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Nokia célèbre le centenaire des Bell Labs
À l'occasion des 100 ans des Bell Labs, Nokia France a réuni le 17 juin 2025, dans son siège de Massy, chercheurs, industriels et institutionnels pour célébrer l'héritage scientifique du laboratoire et dévoiler ses axes de recherche sur les télécoms et les réseaux. Retour sur une saga industrielle unique et sur les défis européens de l'innovation.

C’est dans une atmosphère tournée vers l’avenir que Nokia France a célébré le centenaire des Bell Labs, le 17 juin dernier, à Massy. L’événement, marqué par la présence de Peter Vetter, président de Bell Labs Core Research, a permis de retracer un siècle d’innovations majeures et de dresser les contours des futures révolutions technologiques dans les télécommunications.
Une histoire façonnée par les mutations industrielles
L’histoire des Bell Labs débute en 1925, au sein d’AT&T, dans un contexte où la nécessité de relier les États-Unis d’un océan à l’autre pousse l’opérateur à investir dans la recherche fondamentale. Dès l’origine, le laboratoire s’impose par sa capacité à résoudre des problèmes concrets, en s’appuyant sur la multidisciplinarité et l’audace scientifique. Peter Vetter rappelle que « cette façon de travailler, en résolvant des problèmes réels par la science fondamentale, a permis de maintenir le leadership technologique décennie après décennie ». Au fil des décennies, les Bell Labs traversent les grandes vagues de consolidation du secteur. En 1996, ils deviennent le cœur de la R&D de Lucent Technologies, puis fusionnent en 2006 avec Alcatel, donnant naissance à Alcatel-Lucent. Cette entité réunit les forces des laboratoires américains et français, notamment le laboratoire historique de Marcoussis en Île-de-France, pionnier des télécoms depuis les années 19502. Enfin en 2016 Nokia rachète Alcatel-Lucent et greffe les Bell Labs à ses équipes de R&D, tout en préservant leur autonomie scientifique. Pierre-Gael Chantereau, président de Nokia France, insiste sur la singularité de cette trajectoire : « Je ne pense pas qu’il existe beaucoup d’institutions privées de recherche ayant atteint 100 ans d’existence. C’est extrêmement rare dans le monde ». Il souligne également l’importance de la diversité des talents dans la recherche : « Les idées doivent circuler. Nous ne pouvons pas empêcher les idées d’aller vers les meilleurs talents, où qu’ils soient. Ils sont les bienvenus chez Nokia Bell Labs, et nous comptons plus de 40 nationalités rien qu’en France ».

Peter Vetter, président de Bell Labs Core Research, à Massy le 17 juion dernier pour le centenaire des Bell Labs. (Crédit S.L.)
L’héritage scientifique des Bell Labs est impressionnant : invention du transistor, des cellules photovoltaïques, du laser, du langage Unix, des réseaux cellulaires, ou encore des bases de l’intelligence artificielle avec les premiers réseaux de neurones. Ces avancées ont valu au laboratoire dix prix Nobel et de multiples distinctions internationales. Mais l’histoire des Bell Labs ne se résume pas à ses succès passés. Comme le rappelle Peter Vetter, « c’est aussi le moment de réfléchir à la recherche d’aujourd’hui et de mettre en perspective les innovations en cours ». Les Bell Labs continuent ainsi de jouer un rôle moteur dans les grandes transitions technologiques, en s’appuyant sur des équipes réparties entre l’Europe et l’Amérique du Nord.
IA, optique, quantique et 6G
Aujourd’hui, Nokia pilote les programmes de recherche des Bell Labs à travers deux pôles complémentaires. Le premier, Bell Labs Core Research, dirigé par Peter Vetter, se concentre sur les ruptures à horizon dix ans. Parmi les thématiques phares :
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Réseaux 6G et « sixième sens » : développement de réseaux intégrant capteurs et intelligence artificielle pour une perception contextuelle accrue, avec des expérimentations en partenariat avec la NASA pour des communications sur la Lune1 ;
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Technologies quantiques : mise au point de qubits pour les futurs réseaux quantiques et travaux sur la cryptographie post-quantique, essentielle à la sécurité des infrastructures critiques1 ;
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Photonique et optique : augmentation spectaculaire des débits sur fibre optique, passant de 280 mégabits/seconde dans les années 1970 à 1,6 térabit/seconde aujourd’hui, grâce à des techniques comme le probabilistic constellation shaping ;
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Intelligence artificielle appliquée aux réseaux : conception de modèles de langage spécialisés pour optimiser la gestion et la consommation énergétique des réseaux, avec des gains de performance significatifs ;
Le second pôle, Bell Labs Solutions Research, dirigé par Thierrry Klein, vise à industrialiser ces avancées, notamment dans les domaines de la 5G industrielle, de la photonique silicium et de l’IA opérationnelle. Les centres de recherche européens, en particulier en France et en Allemagne, jouent un rôle clé dans ces développements, en lien avec un écosystème dynamique d’universités, de start-up et de partenaires industriels.

Pour limiter la pertes de paquets, Nokia assure un doublement de la connexion laser entre le satellite et la station de base. (Crédit S.L.)
Un ancrage français malmené
L’événement de Massy a aussi été l’occasion pour Pierre-Gael Chantereau de rappeler l’importance du site français dans l’histoire, malgré les coupes depuis le rachat d'Alcatel-Lucent et les fermetures d'usines. Il a retracé la genèse du laboratoire de Marcoussis dans les années cinquantes, à l’origine des premières liaisons satellitaires et des grandes avancées en optique et en composants électroniques. « Cette idée de créer un centre de recherche dédié, adossé à un grand groupe industriel et proche des universités, était visionnaire. Elle a permis de constituer un écosystème unique, qui continue de porter ses fruits aujourd’hui », a-t-il souligné. Mais le président de Nokia France n’a pas éludé les difficultés qui pèsent sur l’innovation en Europe. Selon lui, « il n’y a pas d’innovation sans investissement massif dans la science fondamentale. Malheureusement, en Europe, ce n’est pas la tendance actuelle. Nous devons inverser cette dynamique ». Il appelle à un effort collectif pour créer un véritable marché numérique unifié, harmoniser l’allocation des fréquences pour la 6G, et défendre une technologie souveraine face à la concurrence internationale.
La célébration du centenaire a également été ponctuée de visites d’ateliers avec des démonstrations technologiques, illustrant la capacité des Bell Labs à anticiper les besoins de demain : réseaux optiques ultra-rapides, chiffrement quantique, IA pour la gestion énergétique, communications satellitaires, ou encore premiers réseaux cellulaires sur la Lune. Peter Vetter a conclu en rappelant la mission fondamentale du laboratoire : « Notre ADN, c’est la recherche de long terme, transmise de génération en génération. Grâce à la collaboration et au soutien de tous, nous avons l’ambition d’impacter les cent prochaines années ».
