Le K Computer (voir illustration principale) est actuellement le supercalculateur le plus puissant du monde selon le classement du Top500.org. Il est construit par Fujitsu pour le Riken Advanced Institute for Computational Science (AICS) situé à Köbe au Japon. Dans le détail, le K Computer affiche une puissance de calcul effective de 8 pétaflops, soit 8 millions de milliards d'opérations en virgule flottante par seconde, c'est-à-dire 3 fois celle du Tianhe 1-A chinois, le précédent champion du monde. À titre de comparaison, le supercalculateur Tera 100 du CEA en France et conçut par Bull pour les besoins de la simulation militaire nucléaire française, offre des performances de 1,05 pétaflops ce qui le classe quand même 9e du classement mondial et n°1 en Europe. Pour le site HPCWire, Bull a d'ailleurs été reconnu comme l'un des rares constructeurs au monde à concevoir et développer des supercalculateurs de quelques téraflops à plusieurs pétaflops et capables de fonctionner 24h/24. Cocorico ! Il faut dire que le marché du HPC est largement dominé par les Américains avec près de 50% de parts de marché, selon IDC, contre environ 30% pour les Européens. Cray Inc, SGI, IBM, HP (dont le centre d'expertise et de benchmark sur le HPC est basé à Grenoble) et Dell (dont le Solution Center HPC est situé à Saint-Denis) sont des acteurs très actifs sur ce juteux marché (voir encadré).
HPC : du lobbying auprès des responsables européens
Depuis peu, l'Europe se réveille. D'ailleurs, certains industriels et fournisseurs européens (Allinea, ARM, Bull, CAPS Entreprise, Eurotech, Partec, STMicroelectronics et Xyratex) unissent leurs forces pour créer la plateforme technologique européenne du calcul haute performance. Tous ces acteurs se sont associés à des organismes de recherches comme le BSC (Barcelona SuperComputer), le CEA, le CINECA, le Fraunhofer, Forschungszentrum Jülich et le LRZ HPC. «
L'objectif de ce projet est de définir les programmes en matière de recherche en Europe de façon à développer des technologies européennes à chaque niveau de la chaîne de production des solutions HPC, on espère ainsi avoir des budgets d'un niveau supérieur pour développer des nouvelles technologies comme le projet Mont-Blanc (ndlr : plateforme embarquée CPU /GPU très puissante). C'est une démarche de lobbying auprès des politiques européennes» explique Jean Pierre Panziera, directeur technique de la Business Unit HPC chez Bull. Cette initiative est, toujours selon Bull, source d'emplois, de valeur ajoutée, et un stimulant pour les étudiants et les chercheurs universitaires du domaine.
Le HPC, à la conquête des entreprises
À la base, les supercalculateurs n'intéressaient que la communauté scientifique pour des calculs très pointus... Aujourd'hui, le HPC ne leur est plus exclusivement réservé. Il commence à séduire de plus en plus les grands comptes, les grosses PME et même les entreprises de taille moyenne dans tous les secteurs d'activités. «
Le HPC commercial boosté surtout par l'écosystème applicatif dans de multiples domaines tels que l'industrie, la finance, la recherche pétrolière, la culture comme le cinéma est en forte croissance, tous ces secteurs ont besoin de puissance efficace.
De plus, les prix deviennent accessibles...» constate Cyril Laurie, responsable technique chez AMD. Un avis que partage Stéphane Quentin, responsable communication pour Nvidia France et Belgique, qui indique que certaines banques (qui ne souhaitent pas être citées) françaises utilisent déjà des systèmes HPC à base de GPU (cartes Tesla conçues par Nvidia à moins de 2 000$) pour le calcul de la prise de risque dans les assurances. De même, on peut citer Dell qui a équipé l'université de Bordeaux, SGI qui a été choisi par Total pour une machine d'une puissance de 2,3 pétaflops pour augmenter la puissance de traitement du groupe ou encore Bull qui a fourni à Petrobas, un supercalculateur bullx pour développer de nouvelles techniques d'imagerie de la sub-surface pour l'exploration et la production pétrolière. Sans oublier Quinta, une société spécialisée dans la postproduction qui avait fait appel durant l'été 2011 au savoir-faire de HP pour répondre à ses besoins en matière d'effets spéciaux et d'intégration d'images 3D.
Enfin, IBM qui envisage de décliner sa plateforme Watson (à base de processeur Power 7 avec pas moins de 2880 coeurs) en France pour des métiers divers comme le corpus juridique, le trading financier et l'économie, mais surtout la santé. En effet, Watson pourrait assister des médecins pour affiner les diagnostics ou envisager des idées alternatives en analysant simplement les symptômes, les antécédents familiaux et les analyses médicales. «
Le HPC, on le trouvera partout dans de nombreuses entreprises, les besoins sont importants. Chez Dell, le HPC est aussi une priorité, nous allons d'ici au mois d'avril créer une division dédiée qui va s'adresser aux entreprises de + 500 salariés et aux grands comptes, c'est un message fort» indique Christophe Leroy, responsable serveurs et réseaux chez Dell France. D'autre part, l'arrivée de distributeurs à forte valeur ajoutée comme Stordis (plutôt spécialisé sur l'infrastructure réseau avec des référencements comme Fujitsu et Myricom) sur le marché français montre bien l'intérêt des entreprises pour le HPC. Si le HPC séduit de nombreux acteurs, en revanche l'investissement est important en moyens techniques, humains et financiers surtout pour s'attaquer au marché haut de gamme (les centres nationaux), dominé par Bull et IBM en Europe.
Encadré : Le marché mondial du HPC en quelques chiffres
Selon le cabinet Intersect360 Research, le marché traditionnel du HPC (dominé par le calcul scientifique, aussi appelé High Performance Technical Computing) représentait encore, en 2011, 71 % du marché mondial. Quant au HPBC (High Performance Business Computing) qui répond plus aux besoins commerciaux et business à savoir les services financiers, les médias/divertissements, le traitement d'événements complexes, l'optimisation des processus métiers ou encore les environnements virtuels, il s'accapare 29 % du marché global du HPC. À ce titre, ce dernier marché est appelé à se développer fortement. Toujours selon Intersect360 Research, le chiffre d'affaires global du marché HPC est en hausse de 22,4 % depuis la crise de 2009, atteignant 25,6 milliards de dollars en 2010. Ce chiffre d'affaires correspond essentiellement aux serveurs, au stockage, aux logiciels, aux services et aux produits réseau, les serveurs restant le principal segment, malgré un léger fléchissement. L'Amérique du Nord conserve la tête avec 46,6 % (en 2011), mais ce continent voit sa part se réduire légèrement, tandis que les régions EMEA (30,8 %) et Asie-Pacifique (20 %) s'affichent en croissance.