expédié moins d'une vingtaine d’armoires. Le go to market est pour l’instant en mode direct, sans OEM, mais la croissance passera bien sûr par la recherche de partenaires et d’intégrateurs. Oxide a levé 94 M$ selon Crunchbase et la jeune pousse emploie 70 personnes à Emeryville et un peu partout aux États-Unis et dans le monde.
