ArticleInfrastructure & Cloud
L'IA en quête de puissance de calcul et de finance en France
La France compte bien jouer dans le trio de tête, aux côtés des Etats-Unis et de la Chine, les plus grands pays en matière d'intelligence artificielle. Les investisseurs sont prêts à libérer des fonds à la faveur d'une amélioration du contexte politico-économique, mais les usages dans les entreprises restent à la traine.

"L'IA peut être et sera une force de progrès", rien de moins. Des mots qui pèsent lourds, d'autant qu'ils sortent de la bouche d'Eric Lombard, le ministre de l'Economie, qui a ouvert ce mardi matin à Paris le Business Day AI Action Summit à Station F. Pour atteindre cette ambition, le maitre de Bercy compte bien sur les entrepreneurs, les entreprises... bref : toutes les forces vives de la nation pour l'aider. "Aujourd'hui nous voulons nous assurer que l'innovation trouve son marché et soit performante", poursuit Eric Lombard. Cette percée de l'IA en France - qu'Emmanuel Macron accompagne avec l'annonce d'une enveloppe d'investissements de 109 Md€ - aura toutefois un coût, tant sur le plan énergétique que de l'adoption encore loin d'être effective en France.
"Nous fournissons une énergie stable grâce à nos centrales nucléaires et à nos énergies vertes et nous nous sommes engagés à construire six nouvelles centrales nucléaires pour de cette façon fournir une énergie stable à prix compétitif", assure Eric Lombard qui répète à qui veut l'entendre que l'énergie produite sera plus vertueuse que celle produite dans d'autres pays pour alimenter les très gourmands datacenters IA qui vont fleurir en France jusqu'en 2028. Si le ministre assure que la France est l'une des locomotives en Europe et dans le monde en matière d'IA, certains chiffres dépeignent un tableau un peu moins rose. "On n'est pas un bon élève puisqu'on est presque le dernier de la classe en termes d'usage, avec seulement 10% de nos entreprises aujourd'hui qui utilisent l'intelligence artificielle. Le meilleur de la classe, c'est le Danemark, ils en sont aujourd'hui à pas loin de 40%", tempère Véronique Torner, présidente de Numeum.

Patrick Martin (président du Medef) et Véronique Torner (présidente de Numeum) encourage l'adoption de l'IA dans les entreprises françaises. (crédit : D.F.)
Diffuser l'IA partout en France et en Europe
"Cet enjeu de l'IA est évidemment ultra positif et il ne faut pas qu'il reste l'apanage et la propriété de quelques initiés, on a besoin de l'IA à haute dose que chacun doit s'approprier à titre personnel et professionnel et nous sommes convaincus que cela va être un levier extraordinaire à tous les égards pour la croissance la compétitivité et la souveraineté", indique de son côté Patrick Martin, président du Medef
La montée en puissance de l'IA en France a trouvé un écho outre-Rhin. Invité ce mardi matin en session d'ouverture, Bernhard Kluttig, le ministre allemand des Affaires Economiques et de l'Action pour le Climat, a partagé sa vision : "L'initiative champion dans l'IA de 109 Md€ lancée par le président Macron est soutenue par plus de 60 entreprises européennes et l'industrie allemande fait un pas nécessaire dans la bonne direction qui doit être suivie par d'autres. L'Europe a besoin de plus d'actions concrètes et moins de paroles. Des entreprises audacieuses doivent conduire ce changement en investissant non seulement dans la technologie mais aussi dans des pratiques responsables."

Bernhard Kluttig, le ministre allemand des Affaires Economiques et de l'Action pour le Climat prône une réaction à l'échelle européenne de l'IA pour peser face aux puissances américaine et chinoise. (crédit : D.F.)
Pas d'IA en France sans soutien des investisseurs
A l'occasion de ce premier sommet sur l'intelligence artificielle en France, on pouvait croiser de très nombreux investisseurs dans les allées de Station F, mais aussi dans plusieurs sessions. L'une d'elles a attiré notre attention et permis de prendre la température du niveau d'implication de plusieurs VC pour pousser l'IA en France et en Europe, qui part toutefois avec une aiguille dans le pied : "L'Europe est encore assez divisée et peine à parler d'une seule voix", estime Julien-David Nitlech, managing partner d'Iris Capital. "Nous sommes dans une ère stratégique où tous les investissements IA ne seront pas forcément des succès financiers."

Les investissements dans l'IA en France sont portés par les fonds d'investissements et les sociétés de capital-risque. (crédit : D.F.)
"La deeptech et l'IA en particulier sont déjà bien soutenues en France et 2 Md€ ont été investis dans l'IA en 2024. Nous sommes en tête en Europe devant l'Allemagne et le Royaume-Uni", assure Fabrice Dumonteil, vice-président de France Invest, association d'investisseurs pour la croissance. "Les besoins de l'IA sont énormes pour les data centers, l'énergie, etc. et ces dernières années, les fonds français ont investi plus de 10 Md€ par an."
Tout va donc bien dans le meilleur des mondes ? Pas si sûr : "Nous avons observé que l'incertitude économique et politique a pesé sur la collecte des fonds et c'est assez inquiétant pour le segment du capital-risque", avertit Fabrice Dumonteil. "Les premières conversations que nous avons avec les investisseurs institutionnels indiquent qu'ils commencent à se réengager en 2025 et que les investisseurs individuels investissent également de plus en plus dans les fonds privés. Il y a donc de l'espoir."
