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Une évolution de l'infrastructure informatique indispensable au coeur du datacenter...
Il y a deux mois, Dell annonçait qu'il allait dépenser 1 milliard de dollars en 2011 pour construire 10 datacenters automatisés dans le monde. IBM pour sa part a dépensé 300 millions de dollars depuis 2009 pour renforcer ses datacenters et la première tranche du programme d'extension du datacenter Global Switch - en partie sous-loué à Big Blue - à Clichy va bientôt entrer en service. Autre exemple dans l'hexagone, l'opérateur Celeste construit un centre de calcul dernière génération à Marne-la-Vallée qui entrera en production en septembre 2011. Ces projets montrent bien l'engouement et la demande croissante de services clouds. Selon le cabinet Gartner, le marché mondial de l'IaaS (Infrastructure as a Service) passera de 3,7 milliards de dollars en 2011 à 10,5 milliards en 2014. Face à cet engouement, la priorité doit désormais être portée sur l'automatisation et l'orchestration des infrastructures dans les centres de calcul. « Les datacenters ne sont pas vraiment prêts pour l'arrivée massive des services clouds car il manque le principal à savoir l'outillage d'orchestration et d'automatisation » reconnaît Francisco Bueno, responsable des solutions entreprises pour le secteur bancaire chez Dell.
L'automatisation des datacenters, un passage obligé...
En premier lieu c'est la virtualisation qui est pointée du doigt. Certes, dans un premier temps elle a permis aux entreprises de consolider le parc de serveurs avec à la clef un réel gain sur les achats de matériels et une réduction sur les espaces et la consommation d'énergie. C'est vrai, le datacenter virtualisé est un datacenter optimisé pour le cloud. «Avec la virtualisation, un serveur d'aujourd'hui fait le travail de 25 serveurs d'hier » tempère Philippe Roux, responsable marketing solutions d'entreprise chez HP. Néanmoins, le nombre de machines virtuelles a explosé et, de ce fait, augmente la complexité du management et des risques tout en mettant la pression sur les coûts d'exploitation. On se retrouve donc avec la même problématique qu'avec les machines physiques.
Les entreprises ont bien compris l'intérêt de la consolidation, mais peut-être un peu moins celle de son orchestration et de son administration du moins jusqu'à aujourd'hui. «Un datacenter qu'il soit public ou privé ne peut plus envisager une virtualisation sans automatisation » rapporte Fady El Kaddoum, consultant cloud chez IBM Global Services. Et d'ajouter « Si avant, nous n'avions pas forcément les outils nécessaires. Aujourd'hui, les clouds sont en pleine phase d'automatisation, la migration est lancée».
Ouverture à de nouvelles méthodologies et de compétences
Pour Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée chez Markess International, cette étape de provisionnement et d'automatisation réclame de nouveaux process, méthodologies et services (agilité, automatisation du provisionning, facturation à l'usage, etc.). Des offres de ce type fleurissent déjà depuis quelque temps chez les fournisseurs : CSA et BTO Services for Cloud Infrastructure chez HP, Vis et bientôt Vstar chez Dell, Sied chez Gossis, sans oublier les solutions de BMC Software ou de CA...
De plus, ces services se doivent d'offrir de l'agilité, de la flexibilité et de l'évolutivité. «Pour mettre les offres clouds à disposition, il faut être très réactif et très rapide, environ deux heures ce qui prenait auparavant une journée. Cette réactivité doit être pilotée par ces outils d'orchestration» rapporte Robert Cunillera, directeur entreprise solutions et consulting chez SCC Services.
D'autre part, le cloud computing bouleverse les usages de l'informatique et appelle donc à des compétences nouvelles. « Nous voyons apparaître des métiers nouveaux comme les gestionnaires de comptes et de processus que l'on n'a pas forcément l'habitude de voir et de connaître dans les DSI » confirme Emmanuelle Olivié-Paul. Et de continuer « Bien sûr, ces entreprises se font aider par des sociétés de services très pointues dans ce domaine, elles n'ont de toute façon pas d'autres choix ». Un point de vue que partage Denis Gadot, responsable de la production informatique en outsourcing chez CapGemini. Il reconnaît, à juste titre, que le cloud computing renforce la complexité du système d'information et qu'il sollicite de solides compétences en interne pour les SSII et les prestataires. «Nous formons nos équipes aux nouveaux métiers comme la conception d'architecture » évoque Denis Gadot.
La standardisation des clouds, une difficulté supplémentaire
Fort de ce constat, l'adoption de ces nouveaux process va prendre du temps d'autant qu'il est difficile d'anticiper à plus d'un an voire à quelques mois, dans certains cas, les besoins réels d'une entreprise en terme de services clouds. « Cela reste du très court terme d'anticiper les besoins des entreprises, c'est une vraie difficulté, il n'y a pas d'outils, c'est au doigt mouillé... » constate avec franchise Robert Cunillera. Cette anticipation est nécessaire, mais comment faire? Par exemple, pour répondre à un pic d'activité, une entreprise dont les capacités cloud sont limitées, pourra porter ce « surplus » vers un cloud public. Mais là s'engage un autre problème, c'est celui de la standardisation et de l'interopérabilité des clouds.
Selon Markess International, 35% des décideurs français interrogés ouverts au cloud computing (étude réalisée début 2011 auprès de 110 décideurs) pensent que la mise en place de normes et de standards est, et sera, un facteur clé du succès des projets d'IaaS et de Paas. Une bonne interopérabilité ne peut être que bénéfique et même indispensable dans l'adoption des clouds et de leur fonctionnement croisé qu'ils soient publics, privés ou hybrides. « Aujourd'hui, nous sommes aux balbutiements du cloud computing, les offres sont morcelées et propriétaires et de ce fait, les problèmes d'interopérabilités sont nombreux. Pour y remédier en partie, nous avons créé chez SCC un Solution Center, une sorte de laboratoire de tests indépendant pour les clients où nous regroupons les principales plateformes du marché » explique Philippe Hoffman, directeur des services chez SCC.
Les datacenters confrontés à bien des obstacles
Bien sûr, les datacenters qui arrivent prennent de plus en plus en compte les évolutions autour de l'infrastructure en termes d'automatisation des processus et de migration. Ils intègrent ces nouvelles méthodologies fournies pour la majorité par les projets Itil ( Information Technology Infrastructure Library). En revanche, pour les centres de calcul déjà existants n'ayant pas adopté ces nouveaux process et qui donc ne répondent pas forcément aux besoins du cloud, la migration est plus difficile, complexe et aussi coûteuse. « C'est un handicap de partir sur une structure déjà structurée » note Pascal Danet, responsable avant-ventes grands comptes chez Brocade. Ce dernier soulève également que la prise en compte de ces process serait insignifiante si le réseau ne pouvait, lui aussi, gérer facilement ces changements. Il pointe notamment la convergence du LAN et du SAN. « En quelque sorte, le LAN ne permet pas de faire du réseau moderne, car son câblage dans les datacenters ne prend pas en compte les besoins de convergence. De plus, on a aussi sous-estimé tous les paramètres liés au disaster recovery (PRA) et à la mobilité » résume Pascal Danet et de finir «historiquement, on a été sollicité sur les réseaux de stockage LAN d'un côté et SAN de l'autre. Aujourd'hui, on nous sollicite sur la conception d'une architecture de stockage avec une étude approfondie sur le câblage dans les datacenters en utilisant par exemple des protocoles de convergence de type FCOE».
Ce n'est pas tout, la fourniture croissante de l'IaaS nécessitera aussi de faire évoluer les équipements. «La majorité des datacenters ont besoin d'un refresh technologique, les équipements évoluent rapidement » souligne Philippe Roux. C'est déjà le cas pour les processeurs avec l'adoption massive de la technologie multicoeurs ou des serveurs lames moins gourmands en énergie et en espace. De même pour les commutateurs réseau où les évolutions sont réelles. « Un switch réseau 16 ports à 1 Gbps consommait, il y a dix ans 500 watts. Aujourd'hui le même switch avec 48 ports consomme moins de 200 watts, le différentiel est énorme » rapporte Pascal Danet. Aujourd'hui, il n'est plus envisageable dans la conception des composants de ne plus prendre en compte la consommation d'énergie. Un autre exemple, le cas des disques durs, ils vibrent, ils font du bruit et ils consomment. Quand on les remplacera par des mémoires de type flash dans les baies de stockage, on pourra mettre quatre fois plus de disques et on réduira la consommation. On le voit bien, les avancées technologiques sont indissociables des progrès des futurs centres de calcul.